Humour, satire, esprit, voilà quelques-uns des dons à avoir par chaque caricaturiste pour pouvoir sortir du lot. Les caricaturistes figurant sur cette liste débordent de ces talents et en font usage pour naviguer dans les environnements politiques limitant la liberté d’expression. Zapiro en Afrique du Sud s’est retrouvé en justice pour une caricature peu flatteuse du président Jacob Zuma. L’Égyptienne Doaa Eladl a eu des démêlés similaires avec la justice pour un dessin qui a embroché la relation très liante qu’entretenaient les leaders politiques et religieux de son pays.

Cependant au Zimbabwe, le caricaturiste vétéran Tony Namate a dû survivre aux attentats à la bombe pour continuer à exercer sa profession. Les menaces sont réelles, mais ces braves hommes et femmes s’accrochent. À cause des sacrifices qu’ils ont consentis pour poursuivre leurs travaux et vu qu’il y a très peu d’éléments qui les séparent en termes de talent naturel et de réalisation de leur art, les dessinateurs ne sont pas cités dans un ordre particulier. Alors, sans plus tarder, voici la liste des 10 meilleurs caricaturistes africains :

Zapiro (Afrique du Sud) 

Zapiro, de son vrai nom Jonathan Shapiro, est un dessinateur qu’on ne présente plus. Il a une notoriété non pas seulement en Afrique du Sud, son pays natal, mais aussi à travers le continent. N’ayant pas peur de la controverse, la facilité qu’a Zapiro à se servir d’un crayon lui a valu des démêlés avec le président Jacob Zuma qui l’a poursuivi en justice en 2008 à cause d’une caricature.

Le président s’est offusqué d’une caricature signée Zapiro dans laquelle il apparait avec d’autres membres de l’ANC, dessin qui fait allusion aux allégations de viol faites à son encontre. Ce dernier a demandé à Zapiro un dédommagement d’une valeur de 5 millions de rands, lequel montant a ensuite été revu à la baisse à 100 000 rands et des excuses. Zapiro a défendu sa position et Zuma, craignant d’être vu comme un vulgaire tyran, a été contraint à retirer sa plainte. Cet épisode a cimenté la réputation de Zapiro en tant que caricaturiste qui n’a pas peur de dire la vérité aux autorités en dépit des conséquences qui peuvent s’en suivre.

A cartoon Zapiro. Photo pinterest.com
A cartoon Zapiro. Photo www.pinterest.com

 

Khalid Albaih (Soudan)

Khalid Albaih est un caricaturiste soudanais né en Roumanie et vivant à Doha, au Qatar. Son travail, publié sur divers sites et blogs en Afrique et au Moyen-Orient, s’attaque à l’autoritarisme, à la politique et à l’extrémisme religieux. Fils d’un père diplomate et d’une mère militante qui a fait entendre sa voix dans les campagnes contre la mutilation génitale des femmes au Soudan, Albaih a été très tôt baigné dans le devoir civique et l’activisme social.

Pendant le Printemps arabe, son travail a été peint sur des murs en Afrique du Nord, lui valant ainsi une réputation de caricaturiste qui comprend la motivation des révolutionnaires sur la place Tahrir, à Tripoli, à Tunis et ailleurs. En effet, sa réputation est tellement forte qu’en Afrique du Nord, beaucoup le voient toujours comme le « caricaturiste de la révolution ».

 

Doaa Eladl (Egypte)

Doaa Eladl est la caricaturiste féminine la plus célèbre d’Égypte. Dans son travail, elle n’a pas peur de s’attaquer aux questions les plus délicates telles que la mutilation génitale des femmes, la censure officielle et l’importante influence de la religion sur la politique en Égypte. Une caricature qu’elle a faite sur ce dernier sujet lui a d’ailleurs valu des problèmes avec les autorités qui l’ont accusée de blasphème. Dans la caricature incriminée, un ange apparait devant Adam et Ève dans le Jardin d’Eden et leur dit qu’ils peuvent éviter l’expulsion s’ils votent pour le bon candidat. Ce dessin a touché au vif les autorités religieuses et politiques.

Eladl préfère une approche minimaliste dans son travail. Elle a une capacité naturelle à sublimer les problèmes les plus complexes dans un simple dessin. Son travail, éloquent dans sa simplicité, est la preuve que, comme le dit le vieux truisme, « moins, c’est plus ».

 

Gado (Tanzanie)

Pour décrire le caricaturiste Tanzanien Gado, il faudrait prévoir une pléthore de superlatifs. Avec une flopée de prix locaux et internationaux à son actif, Gado, de son vrai nom Godfrey Mwapembwa, est le caricaturiste politique en Afrique centrale et orientale qui réalise le plus grand nombre de publications simultanées dans plusieurs journaux. Son travail a paru dans des journaux en Afrique et dans le reste du monde, notamment dans les journaux grands format réputés à l’instar de Le Monde et du Washington Times.

Basé à Nairobi, il a travaillé pour la publication officielle kenyane le Daily Nation pendant plus de deux décennies, et ce, jusqu’au mois de mars de cette année. Plusieurs personnes, y compris Gado lui-même, pensent que son départ du quotidien était provoqué par la pression du gouvernement kenyan dont le caricaturiste n’avait pas peur de représenter les défaillances avec clarté et un esprit dévastateur.

 

Tony Namate (Zimbabwe)

Le caricaturiste Zimbabwéen Tony Namate sait ce que signifie combattre dans les tranchées pour préserver l’intégrité de son travail. Le Daily News, le journal pour lequel il travaillait, a été attaqué avec une bombe artisanale en 2000 et, un an plus tard, son imprimerie a été touchée par une autre explosion. Le journal (et Namate) a réussi à persévérer malgré les attentats et n’a fermé qu’après avoir essuyé le refus du gouvernement quant à l’octroi d’un permis en 2003.

Namate a refusé d’abandonner et a plutôt commencé à travailler avec le site web New Zimbabwe. Une collection de ses caricatures intitulée « The Emperor’s new clods » (Les Nouveaux balourds de l’empereur) a été publiée en 2011.

 

A caricature of Popa Matumula. Photo pinterest.com
A caricature of Popa Matumula. Photo www.pinterest.com

 

Victor Ndula (Kenya)

Victor Nduda fait partie d’un groupe de jeunes caricaturistes africains animés par le profond désir de conter l’histoire du continent à travers leurs travaux. Ses caricatures traitent de différentes questions affectant le continent et le monde entier, à savoir la corruption, le terrorisme, le changement climatique et le dopage dans le sport.

Membre du Cartoon Movement, Ndula est un maitre dans l’art de la caricature politique et du journalisme illustré. La bande dessinée la plus récente du caricaturiste kenyan a été publiée en fin avril. Elle explore des situations émouvantes dans le contexte précaire du Sud-Soudan et la raison pour laquelle il est si difficile de rendre justice aux victimes des batailles qui font rage dans le pays ces dernières années.

 

 Siham Zebiri (Algérie)

Siham Zebiri est l’une des femmes caricaturistes les plus talentueuses sur le continent. Son travail est rempli de couleurs et traite des problèmes les plus persistants en Afrique, notamment la guerre, la famine, le terrorisme, l’inégalité et la justice pour les victimes d’atrocités. Très récemment, elle s’est également focalisée sur la corruption dans le domaine du football et les voyages périlleux entrepris par plusieurs immigrants pour se rendre en Europe.

La caricaturiste algérienne préfère des illustrations colorées, donnant ainsi à son travail un air joyeux et déluré, même si les sujets qu’elle traite sont souvent très sérieux.

 

Popa Matumula (Tanzanie)

Popa Matumula est un caricaturiste tanzanien qui est également membre du Cartoon Movement. Tout comme son compatriote Gado, Matumula est doué dans l’utilisation de ses doigts pour faire un pied de nez au pouvoir. Le plus remarquable dans la plupart de ses travaux est le sérieux avec lequel Matumula prend son rôle de caricaturiste pour remettre le pouvoir à sa place vis-à-vis des masses. Il n’a pas peur de tourner les excès du pouvoir en dérision. En fait, il excelle dans ce domaine.

cartoonist Tony Namate the opening of an exhibition dedicated to him in Europe. Photo newszimbabwe.com
cartoonist Tony Namate the opening of an exhibition dedicated to him in Europe. Photo www.newszimbabwe.com

 

Nadia Khiari (Tunisie)

Nadia Khiari a pris un chemin non conventionnel pour se faire connaitre en tant que caricaturiste. Le 13 janvier 2011, lorsque l’ancien dictateur tunisien Ben Ali a donné son dernier discours en qualité de leader du pays, Khiari a créé sur Facebook un personnage nommé « Willis » pour exprimer ses sentiments à propos de ce qui venait juste de se passer. Seuls quelques amis ont vu sa publication initiale, mais au fur et à mesure que les gens voyaient son travail, le nombre d’abonnés augmentait en même temps que sa popularité.

Khiari a dessiné plusieurs livres dans lesquels apparait son personnage « Willis », et elle est considérée comme l’une des plus grandes chroniqueuses du Printemps arabe. Elle a reçu plusieurs prix pour son travail.

 

Tayo Fatunla (Nigéria)

Tayo Fatunla est un Nigérian à la fois caricaturiste, dessinateur, professeur de caricature et motivateur. Ancien étudiant de la prestigieuse école d’art, l’école de caricature et d’art graphique Joe Kubert, Dover, New Jersey, ses travaux ont fait l’objet d’expositions en Afrique, en Europe et en Amérique. Il trouve également le temps d’enseigner à l’université de Rouen en France et à l’école de journalisme et de communication de l’université d’Addis Abeba en Éthiopie.