Le Zimbabwe est une puissance dans le rugby africain — ce sport s’y pratique depuis l’arrivée dans le pays du Pioneer Column, sous les ordres de Cecil Rhodes, il y a plus d’un siècle. Lors des Coupes du Monde de 1987 et de 1991, le Zimbabwe était le seul représentant de l’Afrique (l’Afrique du Sud était toujours sous le coup du boycott sportif en raison de l’apartheid). Depuis lors, les Zimbabwéens n’ont pas participé à la Coupe du Monde ; depuis qu’a été institué un processus de qualification pour l’événement mondial de ce sport. Cependant, fort de l’héritage de la colonisation européenne dans ce pays d’Afrique australe, et de l’adoption en masse de ce sport par la population noire majoritaire, le Zimbabwe demeure une nation joueuse de rugby très respectée en Afrique, et ce à tous les niveaux dudit sport.

À travers le continent, en Afrique orientale, le Kenya dispose également d’un valeureux héritage dans le rugby. Le sport a une longue histoire au Kenya. En effet, le Kenya a joué son premier match en 1909, lorsqu’une équipe composée principalement de « fonctionnaires » britanniques a affronté des « colons », principalement des Afrikaners, à Mombasa.

« L’équipe de rugby à sept du Kenya a inscrit son nom dans l’histoire en remportant son premier titre dans la World Rugby Sevens Series » 

Dans le format de rugby à sept, les Kenyans vantent une équipe de classe mondiale qui, avec l’Afrique du Sud, participe à la prestigieuse World Rugby Sevens Series comme les deux seules équipes de l’Afrique.

Au début de cette année, l’équipe de rugby à sept du Kenya a inscrit son nom dans l’histoire en remportant son premier titre dans la World Rugby Sevens Series, remportant la manche de Singapour de la compétition. La World Sevens Series est composée de neuf manches différentes qui se déroulent dans neuf villes différentes à travers le monde.

L’équipe zimbabwéenne de rugby à sept. Crédit photo : Jesús Gorriti/Flickr
L’équipe zimbabwéenne de rugby à sept. Crédit photo : Jesús Gorriti/Flickr

Au niveau du XV, qui est le format principal de ce sport, le Zimbabwe est considéré comme le meilleur des deux pays, tant sur le plan technique que tactique. En effet, dans les matchs opposant ces deux équipes depuis les années 1970, le Zimbabwe a dominé. Jusqu’à leur dernière rencontre le week-end dernier, le Zimbabwe et le Kenya s’étaient affrontés 22 fois. Le Zimbabwe avait 17 victoires à leur actif, tandis que le Kenya n’avait remporté que cinq de leurs rencontres.

À la rencontre d’une légende du rugby

Godfrey «Chief» Edebe est un ressortissant kenyan qui vit au Zimbabwe depuis plus de 20 ans maintenant. C’est une figure légendaire du rugby kenyan qui a joué pour l’équipe nationale dans les années 1970 et 1980 et est l’un des plus beaux talents de rugby que cette nation d’Afrique orientale n’ait jamais connu. Edebe est tombé amoureux du Zimbabwe lors d’une tournée de rugby et a épousé une Zimbabwéenne, qui, malheureusement, s’en est allée depuis.

Connu simplement sous le nom de Chief Edebe par ses pairs, il se remémore les matchs d’essai contre le Zimbabwe avec nostalgie, les décrivant comme quelques-uns des moments marquants de sa carrière. «Edebe et moi sommes devenus de bons amis au fil des années, en dépit de notre grande différence d’âge. Nous partageons le même amour pour ce sport magnifique qui nous a réunis à l’Old Hararians Sports Club, situé à proximité de la banlieue où nous avons tous les deux vécu dans la capitale zimbabwéenne».

« Ces jours-ci, il n’y a presque pas de financements dans le rugby zimbabwéen, et la plus grande source de motivation pour les joueurs c’est la fierté d’arborer la tenue vert et blanc ». 

«Les premières rencontres étaient beaucoup plus serrées que ce que vous voyez ces jours-ci», Edebe m’a dit un samedi après-midi alors que nous regardions une rencontre du championnat local entre Old Hararians et leurs adversaires, Harare Sports Club. «Bien évidemment, par le passé, la Rhodésie (le nom du Zimbabwe avant 1980) nous terrassait. Mais le Kenya était une des équipes qui vous donnait (au Zimbabwe) du fil à retordre».

Le derby de Victoria

Remporter le derby de Victoria est une question de grande fierté pour les deux nations. La victoire confère le droit de se vanter. Le derby de Victoria tire son nom du fait que les deux pays ont en commun des attractions touristiques qui portent ce nom. Le Zimbabwe abrite les magnifiques chutes Victoria, l’une des grandes merveilles naturelles du monde, tandis que le lac Victoria au Kenya est également une destination touristique internationale de choix.

Il y a un aspect très récurrent de cette bataille entre les deux nations. Tandis que le Zimbabwe a gagné la plupart des jeux, le Kenya a toujours tendance à prendre le Zimbabwe au dépourvu. En effet, le Kenya remporte la plupart des derbies lorsque le Zimbabwe fait face à des difficultés politiques et économiques, comme cela a souvent été le cas au cours des 20 dernières années.

Ces jours-ci, il n’y a presque pas de financements dans le rugby zimbabwéen, et la plus grande source de motivation pour les joueurs c’est la fierté d’arborer la tenue vert et blanc. Les difficultés de trésorerie, surtout à un moment de crise comme celle à laquelle le pays fait face actuellement, empêchent l’équipe nationale de se préparer suffisamment pour les rencontres. Il n’y a pas assez de fonds pour déplacer certains des meilleurs joueurs professionnels basés à l’étranger et les conditions en stage de préparation ne sont pas idéales. Les maigres allocations et primes prévues pour les joueurs ne sont souvent pas disponibles.

Ce fut le cas la semaine dernière, lorsque le Kenya a atterri à Harare pour la 22e rencontre entre ces deux grandes et fières nations africaines du rugby, à l’occasion de la Coupe d’Afrique 1, la plus grande compétition de rugby du continent. L’équipe du Zimbabwe, surnommée « Sables » (les zibelines), avait remporté les cinq dernières rencontres entre les deux nations. La dernière victoire du Kenya remontait à 2008, alors que le Zimbabwe traversait une époque terrible de son histoire.

Le lieu de la rencontre ne pouvait être plus sentimental : il s’agit du stade de Police Grounds de 20 000 places à Harare, où les poids lourds internationaux comme les All Blacks et le Pays de Galles se sont affrontés dans le passé. La dernière fois que les «Sables» y ont joué remonte à près de 21 ans. Samedi dernier, Police Grounds, qui aujourd’hui sert principalement de stade de football, affichait belle allure.

L’ambiance était également digne de cette grande rencontre — un certain nombre de ressortissants kenyans au Zimbabwe étaient là pour soutenir leur équipe. Le gazon était lisse et vert, et une foule de 10 000 supporters zimbabwéens avait bravé le mauvais temps pour vivre un autre épisode captivant de cette indescriptible saga sportive africaine, une rencontre qui mérite une place parmi les plus grandes rivalités sportives sur le continent.

Comme à d’autres occasions, les joueurs zimbabwéens, sérieusement affectés par les situations déprimantes que vit leur patrie, affichaient un manque de préparation adéquate et n’étaient pas de taille contre une équipe kenyane nettement améliorée et qui a énormément profité des importants investissements financiers dont a bénéficié ce sport.

La défaite écrasante du Zimbabwe de 61 contre 15 face au Kenya était une victoire d’envergure pour le rugby kenyan et représente le pire des défaites que le Zimbabwe ait jamais enregistré. Il n’en demeure pas moins que ce fut une autre belle rencontre qui enrichit positivement l’expérience de ce derby de rugby africain très convoité. Vive le derby de Victoria !