Au Kenya, comme dans la majeure partie de l’Afrique subsaharienne, peu de femmes peuvent parler franchement de la santé génésique. La planification familiale et les méthodes de prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) sont encore des sujets tabous. La plupart des femmes vous diront que dès qu’un homme a déclaré ne pas vouloir faire usage d’un préservatif, il n’y a plus rien à dire et, si vous osez vous y opposer, vous risquez soit des violences physiques extrêmement graves, soit l’abandon.

Cette situation expose les femmes à une myriade d’infections sexuellement transmissibles et aux traumatismes psychologique, émotionnel et social qui s’ensuivent. L’une des premières infections sur cette liste c’est le VIH. Par bonheur, la science vient à la rescousse. En effet, dans un avenir proche, les femmes pourraient avoir davantage d’options avec l’avènement de nouvelles méthodes de prévention de la transmission du VIH, allant de la prophylaxie préexposition (PrEP) par voie orale aux Microbicides.

Les microbicides, des composés qui peuvent être appliqués à l’intérieur du vagin ou du rectum afin de prévenir les IST, sont sous le feu de projecteurs ces derniers jours. Bien qu’aucun microbicide efficace ne soit encore disponible, les résultats des essais et des études sur l’efficacité des anneaux vaginaux dans la prévention de la transmission du VIH semblent porter un message d’espoir.

Les résultats des essais de deux anneaux vaginaux publiés en février 2016 faisaient état d’une efficacité modeste. Pour les femmes, un anneau qu’elles peuvent utiliser discrètement chaque mois est une option qui est la bienvenue. Quand je me suis entretenu avec Jacqueline Wambui, une activiste anti-VIH kenyane, elle a abordé l’importance pour les femmes d’avoir des options sans danger auxquelles elles peuvent recourir quand un homme s’oppose à l’utilisation d’un préservatif.

Pouvez-vous nous donner quelques informations sur qui vous êtes et ce que vous faites ?

Je suis une femme vivant avec le VIH depuis 2004, quand j’ai été diagnostiquée séropositive. Je suis dans une relation discordante [une situation matrimoniale dans laquelle l’un des partenaires est infectée au VIH et l’autre non, Ndlr] et j’ai quatre enfants. Je suis une militante anti-VIH affiliée au Réseau national de renforcement des capacités des personnes vivant avec le VIH (NEPHAK) et membre de la Coalition du plaidoyer pour le vaccin anti-SIDA (AVAC).

Pourquoi estimez-vous que les essais de Microbicide sont importants pour les femmes, compte tenu, en plus, de l’existence et du succès prouvés des essais de prophylaxie préexposition (PrEP) par voie orale ?

Le défi c’est que beaucoup de femmes ne savent pas que leur partenaire est infecté. Convaincre un homme d’utiliser un condom est peut-être difficile, mais lui demander d’aller se faire dépister du VIH l’est encore davantage. L’idée de dépistage accompagné de traitement est formidable, mais seulement si les gens veulent bien se faire dépister et, une fois leur statut connu, se soumettre au traitement. Mais il existe une très grande portion de personnes non dépistées et il est donc difficile pour une femme de savoir qu’elle est en train d’être exposée au VIH.

Bien qu’aucun microbicide efficace ne soit encore disponible, les résultats des essais et des études sur l’efficacité des anneaux vaginaux dans la prévention de la transmission du VIH semblent porter un message d’espoir

Actuellement, nous avons la PrEP par voie orale qui consiste, pour les personnes exposées à un haut risque d’infection par le VIH, à la prise d’antirétroviraux sous la forme d’un comprimé à prendre une fois par jour afin de réduire les chances d’une infection [la PrEP est une façon pour des personnes séronégatives, mais exposées à un risque important de contamination au VIH, de prévenir l’infection en prenant un comprimé chaque jour, Ndlr]. Bien que cette méthode puisse fonctionner, nombre de femmes africaines n’ont pas de contrôle sur quand elles auront des rapports sexuels et, certaines fois, avec qui.

Pourriez-vous expliquer pourquoi les femmes préfèreraient l’anneau vaginal à une méthode de prophylaxie orale ?

La disparité dans la prévalence du VIH en Afrique subsaharienne démontre clairement combien les femmes sont vulnérables. En ce qui concerne les méthodes de prévention, nous n’avançons pas assez rapidement pour ces femmes. Au Kenya, nous sommes heureux du lancement tout récemment des lignes directrices du PrEP et le PrEP, qui sera bientôt disponible, en attendant de voir si l’anneau vaginal sera approuvé pour utilisation.

Les femmes partout en Afrique réclament : Nous sommes là, et Nous avons besoin d’options.

Les femmes partout en Afrique réclament : Nous sommes là, et Nous avons besoin d’options.

Un produit sur demande est essentiel à la multiplication des options de prévention du VIH et accroître la couverture d’incidents qui pourraient favoriser la transmission du VIH. L’essentiel c’est que le produit soit discret parce que les femmes sont au fait de l’importance des pratiques sexuelles sans risque, mais les sociétés dans lesquelles nous vivons ne nous permettent pas vraiment d’avoir le contrôle sur les situations. Nous avons besoin d’options qui nous donnent le contrôle sans mettre en péril nos vies et notre bienêtre.

Quelle différence pensez-vous que cet anneau fera au cas où il serait approuvé ?

Les efforts visant la promotion de l’abstinence, la monogamie et l’utilisation des préservatifs masculins n’ont pas suffi à empêcher la progression du VIH et il n’y a pas de méthodes réalistes. Les femmes ont besoin d’un éventail d’outils pratiques et discrets dont elles pourraient se servir pour se protéger contre une infection au VIH. L’anneau vaginal serait facile pour une femme à insérer et à retirer toute seule et pourrait leur offrir une protection mensuelle contre le VIH lors de rapports sexuels avec un homme.

Ce serait une aubaine, puisque les femmes sauront qu’elles sont protégées et pourront vivre leurs vies sans crainte et sans peur. Bien sûr, remporter la lutte contre le VIH demandera un certain nombre de produits efficaces qui correspondent aux besoins individuels des femmes et s’adaptent à leurs vies quotidiennes.

L’essentiel c’est que le produit soit discret parce que les femmes sont au fait de l’importance des pratiques sexuelles sans risque, mais les sociétés dans lesquelles nous vivons ne nous permettent pas vraiment d’avoir le contrôle sur les situations.

Et quel serait votre dernier message à l’endroit des chercheurs ?

Je parle pour ma propre personne en tant que femme vivant avec le VIH : malgré toutes les recherches scientifiques et peu importe le jargon médical employé, ces méthodes de prévention sont prévues pour des femmes. Elles sont prévues pour des êtres humains. Il faut toujours garder le contexte à l’esprit ; les méthodes existantes de prévention du VIH fonctionnent, mais pas pour tout le monde. La plus simple c’est peut-être l’utilisation du préservatif, mais elle peut s’avérer difficile à négocier pour nombre de femmes. Je doute que nous puissions trouver une méthode qui convienne à tout le monde, mais, en tant que femmes, nous avons besoin d’options.

Docteur Diana Wangari est médecin devenue journaliste santé. Originaire de Nairobi, elle a un faible pour les chiens. Suivez-la sur Twitter @diana1wangari