Les milliers de pèlerins qui viennent du monde entier pour se rassembler à Namugongo, à environ 3,5 km de Kampala, la capitale de l’Ouganda, le font pour commémorer les vies des 23 anglicans et des 22 catholiques prétendument assassinés pour leur foi, entre 1885 et 1887, par le roi Kabaka Mwanga, chef traditionnel du royaume du Buganda.

La première victime de la colère du roi, tuée le 15 novembre 1885, était son page, Joseph Mukasa Balikuddembe, un chef chrétien. Il a été tué pour avoir exhorté le roi à renoncer à son homosexualité et à ne pas tuer l’évêque Hannington, un missionnaire anglican qui était entré au royaume du Buganda en passant par un autre royaume, le Busoga. À partir de ce moment-là, le roi s’est retourné contre tous les chrétiens qui repoussaient ses avances homosexuelles. Ces chrétiens persuadaient également les pages du roi de désobéir à tous les ordres de celui-ci. Certains de ces jeunes hommes ont été taillés en pièces, d’autres embrochés, et le reste, brûlés vifs à Namugongo.

Les 20 victimes catholiques romaines ont été béatifiées par le Pape Benoît XV le 6 juin 1920 et canonisées par le Pape Paul VI le 18 octobre 1964. Les deux victimes embrochées à mort à Paimol, dans le diocèse de Gulu, dans le nord de l’Ouganda, en octobre 1928, ont été béatifiées par le Pape Jean Paul II le 20 octobre 2002.

Lors de sa visite en Ouganda en novembre 2015, le Pape François a exhorté les Ougandais à suivre l’exemple de la foi des martyrs, pour être des missionnaires chez eux, en prenant soin des personnes âgées, des pauvres, des veuves, et des personnes abandonnées.

«Cet héritage n’est pas glorifié par des commémorations occasionnelles ou en étant enchâssé dans un musée comme une pierre précieuse», a-t-il déclaré selon CBS News. «Au contraire, nous les honorons ainsi que tous les autres saints en portant toujours leur témoignage et celui de Christ dans nos maisons et dans notre entourage, dans nos lieux de service, dans la société, que nous ne quittions jamais notre demeure ou que nous allions au bout du monde. »

Prière pour les martyrs de Namungongo à l'intérieur de la cathédrale. Photo http://www.monitor.co.ug

Prière pour les martyrs de Namungongo à l’intérieur de la cathédrale. Photo http://www.monitor.co.ug

Le récit de l’histoire des martyrs comporte de nombreuses zones d’ombre qui n’ont pas été élucidées.

Kabaka Mwanga, roi homosexuel ?

Au début des années 1870, Henry Morton Stanley a publié une lettre à Londres. Cette lettre, qui aurait été rédigée par le prédécesseur du roi Mwanga, Mutesa I, était une invitation ouverte aux missionnaires chrétiens de toutes dénominations dans son royaume. Bien que l’authenticité de cette lettre soit remise en question, elle n’a pas empêché de nombreuses missions d’envoyer des représentants à la monarchie ougandaise.

Les 45 jeunes hommes ont été assassinés en partie pour avoir refusé d’abandonner le christianisme auquel ils avaient été convertis, mais également pour avoir repoussé les avances du roi. L’histoire les a exaltés, et a vilipendé l’homosexuel violeur en série qu’est devenu Mwanga. Cependant, ce fait est difficilement mentionné dans les cercles religieux ougandais. En fait, il n’existe aucune trace de témoignage des chefs religieux à propos de l’homosexualité du roi Mwanga.

L’un des premiers témoignages écrits sur les orientations sexuelles de Mwanga figure dans une lettre d’Alexander Mackay, un missionnaire presbytérien. La lettre raconte l’histoire d’un jeune page, Apollo Kaggwa, puni pour avoir refusé de coucher avec le roi. Mackay ajoute ensuite que Mwanga avait copié son comportement homosexuel chez les Arabes de sa cour.