Ainsi donc la Gambie a tourné la page Yahya Jammeh. Qu’elle a soupé depuis 1994 et le renversement de l’ancien président. Une situation qui apporte la preuve cinglante que l’alternance est possible en Afrique ; que les détenteurs du pouvoir peuvent être battus, n’en déplaise au président congolais Sassou Nguesso qui disait voici 23 ans, qu’«on n’organise pas les élections pour les perdre».

Le premier défi sera celui de la place de l’armée. Que deviendra-t-elle ? A-t-elle accepté aussi facilement que son chef Jammeh cette passation du pouvoir qui se profile à l’horizon ? Ne risque-t-on pas d’assister à un soulèvement avec une nouvelle junte ?

Jammeh a donc perdu. Ou plus tôt a été battu. Avec un score pas très large mais suffisant pour lui donner envie de saluer son vainqueur et prendre le large à la grande satisfaction des électeurs de Barrow Adama. Qui devra maintenant s’ingénier à justifier ce choix en établissant une véritable démocratie, au sens occidental du terme s’entend. Et ce n’est pas le moindre défi que cette élection appelle. Nettoyer les écuries d’Augias, au cas où il en existerait, ne sera pas de tout repos et demandera plus que de la bonne volonté.

Le président sortant félicitant le vainqueur de l'élection au téléphone.
Le président sortant félicitant le vainqueur de l’élection au téléphone.

Le premier défi sera celui de la place de l’armée. Que deviendra-t-elle ? A-t-elle accepté aussi facilement que son chef Jammeh cette passation du pouvoir qui se profile à l’horizon ? Ne risque-t-on pas d’assister à un soulèvement avec une nouvelle junte ? Ces questions méritent d’être posées d’autant plus que la zone géographique dans laquelle appartient la Gambie est un terreau de prédilection de cette conjoncture malheureuse. Du Ghana au Togo en passant par le Bénin, le Burkina et même la Côte d’Ivoire, les coups d’Etat font partie du paysage. Barrow Adama devra s’en souvenir au moment de prendre les rênes.

Il a cependant une chance. Le Sénégal, le grand voisin, semble être un havre de démocratie depuis au moins l’élection de Wade en 2000 et son fameux Sopi [le changement en langue wolof]. S’inspirer de ce parcours pourra l’aider à asseoir son pouvoir. Même si, par ailleurs, cette phase démocratique sénégalaise a parfois tremblé, s’est souvent grippée sans toutefois rompre, restant ce roseau de la fable qui donne de l’espoir à nombre d’autres pays de la zone ouest-africaine et du continent tout entier.

Et le peuple qui a élu Jammeh, qu’en fera-t-il ? Saura-t-il entendre leurs voix dans l’euphorie générale qui a suivi son élection et que la réalité du pouvoir ne pourra bientôt plus lui permettre véritablement d’entendre ? Jusqu’où ira la chasse aux sorcières que l’on peut déjà imaginer d’ici et qui ne manquera pas de se faire jour ?

L’autre défi de Barrow Adama sera le sort de Yahya Jammeh. Celui-là même qui l’a appelé en mondovision pour le féliciter de sa victoire et lui dire son désir de se retirer à son profit. Que va-t-il en faire ? Lui trouver un strapontin digne ? Le pousser à l’exil ? L’intégrer dans son appareil de gouvernance ? Autant de questions pas faciles à résoudre pour l’instant. Surtout que le nouveau président est la face visible d’une coalition de partis et mouvements que rien ne garantit qu’ils seront tous en phase maintenant que la victoire est acquise.

Liesse dans les rues de Gambie à la proclamation des résultats.
Liesse dans les rues de Gambie à la proclamation des résultats.

Et le peuple qui a élu Jammeh, qu’en fera-t-il ? Il s’agit d’une bonne frange de la population électorale et partant de la population globale. Saura-t-il entendre leurs voix dans l’euphorie générale qui a suivi son élection et que la réalité du pouvoir ne pourra bientôt plus lui permettre véritablement d’entendre ? Jusqu’où ira la chasse aux sorcières que l’on peut déjà imaginer d’ici et qui ne manquera pas de se faire jour ? Sans compter qu’il y a eu un troisième candidat issu du parti de Jammeh et dont la séparation lui a ouvert le boulevard de la victoire. Mama Kandeh, puisqu’il s’agit de lui, comment sera-t-il pris en compte dans les mois qui suivront la prestation de serment de Borrow Adama ? Sera-t-il intégré dans l’équipe de ce dernier ? Et à quel prix ? Et pour quelles attentes ?

Ce sont là autant de questions et de défis, et le décompte n’est pas exhaustif, de ce qui attend le nouvel homme fort de Banjul. A qui on ne peut que souhaiter de réussir tant son élection, ou le rejet de Jammeh c’est selon, a soulevé une vague d’espoirs sur le chemin certain de l’alternance au pouvoir en Afrique. Saura-t-il en être à la hauteur ? En tout cas, il pourra s’inspirer de cette posture de l’ancien président béninois Nicéphore Soglo qui avait coutume de dire, du temps de son magistère à la tête de l’Etat, que «la démocratie n’est pas un dîner de gala».