Une chaîne Youtube, un blog dédié au numérique, co-fondatrice du premier site internet ivoirien dédié à la femme, des invitations en tant que speaker à des rencontres internationales, la présidence de l’Association des blogueurs de Côte d’Ivoire, Une entreprise naissante, mais qu’est ce qui fait courir Edith Brou ?

Citée par le magazine Jeune Afrique dans le top 50 des personnalités influentes de la Côte d’Ivoire, la jeune femme s’est imposée comme l’un des visages incontournables de la webosphère ivoirienne.

Son dynamisme et son hyperactivité sont traités dans plusieurs articles qui ont contribué à renforcer son aura. Et Edith en joue. A coups de publications régulières  sur les réseaux sociaux, elle a développé un personal branding de qualité. Il lui aura fallu près de dix ans pour constituer un réseau solide et occuper une place de leader dans ces domaines : Le blogging et le digital marketing. Chacune de ses journées doit bien ressembler à un marathon. Il nous a d’ailleurs fallu négocier un créneau afin de caler une date pour son interview. Le vendredi 5 août 2016.

Edith Brou. Photo Charly Kodjo
Edith Brou. Photo Charly Kodjo

Un parcours de conquérante

Titulaire d’un DEUG en sciences économiques et gestion en 2005, Edith est stagiaire à Dogon production avant d’être responsable de la force de vente puis de la clientèle pour Bogolan Distribution jusqu’en 2009. Le virage à 360° s’opère cette année-là. Alors qu’elle a déjà ouvert son blog, Edith rencontre Jean Patrick Ehouman et Eric Agnissan. Le déclic se crée au fil des échanges. Ils co-fondent avec neuf autres amis l’ONG Akendewa dont elle est la secrétaire générale. Son intérêt pour le digital se précise. C’est un domaine d’avenir avec plein de possibilités. Edith saute le pas, se documente, se forme sur le tas, et pratique.

Pour elle, le digital est un domaine d’avenir avec plein de possibilités.

2010, elle est engagée par AOS (Alpha Oméga Services). Son poste : chef de projet web et Community Manager. C’est un nouveau métier encore méconnu à Abidjan et elle est la première à l’exercer à ce niveau. Dans la même période, le Blog d’Edith Brou est hyperactif et sa notoriété va crescendo. Un an plus tard, elle est débauchée par People Input, une entreprise digitale qui installe une de ses agences à Abidjan. Ils ont besoin d’un Digital et Country Manager sur place. Après quatre années au sein de l’agence, Edith décide de se lancer dans une nouvelle aventure : l’entrepreneuriat.

Créée depuis seulement trois mois, «La digitale» est une entreprise qui propose de la création de contenus web, de la consultance en communication digitale, et qui réalise ses propres productions, notamment l’émission web «Divan numérique». Edith s’y consacre exclusivement en misant entre autres atouts, sur son Personal Branding.

Un Personal Branding efficace

Edith est de tous les rendez-vous importants à Abidjan. Globe-trotteuse, régulièrement invitée à des rencontres internationales, elle court sans s’arrêter. Elle communique sur chacune de ces activités et n’hésite pas à s’afficher en présence de personnes qu’elle admire, qui méritent d’être mises en avant, et qui pourrait lui donner des conseils. Ses terrains privilégiés de communication sont les réseaux sociaux. Twitter, Facebook, Instagram ; Edith y témoigne de son statut de web-influente et active. Et si parfois ce Personal Branding apparaît pour certains comme une tendance au «m’as-tu vu» excessif, la jeune femme assume jusqu’au bout sa démarche et s’en défend. Son but est de créer et de consolider des contacts stratégiques et de montrer l’univers dans lequel elle évolue.

 « Je me considère comme un Business »

Et elle se manage en tant que telle. La réputation de la bloggeuse grandit jusqu’à l’international. Elle  intéresse les grandes marques  et monnaie ses services à la hauteur de son investissement et de son influence. Ses collaborations dépendent de son rapport avec lesdites marques. Que dit le contrat ? Quel est le feeling avec la marque indépendamment du deal conclu avec elle ? Voici les questions qu’elle se pose. Il lui est d’ailleurs déjà arrivé de refuser de travailler avec des enseignes qui ne correspondent à ses principes.

Au-delà de sa passion pour le digital et de ses ambitions de businesswoman, Edith est aussi et surtout mère célibataire de deux enfants.

Et si certains de ses confrères n’hésitent pas à lui faire un procès moral, Edith Brou reste convaincue de sa logique dans la gestion de son activité. Les quelques pics dont elle a écho la concernant ne l’interpellent que relativement.

«Je ne prends en compte que les critiques objectives et me considère à ce jour comme un média et comme un business à part entière. Je ne m’attarde pas sur de petits pics lancés gratuitement. Et puis la difficulté m’excite. On n’a qu’une seule vie. C’est comme si tu as un peu de sel, un peu de piment. Du coup, tu ne t’endors pas sur tes lauriers. Du jour au lendemain, on peut partir, et il est important de marquer positivement sa communauté. J’avance.»

C’est qu’au-delà de sa passion pour le digital et de ses ambitions de businesswoman, Edith est aussi et surtout mère célibataire de deux enfants.

Une femme éprouvée, une mère déterminée.

Si dans son parcours il lui est déjà arrivé d’être ramenée à son statut de femme d’intérieur, son expérience la plus marquante reste sa relation avec le père de son dernier fils. Edith relate une épreuve qui l’a poussée à faire un choix à la fois difficile et responsable : partir.

Unie à un homme qu’elle croyait son âme sœur, ce dernier semble mal accepter de voir la mère de son fils reprendre le chemin du travail trois mois après l’accouchement. L’homme qui admirait la femme dynamique, serait moins à l’aise avec la compagne dynamique.

«J’ai eu l’impression que l’on voulait me faire culpabiliser parce que je travaillais et que cela me rendait indépendante. J’ai malheureusement dû faire face à un procès pour la garde de mon enfant qui n’avait que neuf mois !»

Elle refuse de renoncer à son droit d’être une femme ambitieuse et travailleuse. Désillusionnée, elle fera fi du regard de son entourage pour dire adieu au « luxe » d’un foyer. Les coups ont été durs mais avec le recul, elle est reconnaissante envers la vie pour ses fils. «J’aurais été une femme terriblement aigrie d’avoir abandonné mes rêves. Et une femme c’est plus immense que la maternité et l’entretien d’un foyer »

Edith Brou. Photo Andy Costa
Edith Brou. Photo Andy Costa

Edith vit aujourd’hui avec ses deux fils qu’elle éduque en tant que futurs maris et pères afin qu’ils sachent apprécier la valeur de la femme.

Engagée pour le blogging en Côte d’Ivoire

Edith Brou est l’un des portes étendards du blogging en Côte d’ Ivoire. Vous la verrez souvent mettre en lumière via les réseaux sociaux des blogs ivoiriens dont elle apprécie le travail, une manière pour elle de montrer qu’il existe une communauté de blogueurs  de qualité et qu’il faudra compter avec ce nouveau média dans l’écosystème ivoirien.

Edith est de tous les rendez-vous importants à Abidjan. Globe-trotteuse, régulièrement invitée à des rencontres internationales, elle court sans s’arrêter

Depuis 2015, elle est la présidente de l’Association des Blogueurs de Côte d’Ivoire (ABCI). C’est une responsabilité qu’elle assume avec enthousiasme et énergie, mais qui a parfois eu des allures de poids. Car en effet, elle le dit elle-même :

«Le propre d’une communauté, peu importe le domaine, c’est les querelles de leadership ou de personne. Il faut savoir faire face. L’ABCI n’est pas un syndicat, plutôt un club d’amis, un réseau, et un moyen d’être plus visible et plus efficace en Côte d’Ivoire. Le but premier est de permettre à chacun des membres de bénéficier de la force du réseau. Quand il y a un problème, utiliser la force de l’union pour se soutenir. Dans certains pays comme le Sénégal ou les USA, les blogueurs ont choisi de ne pas se constituer en association pour éviter certains litiges. Mais constituer l’Association répondait aussi et surtout au besoin d’avoir un statut légal afin de promouvoir au mieux le blogging en Côte d’Ivoire. On s’entraide entre nous, et s’il y a des opportunités de collaboration, on le partage. L’ABCI organise également des sessions de formations à l’endroit des membres pour optimiser leurs capacités avec des séances d’initiation au graphisme par exemple.»

A la question de savoir si le blogging ne serait pas surévalué, elle est claire : «On est juste au bon moment. Le pays attire beaucoup d’investisseurs et la consommation a changé, la communication aussi. Le blogueur est un nouveau média qui prend une place importante. Son avis compte. Mais avant d’atteindre un statut qui lui permette de rentabiliser les efforts qu’il investit, il doit construire sa e-réputation. Pour cela il faut du temps, du travail, être sociable et avoir une certaine ouverture d’esprit.»

L’ouverture. Un trait de caractère qui a sûrement facilité l’ascension de cette trentenaire qui ne s’embarrasse d’aucun complexe en public. Les échanges enregistrés au fil de ses sorties ne sont pas étrangers à la richesse de son carnet d’adresse.