La première fois que j’avais vu à Besançon la statue de Victor Hugo réalisée par le Sénégalais Ousmane Sow, je m’étais dit que l’auteur des Misérables qui, le 18 mai 1879, déclarait au cœur d’un long discours inspiré «Allez, Peuples (civilisés d’Europe) ! Emparez-vous de cette terre (africaine). Prenez-la. À qui ? À personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité», je m’étais dit que longtemps après sa mort, l’auteur des Misérables avait enfin rencontré cette Afrique. La fraternité ambiguë qu’il appelait de ses vœux au cœur de l’aventure coloniale (loin, très loin de la fraternité), cette fraternité au bout de la mission africaine de l’Europe (Fraternité!!!), se matérialisait peut-être en cette statue à son énième hommage, campée à Besançon sur la place de la paix, œuvre d’un Sénégalais qui voyait tout en grand.

Le sculpteur Ousmane Sow au travail.

Le sculpteur Ousmane Sow au travail.

Cher aîné Ousmane, je ne sais si tu vois encore plus grand l’Ombre qui vient de t’avaler comme une particule par l’Infini.