Le Musée international Avimadjèssi n’aura donc duré que quatre ans. Face aux difficultés qui l’assaillent, son directeur-fondateur, Dénis Avimadjèssi, s’est résolu à mettre la clé sous le paillasson. A travers un communiqué officiel diffusé en boucle depuis la matinée du samedi 22 octobre 2016, il a clairement signifié son intention de mettre un terme à cette aventure pourtant très admirée.

Le Musée international Avimadjèssi est une pièce à deux niveaux qui compte environ 4000 pièces collectées pendant plus de 30 ans par son collectionneur auprès de différents peuples et civilisations à travers le monde. Des biens acquis sur fonds propres du promoteur dont le souci, explique-t-il, est de rapprocher les autres civilisations de celle du Bénin et de donner la possibilité à ceux qui, faute de moyens, ne pourront découvrir ces objets rares de les visiter sur place dans son musée, et à un prix modique.

Pourtant ! Lundi 17 septembre 2012, c’est dans une ferveur inhabituelle que le musée international Avimadjèssi (Mia) a ouvert ses portes au public. Environ  4.000 objets collectionnés dans le monde entier, à divers occasions et auprès de différentes civilisations meublaient son enceinte.

Très apprécié et visité, ce musée situé à Azohon dans la commune de Ouidah, à quelques kilomètres de la capitale économique du Bénin Cotonou, a souvent drainé du monde, du moins pendant les premiers mois qui ont suivi son inauguration. Il était au cœur de mille attentions et plusieurs autorités y ont fait des tours pour apprécier la variété et la richesse des objets exposés.

La première difficulté du musée est venue des travaux de construction d’un tronçon reliant Cotonou à Ahozon. Lesquels ont créé l’impraticabilité de la voie qui dessert le musée. Le coup de massue, c’est que la seule déviation tracée pendant les travaux est faite d’un contournement par l’arrière du musée, de sorte que le joyau a été nettement enclavé. Pendant les deux ans qu’ont duré les travaux, impossible de rallier le musée. Ce qui a contraint le promoteur à une fermeture provisoire.

Le promoteur du Musée international Avimadjèssi.
Le promoteur du Musée international Avimadjèssi.

La réouverture à la fin des travaux n’a pas ramené les visiteurs au musée international Avimadjèssi. Ils se faisaient toujours rares. Ce qui a obligé le promoteur a exprimé, en 2015, son intention de fermer baraque. Fort heureusement, selon les propres confessions du promoteur, la nouvelle est parvenue au ministre de la Culture en fonction à l’époque qui a décidé de secourir le musée en péril. «Il a  échafaudé avec moi un plan de sauvetage sur trois ans à raison de cinq millions par an» de la part de l’Etat, confesse le directeur Dénis Avimadjèssi. Mais cette bouffée d’oxygène se fait désirer. Depuis cette promesse, il y a bientôt deux ans, seulement trois millions ont pu être touchés par le promoteur. Depuis, plus rien !

Les objets seront cédés entre 1000 et 10.000F CFA

«En vue de sa fermeture définitive, le musée international Avimadjèssi sis à Ahozon sur la route d’Ouidah met en vente à des prix incroyables ses pièces d’art, d’histoire et de décoration venues du monde entier», annonce le communiqué. Et pour mieux caricaturer le drame, le même communiqué précise que «malgré la qualité des pièces, il est fait en sorte que les prix varient entre 1.000 F et 10.000F CFA». A travers un communiqué officiel publié sur sa page Facebook et repris par des milliers d’internautes et acteurs culturels, le directeur-fondateur du Mia a annoncé son intention de mettre la clé sous le paillasson.

Une information que l’intéressé lui-même a confirmée, une fois joint au téléphone. Cette annonce a tôt fait de créer un émoi dans le public et chez les acteurs culturels en particulier. Comme eux, le promoteur ne cache pas sa déception. Visiblement à bout de souffle, Dénis Avimadjèssi déclarait : «Maintenant j’en ai fini. J’ai décidé de tout vendre pour mettre mon bâtiment en location. C’est dommage. Je ne sais plus quoi faire je suis dépassé !». S’il en est venu à prendre une décision aussi drastique, c’est aussi et surtout parce que les charges se sont accumulées pendant que ses moyens à lui se sont amenuisés. «Tout ce que j’ai fait dans ma vie, je l’ai investi dans ce musée… Mes affaires ont complètement chuté», indique le promoteur.

Pour Pacôme Comlan Alomakpé, gestionnaire de patrimoine, cette annonce de fermeture est un «défi, un challenge qui nous impose une remise en cause des actions culturelles menées au Bénin aussi bien au niveau étatique qu’au niveau des acteurs culturels». Il va même plus loin, estimant que «le musée en situation de crise nécessite un travail plus approfondi en termes de collection, de personnels et d’ancrage des collections dans la culture béninoise»,

Pourtant ! Lundi 17 septembre 2012, c’est dans une ferveur inhabituelle que le musée international Avimadjèssi (Mia) a ouvert ses portes au public. Environ  4.000 objets collectionnés dans le monde entier, à divers occasions et auprès de différentes civilisations meublaient son enceinte. «Ce musée qui ouvre ses portes est un rendez-vous que j’ai personnellement pris avec ma patrie la Bénin, ainsi qu’avec la culture universelle», annonçait le promoteur, Dénis Avimadjèssi, ancien conseiller à l’ambassade du Bénin à Bruxelles.

Mauvais choix politique ?

Les réactions au sujet de la fermeture annoncée du Musée international Avimadjèssi sont variées. En dehors du tollé général suscité sur les réseaux sociaux, plusieurs acteurs culturels contactés ont préféré garder le silence sur le sujet. Du moins, officiellement. Officieusement, ils accusent l’Etat, notamment le ministère de la Culture, d’être la cause indirecte de ce mal qui risque de faire disparaitre le seul musée privée encore opérationnel. «Pendant que les acteurs locaux font faillite et ferment baraque faute de soutien, d’autres font faire la fête à l’étranger avec l’argent public», fait observer un acteur culturel évoquant une manifestation culturelle en cours à Bruxelles et fortement soutenu par le gouvernement béninois.

«L’Etat est fantaisiste», poursuit-il. Les choix culturels et les priorités artistiques des gouvernants du pays ne manquent pas de critique. Ces derniers mois, des langues se sont déliées dans le pays pour condamner certaines options, de même que la réduction du budget affecté au secteur culturel. Dans un entretien accordé récemment au journal de service public, Marie Cécile Zinsou, directrice de la Fondation Zinsou, seule fondation culturelle du Bénin, a longuement opiné sur le sujet. «Ce qui permet aux gouvernements successifs de se dédouaner à chaque fois c’est évidemment les réflexions du type : le musée n’est pas prioritaire sur l’hôpital, le musée n’est pas prioritaire sur l’école, le musée n’est pas prioritaire sur l’eau potable, le musée n’est pas prioritaire sur l’électricité», soulignait-elle, s’interrogeant de savoir s’il faille vraiment faire un choix et si le Bénin est vraiment un pays si pauvre au point de manquer de ressources pour sa culture et de la renier. «Naturellement on ne peut pas faire passer un musée devant le budget d’un hôpital dans un pays comme le nôtre mais ne pouvons-nous pas faire les deux?», avait-elle suggéré.

La nouvelle de la fermeture est parvenue au ministre de la Culture en fonction à l’époque qui a décidé de secourir le musée en péril. «Il a  échafaudé avec moi un plan de sauvetage sur trois ans à raison de cinq millions par an» de la part de l’Etat, confesse le directeur Dénis Avimadjèssi. Mais cette bouffée d’oxygène se fait désirer. Depuis cette promesse, il y a bientôt deux ans, seulement trois millions ont pu être touchés par le promoteur. Depuis, plus rien !

Pour Pacôme Comlan Alomakpé, gestionnaire de patrimoine, cette annonce de fermeture est un «défi, un challenge qui nous impose une remise en cause des actions culturelles menées au Bénin aussi bien au niveau étatique qu’au niveau des acteurs culturels». Il va même plus loin, estimant que «le musée en situation de crise nécessite un travail plus approfondi en termes de collection, de personnels et d’ancrage des collections dans la culture béninoise», sans pour autant nier le mérite qu’a le musée Avimadjèssi d’être une structure culturelle de proximité.

Et à ce titre, poursuit-il, «le défi de la continuité de son fonctionnement mérite d’être relevé» et «c’est un challenge national et à l’heure où la culture semble être au cœur des préoccupations». Il y voit donc une occasion idéale «pour l’administration en charge de la culture de donner la preuve de sa volonté». Un débat sans fin que le cas du Musée international Avimadjèssi vient relancer, depuis le samedi 22 octobre 2016.