La question de l’homosexualité a irradié, et on l’entendait quelque peu du fait de la présence du concept contemporain, cette 11è édition du Dak’art. Non seulement à travers la performance d’Ato Malinda au village, mais surtout à travers l’expo qui prit ses quartiers à la galerie Raw Material de la Camerounaise Koyo Kouoh au Point E. Une expo dont l’intitulé était sans ambages : Imagerie précaire, Visibilité Gay en Afrique et qui concernait photos, vidéos et installations de Kader Attia, Jim Chuchu, Andrew Esiebo, Amanda Kerdahi M. et Zanele Muholi. Le tout curaté par Malinda et Kouoh.

Les photos montrent que les gays sont des gens ordinaires qui appartiennent à toutes les classes sociales.

L’une des questions principales de l’expo réside en l’identité du gay aujourd’hui sur le continent. Pour Esiebo, il n’y a guère de doute : c’est de tout le monde qu’il s’agit ! Mieux, les photos montrent que ce sont des gens ordinaires qui appartiennent à toutes les classes sociales. On y voit ainsi pasteur, chômeur, commerçant, etc. Ses modèles ne sont ni joyeux ni tristes. Ils ont plutôt l’air grave comme s’ils étaient en proie à un danger invisible mais imminent. Cette angoisse existentielle est perceptible dans les regards et les attitudes souvent empruntés des modèles et qui semblent dire à l’encan qu’ils ne constituent point une menace. Attitudes qui amènent à se poser la question de la réalité même de ce danger-là et sa cause. Kerdahi pour sa part prolonge cette angoisse avec des modèles noyés dans la foule malgré quelques identités remarquables chez nombre d’entre eux. C’est ainsi que l’on voit des gens qui chuchotent, se cachent derrière quelque bouclier, même de fortune.

Photo Parfait Tabapsi

Photo Parfait Tabapsi

Jim Chuchu est plus direct ; il explore le côté bestial et fantasmé des homosexuels. Avec ses oeuvres, l’on entre un peu dans le mysticisme que colporte cette notion parfois sur le continent. Pourquoi sont-ils souvent l’objet de diableries de la part de leurs contemporains, semble se demander l’artiste. De face comme de dos, les corps sont souillés, triturés, défigurés par les regards des autres qui sont forcément des diables, un enfer. Du coup l’on sent qu’ils brûlent d’être reconnus comme humains à part entière. Ce travail pose également la problématique de l’avenir à travers l’horizon tumultueux du fond des photos où la rédemption a été phagocytée par un mauvais temps qu’une lumière au fond pourrait conjurer.

La série de portraits de Zanele Muholi présente des gens bien en chair dont on perçoit assez facilement que la confiance en soi leur échappe. Ce qui interroge leur orientation sexuelle. Les regards sont révélateurs du mal être et d’une conjoncture dévastatrice pour les gays, lors même qu’ils sont plein de vie et jeunes pour la plupart. Regards de persécutés, de victimes proches d’une potence imaginaire donc. Kader Attia de son côté cherche le lien entre les transsexuels et le monde ; cela au moyen de l’architecture et de la sculpture. Suggère-t-il alors de voir les gays comme une partie normale du décor de la vie ? Question dont chacun peut apporter une réponse personnelle et qui, finalement, résume assez bien l’intention de cette expo.

Cet article a été initialement publié par le magazine culturel camerounais Mosaïques.