La ville de Kinshasa a timidement retrouvé son calme mercredi 21 septembre 2016 après deux jours de manifestation ayant occasionné d’énormes dégâts et des pertes en vies humaines. Jusque-là, côté Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, le bilan fait état de 75 morts alors que les autorités congolaises l’actualisent encore et feront sans doute une annonce dans les prochaines heures, apprend-on des sources sur place. Plusieurs cas de sabotage et pillage sont signalés dans beaucoup de quartiers et communes de la capitale congolaise, notamment à Masina, Limeté, Lemba, Matete, N’Djili, Kimbanseke, etc. Signe de protestation contre la non convocation de l’électorat par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour la présidentielle initialement prévue, selon la Constitution congolaise, le 19 septembre. Les sièges et bureaux des partis politiques sont saccagés notamment celui du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), du RCD (Rassemblement des congolais pour la démocratie) de l’ancien vice-président Azarias Ruberwa, du CNC (Congrès National Congolais) du député de la Majorité Pius Muabilu, etc.

Le bilan fait état, ce mercredi, de 75 morts alors que les autorités congolaises l’actualisent encore

Cette situation n’épargne pas l’opposition où  les sièges de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), formation politique phare du paysage politique national, avec à sa tête Etienne Tshisekedi, le FONUS (Forces novatrices pour l’union et la solidarité) de l’opposant Joseph Olengankoy, le MLP (Mouvement Lumumbiste Progressiste) de Franck Diongo ont été mis à feu dans la nuit du mardi 20 septembre. A cela s’ajoutent aussi le Parquet général près la Cour d’appel de Matete ainsi que le Tribunal des grandes instances de N’Djili. La situation est inquiétante et préoccupe au plus haut niveau mondial. Des appels au calme fusent dans tous les sens, tant de la part de la communauté internationale qu’à l’interne. «La violence s’est toujours terminée par le dialogue dans notre pays», a déclaré Vital Kamerhe, président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) aussi co-modérateur de l’opposition au dialogue politique national qui se tient depuis plus d’une semaine à la Cité de l’Union Africaine à Kinshasa. Ce dernier appelle les politiques à la raison.

Le président Joseph Kabila.

Le président Joseph Kabila.

Dialogue, voie obligée !

Comment mettre fin à ces actes qui font couler des sang ? Vital Kamerhe pense qu’il n’est pas encore trop tard pour juguler la situation. «Dans tout cela, c’est l’occasion de réfléchir comment donner au peuple congolais le calendrier électoral avec des dates précises, entre autres celles de la convocation de l’élection et de la passation du pouvoir entre le président Kabila sortant et le président entrant qui sera élu démocratiquement par le peuple congolais», avance-t-il. Et d’aucuns estiment que le dialogue dans le respect de la Constitution reste la seule voie obligée qui mettra un terme aux violences et ne plus laisser parler les rues.

C’est aussi ce que pense José Endundo, président du Parti des démocrates chrétiens (PDC) et membre du G7 (du nom des sept partis dissidents de la majorité présidentielle) qui souligne clairement que les politiques doivent reprendre la situation en main. Avis presque partagé par la Majorité présidentielle où l’un de ses membres, She Okitundu, évoque le dialogue comme issue de sortie de crise. Pourtant, le Rassemblement Politique acquis au Changement avance que le vrai dialogue n’a pas encore débuté, même si une certaine frange de l’opposition se réunit à la Cité de l’Union africaine.

Le facilitateur Kodjo essoufflé

A Kinshasa comme ailleurs, les yeux sont braqués sur le dialogue conduit par le facilitateur Edem Kodjo. Initialement prévue mardi 20 septembre, la reprise des travaux de ces assises a été reportée au vendredi 23 septembre pour rendre hommage aux victimes des affrontements de deux jours entre la population et la police appuyée par l’armée. Le seul point qui bloque est la discussion sur la date de la présidentielle. «A mon avis, il est difficile, voire impossible, d’organiser les élections cette année, surtout que le fichier électoral n’est pas mis à jour. La CENI s’est déjà manifestée sur cette question en déposant sa requête sollicitant un report», confie Alexandre Ngindu, analyste politique et avocat de son état. Et de poursuivre : «Avec ce qui s’est passé les 19 et 20 septembre dernier, c’est une option qui ne sera pas admise à la population. Quel que soit le cas, la population qui manifeste sa colère n’a qu’un seul schéma: le nouveau président entrera en fonction le 20 décembre 2016 !».

Les sièges de partis d’opposition ont été incendiés, tout comme le Tribunal des grandes instances de N’Djili. En plus des sabotages et pillages divers.

En rapport toujours avec cette situation, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a suspendu sa participation aux travaux du dialogue national en signe de compassion avec les victimes des dernières manifestations. Dans cette démarche des prélats catholiques, l’arbre qui cache la forêt n’est autre. Les évêques ont une position tranchante. Ils ont laissé entendre, dans un communiqué, que par respect du cadre constitutionnel, tout accord politique à convenir devrait tenir compte de certains fondamentaux. D’abord, il devra être clairement établi et stipulé que l’actuel président de la République ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle à organiser le plus tôt possible; ensuite, les dates des élections devront être fixées dans ledit accord. Aussi, le plan de décaissement de fonds doit être clairement défini dans l’accord; et enfin, la composition du comité de mise en œuvre de cet accord ainsi que son planning de travail devront être mentionnés dans l’accord sanctionnant les travaux du dialogue. Avis partagé avec certains membres de l’opposition qui y participent. La tâche est donc loin d’être aisée pour le facilitateur Edem Kodjo. Les jours qui viennent l’infirmeront ou le confirmeront.