Étant un pays qui a connu des décennies de soulèvements sociaux et politiques, la République démocratique du Congo, ou Zaïre (nom du pays jusqu’à 1997), a produit l’une des meilleures musiques connues en Afrique. La rumba a survécu pendant des générations grâce à l’innovation, l’expérimentation et la fusion pures avec divers styles de différentes parties du monde. Elle a influencé d’autres styles de musique populaire sur le continent, notamment le benga au Kenya, le highlife au Ghana et le makossa au Cameroun.

Un genre hybride

Aujourd’hui, les jeunes musiciens congolais, tout comme leurs prédécesseurs, combinent la rumba au dancehall, au hip-hop, au house et au R & B. Dans les années 1940, la rumba se frottait aux styles musicaux de l’Amérique latine tels que le son cubain, le cha-cha-cha et le merengue qui, d’après certains, ont été transportés à travers l’Atlantique par des esclaves du bassin du Congo.

Dans les années 1950, des groupes de rumba connus comme orchestres ou groupes de jazz ont introduit une section instrumentale à l’aide de la guitare, du saxophone et des percussions (tambours et des idiophones produisant les sons à l’aide de secousses). Au milieu de la décennie 1950, la guitare électrique a donné à la musique une sonorité qui la distinguait du jazz et des styles latins.

Dans les années 1950, des groupes de rumba connus comme orchestres ou groupes de jazz ont introduit une section instrumentale à l’aide de la guitare, du saxophone et des percussions

Joseph «Le Grand Kallé» Kabaseleh, père de la musique congolaise moderne, a dominé la scène à Kinshasa et à Brazzaville avec son groupe, African Jazz, qui a également travaillé avec le guitariste légendaire Dr. Nico. C’est Kabaseleh qui a composé le chant iconique «Indépendance Cha-Cha» pour la célébration de la naissance de la nation indépendante en 1960.

https://www.youtube.com/watch?v=IYn2QU49sb0&list=PLHCTKh4rcRw0TyEmVIXTanMvC1qGj7_Sz

Une musique moderne, mais authentiquement africaine

La musique était moderne mais ancrée dans la tradition, cosmopolite mais authentiquement africaine. Il s’agissait de la première sonorité panafricaine, et le précurseur de ce qui allait se faire ressentir pendant les deux prochaines décennies, avec la popularité inégalée de la musique congolaise. «Franco» Luambo Makiadi et son T.P. O.K. Jazz ont développé un style appelé rumba odemba, qui incorporait une section de cors, trois saxophones, quatre trompettes, jusqu’à six guitares, des tambours, des congas et une grande sélection de chanteurs accompagnée de danseurs.

Franco et son rival légendaire, Tabu Ley, qui a formé le groupe Afrisa après avoir passé beaucoup de temps avec Kabaseleh, et ensuite Dr. Nico au début des années 1960, ont été les figures les plus influentes dans la propagation de cette musique à travers le continent et ailleurs, en Europe et en Amérique notamment.

La rumba a continué à évoluer de manière intéressante dans les années 1970 avec l’émergence du soukous, un style défini par un changement rythmique en milieu de chanson, appelé sebene, une section de guitare solo improvisée. Ce son a été influencé par la popularité mondiale du rock ‘n’ roll et du funk, suivant la fameuse performance du Roi de la Soul James Brown lors du «Rumble in the Jungle» (le fameux match de boxe des poids lourds mondiaux Mohammed Ali et George Foreman en 1974) à Kinshasa.

Le groupe de Soukous le plus révolutionnaire était Zaiko Langa Langa, formé en 1969 par un groupe de lycéens à Kinshasa et dirigé par Papa Wemba. Cet icône a bâti sa réputation sur une musique pleine d’énergie structurée autour d’une caisse claire, d’une section rythmique, d’un sebene et d’un sens de la mode sans pareil qui a valu au groupe une base importante de jeunes fans.

Les musiciens congolais en France ont développé une relation de travail avec Ibrahim Sylla, un Ivoirien dont la maison de disques Syllart Production est devenue le domicile des grands noms du Soukous.

Les soulèvements économiques et politiques à Kinshasa n’ont pas épargné l’industrie de la musique, avec les studios d’enregistrement qui ont été forcés de fermer et les usines de pressage de disques incapables de rester ouvertes à cause du manque de vinyle. Ceci a conduit à un exode de musiciens congolais vers l’Europe en passant par la Cote d’Ivoire. Abidjan ne représentait pas seulement un tremplin pour atteindre Paris et Bruxelles, mais également le début d’une toute nouvelle sonorité qui a marqué la dominance congolaise sur la musique africaine pendant deux autres décennies.

Les musiciens congolais en France ont développé une relation de travail avec Ibrahim Sylla, un Ivoirien dont la maison de disques Syllart Production est devenue le domicile des grands noms du Soukous, à savoir Bopol Mansiamina, Syran Mbenza, Nyboma Mwandido, Pepe Kalle et Tshala Muana. Sylla a développé le «Soukous de Paris» qui est devenu populaire pendant les années 1990, caractérisé par les riffs de guitare répétés et combinant la rumba à la salsa et au zouk. Ce mélange donnait ainsi naissance à de nouvelles variantes de la musique congolaise identifiée par des routines de danse telles que le kwassa kwassa et le ndombolo. Aucun artiste n’a mieux perfectionné ce style que Kanda Bongo Man, chanteur et homme de spectacle exceptionnel dont les chansons aux rythmes endiablés et les chorégraphies sur scène ont fait sensation dans plusieurs zones du globe.

https://www.youtube.com/watch?v=DO0m-t2MBUw

Il y a eu rivalité et défection acharnées entre les deux géants de la rumba à l’ère de l’ancienne rumba, Franco et Tabu Ley, et la musique congolaise moderne est toujours marquée par des disputes de grande envergure. Wengé Musica était le groupe le plus populaire à Kinshasa pendant la majeure partie des années 1990, jusqu’à ce qu’un conflit d’ego entre les deux stars du groupe, Werrason et JB Mpiana, conduise le groupe à la scission. Actuellement, Ferre Gola, ancien protégé de Werrason et de Koffi Olomidé, et Fally Ipupa, également ancien membre du groupe Quartier Latin de Koffi, sont constamment à couteaux tirés.

Regarder vers l’avenir

Les survivants de l’ancienne génération de la rumba comme Sam Mangwana ont été critiques à l’égard des sonorités modernes, décrivant l’état actuel de la musique congolaise comme un point de crise. Koffi Olomidé, chanteur ayant popularisé le soukous au rythme lent connu sous le nom de tcha tacho, a répondu que tout ceci fait partie de l’évolution de la musique et que les sonorités congolaises restent les plus influentes en Afrique.

L’avenir de la musique congolaise repose peut-être entre les mains de la nouvelle génération de chanteurs tels que Baloji, rappeur né en RDC mais ayant grandi en Belgique, qui est rentré au bercail en 2012 pour enregistrer un album, Kinshasa Succursale, avec des vétérans tels que Konomo N° 1 et Zaiko Langa Langa. L’album a reçu beaucoup d’éloges pour son mélange intéressant de hip-hop et de rumba, avec une reprise renversante de l’hymne à la libération de Kabaseleh «Indépendance cha-cha», enregistrée avec la légende de la rumba, le groupe de Wendo «Papa Wendo» Kolosoy.