«J’ai tellement pleuré que je suis malade. Je ne sais plus où donner de la tête. Qui va remplacer Marie-Louise Asseu dans Ma grande Famille ?», ainsi s’exprimait, il y a une semaine à l’annonce de mort de la comédienne Marie Louise Asseu, Akissa Delta, productrice de la série «Ma grande famille». C’était dans le journal ivoirien Allô Police. Une déclaration d’autant plus poignante que la défunte avait déclaré de son vivant chez nos confrères de Africa 24: «J’aimerais au travers de mon métier, apporter une plus-value au développement de la société». La postérité nous dira ce qu’il en est dans les mois et les années qui viennent, mais en attendant, les professionnels s’accordent que dame Asseu aura été de ces figures qui ont marqué leur temps. Avant de s’en aller. A presque 50 ans!

Née le 21 décembre 1966, Cho Françoise Kouassi à l’Etat civil est pur produit du Théâtre national de Côte d’Ivoire. Elle a également appartenu à la troupe «Le Soleil de Cocody». C’est en intégrant l’émission satirique «Faut pas fâcher» en 1995, qu’elle se fait remarquer par le grand public ivoirien. D’épisode en épisode, elle s’illustre magnifiquement dans des rôles de «grande gueule», de femme impénétrable et insoumise. Le personnage de Malou qu’elle incarnera plus tard dans la série à succès Ma famille finira de confirmer son talent. Marie Louise Asseu y joue une méchante maîtresse plus que crédible, inquiétant le foyer d’une Delta trop douce et influençable. Les téléspectateurs prennent plaisir à la détester et en redemandent. L’expérience dure de 2003 à 2007.

En 2007 elle réalise donc son premier film. Le film sort le 14 février avec une avant-première à l’hôtel Ivoire. Il s’intitule Un homme pour deux sœurs. L’histoire insolite fait son succès. Un homme est partagé entre deux sœurs, la plus jeune l’ayant délibérément séduit alors qu’il était fiancé à l’aîné.

Au-delà de ces productions qui sont les plus représentatives de sa carrière, Marie Louise a joué dans plusieurs films et  séries, notamment Bal poussière, Wariko, le gros lot, Le mec idéal, le court métrage Cinq boîtes de lait,  et Sida dans la cité actuellement rediffusée sur la deuxième chaîne nationale RTI 2. C’est un Curriculum Vitae riche qu’elle a pu constituer en même temps que sa notoriété.

Dans la série Cinq boîtes de lait.
Dans la série Cinq boîtes de lait.

Mais cette femme de poigne, comme ses proches la décrivent, voit toujours plus loin. Elle veut créer. D’ailleurs, on pourrait percevoir dans son album de musique, les premiers signes de ce besoin de faire plus par soi-même. En effet, en 2000, Marie Louise s’est essayé à la musique. Son album s’intitule Akpess et comprend huit titres y compris des sketchs.

L’entrepreneure

Marie Louise décide de créer son entreprise Ymale Production, une structure de production artistique et audiovisuelle.

En 2007 elle réalise donc son premier film. Le film sort le 14 février avec une avant-première à l’hôtel Ivoire. Il s’intitule Un homme pour deux sœurs. L’histoire insolite fait son succès. Un homme est partagé entre deux sœurs, la plus jeune l’ayant délibérément séduit alors qu’il était fiancé à l’aîné. Marie Louise Asseu décide d’en faire une série qui est diffusée sur la première chaîne nationale. En 2008, elle sort sa seconde œuvre cinématographique. Les sujets qu’elle y aborde sont tabous mais réels : Violence domestique, complexe d’infériorité dans le couple, et les classiques, infidélité et jalousie. L’histoire des copines met en scène trois amies avec chacune leur problème de couple. Elles se confient et se serrent les coudes. Ce sont Maï la bombe, Tatiana de Makensira, et Marie Louise Asseu. La trame tire son inspiration de certaines expériences personnelles que la réalisatrice a voulu transposer dans le film.

En 2009, celle qui souhaitait «de pouvoir jouer jusqu’à 77 ans et dans plusieurs pays» lance le concours «Miss tout niveau». Le concept : donner l’occasion aux jeunes femmes qui n’ont pas eu la chance d’avoir un cursus scolaire classique d’être mises en avant. Le jury n’a donc aucune considération pour le niveau scolaire, mais pour d’autres valeurs en dehors même de la beauté des candidates.

Hyperactive et déterminée, elle lance le Festival Layê qui se déroule à Adzopé, une ville à cent kilomètres d’Abidjan. Il s’agit d’une rencontre autour de concours culinaires, de beauté, et de théâtre.

Dans la série Les copines avec des collègues.
Dans la série Les copines avec des collègues.

Ymale Production produira également une émission télé diffusée sur la RTI2 : «Mon Expérience». C’est Marie Louise Asseu elle-même qui l’anime. Le dernier film qu’elle produit et réalise en 2013 est La vie en noir et blanc. Plus récemment, en 2016, elle fait partie de l’équipe de l’émission «Essentiellement femme», diffusée sur la première chaîne nationale RTI1. Marie Louise y est chroniqueuse et apporte la touche d’humour et de franchise au show aux côté de l’écrivaine Anzata Ouattara, la journaliste Stéphie Joyce et l’animatrice Marième Coulibaly. Le casting de Bogolan distribution est à l’image des valeurs prônées dans l’émission : courage, capacité, ambition.

En 2009, celle qui souhaitait «de pouvoir jouer jusqu’à 77 ans et dans plusieurs pays» lance le concours «Miss tout niveau». Le concept : donner l’occasion aux jeunes femmes qui n’ont pas eu la chance d’avoir un cursus scolaire classique d’être mises en avant.

La femme engagée

La femme dure et impassible que l’on a l’habitude de voir à l’écran est loin de celle de la vraie vie. Marie Louise Asseu a de fortes amitiés et faire figure de meneuse pour les besoins de ses amis. Très attachée et loyale, on l’a vu fondre en larmes en évoquant les dernières heures de son amie et artiste chanteuse, Feu Joëlle C. Sa détresse était tout aussi visible à l’annonce du décès de sa grande amie et collègue Tatiana de Makensira. Elle a pris les devants quand il s’est agi d’organiser les obsèques de ces femmes pour lesquels elle s’était impliquée alors qu’elles se battaient pour vivre.

Marie Louise Asseu se retire de la scène avec plusieurs traces pour l’histoire. Sa filmographie parlera pour elle auprès de la postérité. Elle n’a pas vécu en vain, et le désarroi de toute la Nation ivoirienne le démontre.

Et quand elle a l’occasion de faire bouger les choses, Marie Louise n’a pas peur de se lancer. Elle a été Membre du comité de Gestion et de restructuration du Bureau ivoirien de droit d’Auteur (BURIDA), et membre du conseil de gestion du centre national des Arts et de la Culture. Elle s’est véritablement donnée pour la cause de son corps de métier. Elle est connue pour ses prises de positions assumées même quand la tension est palpable.

Marie Louise Asseu se retire de la scène non sans laisser des traces. Sa filmographie parlera pour elle auprès de la postérité. Elle n’a pas vécu en vain, et le désarroi de toute la Nation ivoirienne le démontre. Elle laisse derrière elle un grand fils qui a de quoi être fier de sa mère qui avait fait savoir un jour que «La pièce qui m’a propulsée au-devant de la scène, c’est ma vipère bien aimée. Je jouais une femme acariâtre qui mène la vie dure à son mari». Il ne reste plus à souhaiter à la progéniture une vie plus clémente désormais !