La réalisation effective, rapide, efficace, percutante et durable des ODD nécessitera des actions innovantes de la part de tous les acteurs.

Approches applicables

La Banque mondiale révèle que pour une augmentation de 10 % du rendement des récoltes, on note une baisse d’environ 7 % de la pauvreté. La croissance agricole est au moins deux à quatre fois plus efficace dans la réduction de la pauvreté que les autres secteurs. Cette information est cruciale, étant donné que le secteur agricole emploie 60 % de la main-d’œuvre du continent, d’où son importance dans la promotion de la croissance inclusive.

Cependant, malgré ces opportunités, les changements climatiques menacent la productivité du secteur, avec une réduction prévue de 11 à 40 % du rendement des principaux produits de base, et d’autres menaces alarmantes dues à la variabilité des précipitations. Et pourtant, 98 % de l’agriculture sur le continent est pluviale. Comme le montre clairement le Rapport du PNUE sur le fossé de l’adaptation en Afrique, le changement climatique a induit un stress hydrique susceptible d’accroître la sous-alimentation de 25 à 90 %, exposant ainsi 50 % de la population africaine à la sous-alimentation. L’agriculture basée sur l’AfE (adaptation fondée sur les écosystèmes) regorge de solutions.

L’optimisation de la production alimentaire basée sur les approches écosystémiques peut entrainer une augmentation du rendement, de 116 à 128 %, et l’accompagnement de l’augmentation des revenus des agriculteurs peut optimiser la production des exploitations agricoles en éliminant les pertes de récoltes éventuelles dues à la dégradation des écosystèmes, qui s’élèvent à 6,6 millions de tonnes de céréales chaque année, peut améliorer la nutrition, renforcer la capacité des écosystèmes, et améliorer l’adaptation des communautés aux changements climatiques.

Photo : Ariana Constant /Clinton Foundation

Photo : Ariana Constant /Clinton Foundation

prometteurs que soient ces programmes, les expériences précédentes montrent que leur réalisation ne sera pas une sinécure. Par exemple, même après dix ans, seuls 13 pays, soit un faible 24 %, ont atteint ou dépassé l’objectif de la déclaration de Maputo, à savoir, consacrer 10 % de leur PIB à l’agriculture.

Il est nécessaire de nouer des partenariats pour joindre les efforts des gouvernements, du secteur privé et des organisations à but non lucratif

Un autre cas similaire est celui des OMD, l’Afrique subsaharienne était jugée en retard sur tous les objectifs, et éprouvait des difficultés à les mettre en œuvre. Cette situation semble montrer que même si les programmes de développement sont attractifs leur réalisation n’est pas une garantie. Il est nécessaire de nouer des partenariats pour joindre les efforts des gouvernements, du secteur privé et des organisations à but non lucratif, comme le prévoit l’objectif numéro 17 des ODD.

Jusqu’à ce jour, l’incapacité à nouer de tels partenariats a entrainé une pérennisation de l’écart entre les politiques et les actions, qui entrave le développement de l’Afrique depuis longtemps. Ces lacunes se manifestent dans les domaines du financement, de la commercialisation, du transfert des technologies et des techniques entre autres. C’est dans l’optique de combler ces lacunes flagrantes et d’optimiser l’ensemble de la chaîne de valeur agricole de manière holistique que l’Assemblée pour une adaptation reposant sur les écosystèmes au service de la sécurité alimentaire (EBAFOSA) a été créée.

Renforcement des partenariats, et comblement des lacunes flagrantes de l’exécution

L’EBAFOSA a été créée à la suite de la deuxième conférence des écosystèmes et de l’adaptation pour la sécurité alimentaire en Afrique, convoquée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), en collaboration avec la Commission de l’Union africaine, le Centre africain d’études technologiques et d’autres partenaires, du 30 au 31 juillet 2015. 1200 délégués venus de toute l’Afrique ont adopté à l’unanimité le «Plan d’action de Nairobi» et l’Assemblée pour une adaptation reposant sur les écosystèmes au service de la sécurité alimentaire (EBAFOSA), comme plateforme politique continentale destinée à favoriser et à entretenir les partenariats à travers la création de branches dans chaque pays.

Photo : Milton Grant/UN

Photo : Milton Grant/UN

L’EBAFOSA est le premier exemple de cadre politique et de plateforme de mise en œuvre qui soit à la fois panafricain et inclusif ; c’est un espace de solutions qui rassemble les parties prenantes et acteurs clés tout au long de la chaîne de valeur agricole fondée sur l’AfE. Ces parties prenantes sont issues du gouvernement et du secteur public, du secteur privé, du secteur de la recherche, des ONG, des OSC, des organisations internationales, du grand public, tant au niveau national que continental. L’EBAFOSA offre à toutes les parties prenantes une plateforme pour forger des partenariats à bénéfice mutuel, destinés à étendre la mise en œuvre d’une chaîne de valeur agricole basée sur l’AfE, par le biais de processus nationaux visant à assurer la sécurité alimentaire, l’adaptation climatique, la productivité accrue des écosystèmes, et à créer des liens en amont et en aval de la chaîne des valeurs de l’offre et de la demande, afin de générer de nombreuses sources de revenus et créer des opportunités d’emploi, en particulier auprès des jeunes, qui constituent 60 % des chômeurs en Afrique. En proposant une plateforme d’interactions d’entreprises à entreprises, d’entreprises à gouvernements, d’entreprises à secteurs de la recherche, de personnes à personnes, de gouvernements à secteurs de la recherche, etc., l’EBAFOSA catalyse le développement de synergies pour des actions de mise en œuvre.

L’approche de l’EBAFOSA

Certaines lacunes seront simplement comblées par un apprentissage entre pairs entre les membres d’EBAFOSA, de sorte que les initiatives réussies pourront être appliquées dans d’autres lieux. Un bon exemple d’enseignement mutuel destiné à combler les lacunes technologiques est le zaï (ancienne technique agricole d’Afrique de l’Ouest), une technologie créée par des agriculteurs reposant sur l’AfE, simple, peu coûteuse et accessible, affinée au fil du temps.

Découvert et largement utilisé dans la région aride du Sahel pour améliorer la fertilité et la rétention d’humidité du sol, et réservé aux des terres cultivables extrêmement dégradées, le zaï a été utilisé pour augmenter efficacement le rendement agricole de presque rien à 300 à 400 kg/ha par an en cas de faible pluviométrie, et jusqu’à 1500 kg/ha ou plus les années favorables. Le zaï permet de surmonter les défis de la dégradation et de la productivité auxquels des agriculteurs font face dans d’autres régions d’Afrique.

Photo : News24

Photo : News24

À travers de simples interactions entre les pairs facilitées par la plateforme de l’EBAFOSA, les agriculteurs du Sahel peuvent transférer ces techniques à leurs pairs kényans. Néanmoins, ces foyers de connaissances à l’intérieur des pays doivent être mobilisés pour être partagés et disséminés à travers le continent, d’où l’importance de la création d’antennes nationales.

Les antennes nationales, cellules d’innovation et de partenariats

L’EBAFOSA fonctionne d’après une stratégie de plaque tournante selon laquelle les antennes nationales enregistrent des acteurs locaux, continentaux et globaux dans le pays, et facilitent l’interaction et les partenariats entre ceux-ci, établissant ainsi une variété de réseaux et d’échanges au niveau national. Ces partenariats seront enrichis ultérieurement par des interactions et des partenariats internationaux, facilités par un secrétariat de coordination continental, à travers une série d’échanges et d’activités de réseautage à l’échelle du continent. Suivant ces plateformes d’interaction à deux niveaux, national et continental, l’EBAFOSA entend établir des partenariats locaux, continentaux et globaux en vue de la mise en œuvre de ce plan, pour assurer l’accomplissement des ODD 2 et 17.

La première étape est cruciale, l’EBAFOSA crée un cadre basé sur ses protocoles de gouvernance, une structure qui valorise les interactions organisées et les actions en faveur de ces partenariats. Deuxièmement, l’EBAFOSA mobilise au niveau national, continental et global, les principales parties prenantes, et les fournisseurs de solutions dont la collaboration sera nécessaire pour veiller à ce que l’AfE holistique et l’approche des chaînes de valeur soient érigées en politique et mises en application sur tout le continent. En troisième lieu, l’EBAFOSA fournit la plateforme, un espace de solutions où les partenariats entre ces parties prenantes clés peuvent être forgés pour assurer l’adoption de politiques et la mise en œuvre de solutions.

Dans la pratique, par exemple, cela revient à mettre en contact les agriculteurs inscrits avec les fournisseurs de services à valeur ajoutée inscrits dans les domaines de la technologie (à l’instar des techniques innovatrices d’AfE, ex : le zaï), des technologies innovatrices d’entreposage, des technologies de préservation, etc. Sur les marchés, l’EBAFOSA servira de pont entre les marchés de l’offre et de la demande (ex : relier les agriculteurs inscrits aux marchés de transformation inscrits, à l’instar des industries de transformation des fruits, des industries alimentaires animales, des industries de transformation de farine, etc., relier les agriculteurs enregistrés aux marchés de produits frais, etc.). De plus, dans le cadre de cette plateforme, les partenariats stratégiques entre les gouvernements et le secteur privé peuvent permettre de combler les lacunes en matière d’infrastructures en zone rurale, où se trouvent 70 % des producteurs. Pour ce qui est des services consultatifs, cette plateforme peut mettre en contact les agriculteurs inscrits avec les fournisseurs de services de vulgarisation et de formation inscrits.

Il ne suffira pas de déclarations de bonne intention, mais de volonté d’innover, d’apporter le changement, de développer et d’améliorer les technologies adéquates, de transformer les institutions

Ces partenariats et activités synergiques reposent sur les avantages mutuels que les parties prenantes sont susceptibles d’en tirer, notamment des opportunités d’investissement, l’accès à des marchés consolidés plus grands, la formulation et le déploiement de politiques enrichies, la création d’emplois, le transfert de compétences et de technologies, l’amélioration des rendements de la chaîne d’approvisionnement, la présentation et la promotion de produits, entre autres.

Cette approche qui consiste à établir des partenariats entre les fournisseurs de solution et dans le même temps à améliorer la sécurité alimentaire tout en catalysant les revenus supplémentaires et les opportunités de subsistance le long de la chaîne des valeurs agricole est déjà en train d’être appliquée avec succès à faible échelle à travers l’Afrique.

Image : SABC

Image : SABC

Par exemple, en Zambie, Mlle Sylvia Banda ouvre la voie à l’entrepreneuriat féminin en tirant parti de la valeur ajoutée à travers la transformation primaire et secondaire, la commercialisation, et la formation des agriculteurs locaux. En se focalisant sur l’exploitation des opportunités le long de la chaîne des valeurs, Banda a réussi à développer son affaire en y ajoutant une usine de transformation alimentaire, un restaurant, une école de formation et une ONG à travers laquelle elle offre des formations entrepreneuriales aux agriculteurs et les aide à sécuriser d’autres marchés pour leurs produits (notamment dans son usine). Il en résulte un partenariat synergétique à bénéfice mutuel entre Sylvia et les agriculteurs. Lorsqu’elle renforce les capacités des agriculteurs afin qu’ils produisent et gagnent plus, eux en retour deviennent respectivement des clients pour son école de formation et des fournisseurs pour son usine de transformation, créant ainsi des revenus non seulement pour elle, mais également pour la communauté.

Au Malawi, au Rwanda et en Tanzanie, la Clinton Development Initiative (CDI) met en œuvre un modèle similaire, destiné à établir des partenariats et à unir les forces des organisations à but non lucratif, du gouvernement, du secteur privé et du secteur de la recherche, en vue de la réalisation de l’ODD 2. Au sein de la CDI, les partenariats stratégiques entre les gouvernements et les acteurs du secteur privé le long de la chaîne des valeurs comblent les lacunes du domaine des infrastructures. Ce modèle sera reproduit à plus grande échelle par l’EBAFOSA.

Par exemple, moins de 50 % des producteurs africains ont accès à des routes praticables, et pourtant la fiabilité des transports est indispensable pour connecter les agriculteurs aux marchés de l’offre (entrées) et de la demande (produits) et aux réseaux de services sociaux, assurant de ce fait la croissance inclusive grâce à l’agriculture. Conséquence, le coût des transports constitue entre 30 – 50 % de la valeur totale du produit et la rentabilité en est énormément entravée. Toutefois, avec l’EBAFOSA, il est possible de parvenir à des accords selon lesquels les infrastructures partagées seront établies à proximité des entreprises qui utiliseront une part de leurs bénéfices pour les entretenir.

S.E. Mme Rhoda Peace Tumusiime, Commissaire à l’économie rurale et à l’agriculture de la Commission de l’Union africaine (CUA) présente ses observations préliminaires pendant la conférence. Photo : EBAFOSC

S.E. Mme Rhoda Peace Tumusiime, Commissaire à l’économie rurale et à l’agriculture de la Commission de l’Union africaine (CUA) présente ses observations préliminaires pendant la conférence. Photo : EBAFOSC

Progrès réalisés à ce jour

60 jours seulement après le déploiement de l’EBAFOSA d’importants progrès ont déjà été réalisés. Des antennes nationales ont été mises sur l’ensemble du continent. La mobilisation des parties prenantes à l’échelle nationale se poursuit, et les inscriptions s’effectuent à la fois via les médias en ligne sur www.ebafosa.org et auprès des responsables des antennes nationales.

Réalisation des ODD

L’ODD n° 2 concerne l’éradication de la faim, l’atteinte de la sécurité alimentaire et l’amélioration de la nutrition, et encourage l’agriculture durable, à cet effet, des objectifs ont été fixés, à atteindre d’ici 2030. L’ODD n° 13 est un appel à l’action pour la lutte contre le changement climatique. L’ODD n° 15 appelle à la gestion durable et à la restauration des écosystèmes. L’objectif n° 2, qui porte sur la sécurité alimentaire et sécuritaire et la promotion de l’agriculture durable peut être atteint de manière directe à l’EBAFOSA, qui cherche à étendre l’agriculture reposant sur l’AfE. Les approches reposant sur l’AfE peuvent améliorer la sécurité alimentaire, car elles augmentent le rendement agricole de 116 à 128 %. Relier les produits à la ferme aux services et activités de la chaîne de valeur tels que la transformation, l’entreposage, le transport, etc. de manière continue permettra de réduire les pertes après récolte qui coûtent au continent 4 milliards de dollars chaque année en pertes alimentaires. Ce qui représente assez de nourriture pour assurer la sécurité alimentaire de 48 millions de personnes supplémentaires sans accroître la production. Par ailleurs, des études montrent que les aliments sont plus nourrissants s’ils sont produits écologiquement, en effet, les composés qui stimulent le système immunitaire sont plus fréquents dans les cultures produites de manière écologique que dans celles cultivées de manière conventionnelle. En favorisant l’agriculture durable, les approches reposant sur l’AfE sont connues pour améliorer la productivité des écosystèmes, renforçant ainsi la durabilité environnementale.

60 jours seulement après le déploiement de l’EBAFOSA d’importants progrès ont déjà été réalisés. Des antennes nationales ont été mises sur l’ensemble du continent

Les approches reposant sur l’AfE restaurent et stimulent simultanément la capacité des écosystèmes, favorisant ainsi l’agriculture reposant sur l’AfE comme le souhaite l’EBAFOSA. L’objectif n° 13 concernant le changement climatique est également couvert. À travers des bénéfices tels que l’augmentation des revenus des agriculteurs et la capacité accrue de nos écosystèmes à s’adapter au changement climatique assurés par l’agriculture reposant sur l’AfE, en vulgarisant les techniques de l’agriculture reposant sur l’AfE, l’EBAFOSA renforce la résilience de la communauté au climat, en tirant parti des écosystèmes sains et des revenus de la communauté.

L’ODD n° 8 appelle à une croissance durable inclusive, à la création d’emplois et au travail décent. En essayant d’améliorer la productivité et la rentabilité du secteur agricole qui emploie la majorité de la main-d’œuvre du continent, et en utilisant des approches respectueuses de la nature, l’EBAFOSA encourage une croissance économique inclusive durable. En outre, en mettant en contact les chaînes de valeur de l’offre et de la demande pour créer des revenus supplémentaires et des opportunités d’emploi avec des salaires plus élevés le long de la chaîne de valeur, il encourage également le travail décent. La plateforme de l’EBAFOSA est en effet une intervention opportune, car elle veille à la réalisation en Afrique des ODD n° 2 et 17 en particulier.

Photo : Ecodufaso

Photo : Ecodufaso

L’ODD n° 17 concerne le renforcement des moyens de mise en œuvre et d’établissement de partenariats en faveur du développement durable. En favorisant les partenariats entre les fournisseurs de solutions des secteurs public, privé, et de la recherche, des OSC, des ONG, etc., pour combler les lacunes à travers la mise en œuvre de politiques, le financement, la commercialisation, le transfert de technologies, les aptitudes, les techniques, etc., et en les mettant en œuvre, l’EBAFOSA contribue à l’ODD n° 17.

En se concentrant sur l’établissement de partenariats stratégiques entre les fournisseurs de solutions au niveau local ou international, et en tirant parti des écosystèmes sains comme indispensables à la sécurité alimentaire et à la croissance inclusive durable, l’EBAFOSA se positionne comme une plateforme susceptible de voir l’Afrique réaliser de manière pertinente les ODD n° 2, 8, 13, 15, et 17. D’où son importance en tant que véhicule post 2015 et post COP21 de l’Afrique.

Ces 30 dernières années ont été phénoménales pour l’histoire de l’humanité et l’Afrique est sans aucun doute prête à converger. Cependant, il est important de savoir que tout n’est pas joué d’avance. Il ne suffira pas de déclarations de bonne intention, mais de volonté d’innover, d’apporter le changement, de développer et d’améliorer les technologies adéquates, de transformer les institutions et de faire de l’Afrique le continent dont tout le monde rêve, prospère et avec une croissance inclusive pour des millions de personnes. L’EBAFOSA regorge d’opportunités qui, si elles sont saisies, peuvent déterminer si le 21e siècle est réellement le siècle de l’Afrique.