Aucun accord n’a été trouvé à l’issue des discussions entre la délégation de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest) ce mardi 13 décembre et les protagonistes dans la crise post-électorale en Gambie. Composée  de la présidente du Liberia et de la CEDEAO Ellen Johnson Sirleaf et de ses homologues nigérian, Muhammadu Buhari et sierra-léonais, Ernest Bai Koroma, l’équipe a tenté en vain de convaincre Yahya Jammeh d’abandonner le pouvoir après sa défaite à la présidentielle du 1er décembre.  Pour la cheffe de la délégation Ellen Johnson Sirleaf, des efforts se poursuivront  pour parvenir à une transition pacifique dans le pays. «Nous ne sommes pas venus pour un accord, nous venons aider les Gambiens à organiser la transition. Ce n’est pas quelque chose qui peut aboutir en un seul jour, il faut y travailler»,  a  déclaré la présidente libérienne.

Ce mardi, comme pour prouver sa détermination, le parti présidentiel, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), a fait appel dans la soirée à la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire de Gambie pour demander l’annulation des résultats de l’élection présidentielle.

Cette dernière a été reçue pendant plus d’une heure dans l’après-midi par Yahya Jammeh et a ensuite rencontré Adama Barrow, déclaré vainqueur du scrutin du 1er décembre par la Commission électorale indépendante (CEI), avec près de 19.000 voix d’avance sur le président sortant.  Le président sortant oppose toujours une résistance farouche et campe sur sa position «l‘élection présidentielle a été entachée d’anomalies», estime-t-il. Selon lui, la Commission électorale n’a pas correctement compilé les résultats et ses militants ont été intimidés lors du scrutin.

La délégation de la CEDEAO avec le président élu Adama Barrow.
La délégation de la CEDEAO avec le président élu Adama Barrow.

Et déjà ce même mardi, comme pour prouver sa détermination, le parti présidentiel, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), a fait appel dans la soirée à la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire de Gambie pour demander l’annulation des résultats de l’élection présidentielle.

La crédibilité de la cour remise en cause

L’opposition politique au pays et plusieurs organisations indépendantes craignent que la démarche du parti au pouvoir  devant la Cour suprême ne soit un moyen pour Yahya Jammeh de se maintenir en place au-delà de la fin de son mandat, prévue en janvier. Ils soulèvent notamment le fait que la Cour suprême n’étant plus au complet, la désignation de nouveaux juges entraînera inévitablement des délais supplémentaires mais également surtout que ces derniers seront nommés par Yahya Jammeh, ce qui obligerait les juges  nommés à défendre la cause d’une partie, devenant ainsi  juge et partie.

De son côté la CEDEAO n’écarte pas l’option de recourir à une intervention militaire pour contraindre le président sortant Yahya Jammeh à quitter le pouvoir.

C’est du moins l’argument de l’association du barreau gambien qui se dit contre ce recours. «Si, en temps normal, le droit à un recours existe bel et bien, le fait est qu’il n’existe à l’heure actuelle pas de panel de magistrats habilité à siéger à la Cour suprême. En l’occurrence, il serait contraire à tous les principes de la justice que le président sortant nomme des magistrats à la Cour suprême, lesquels seraient chargés d’examiner un recours déposé par lui ou en son nom», estime Shérif Tambedou, le président par intérim de l’association du barreau gambien interrogé par la Rfi Radio France International.

Des partisans d'Adama Barrow manifestant leur joie au lendemain de la proclamation des résultats.
Des partisans d’Adama Barrow manifestant leur joie au lendemain de la proclamation des résultats.

Même point de vue pour  le camp d’Adama Barrow, celui  qui a été proclamé vainqueur par la Commission électorale. Selon le porte-parole de l’opposition Khalifa Salla : «Dans les derniers jours de son mandat, nous ne reconnaissons pas au président sortant le droit constitutionnel de nommer des magistrats à la Cour suprême de Gambie et de leur faire prêter serment, afin qu’ils jugent son affaire», souligne-t-il.

Crainte d’un éventuel usage de force

Malgré d’intenses pressions internationales, le président sortant Yahya Jammeh et le parti au pouvoir affichent des velléités d’aller plus loin pour obtenir gain de cause, voire utiliser la force de dissuasion. Et pour preuve, pendant que la délégation de la CEDEAO était attendue le mardi même pour des consultations avec les parties en conflit, la police a fermé les locaux de la Commission électorale indépendante (IEC), a déclaré à la BBC Alieu Momar Njie, président de la Commission. L’institution a été bloquée. Le personnel et son président ont été priés de quitter les lieux, sans autre explication.

La mission de la CEDEAO rendra compte des discussions menées en Gambie lors d’un sommet de l’organisation régionale samedi prochain à Abuja au Nigeria.

De son côté la CEDEAO n’écarte pas l’option de recourir à une intervention militaire pour contraindre le président sortant Yahya Jammeh à quitter le pouvoir. Dans une interview accordée à Rfi le mardi 13 décembre, le président de la Commission de la CEDEAO, Marcel Alain de Souza, avait prévenu, qu’«en cas d’échec de la diplomatie préventive, l’organisation régionale envisagera des décisions plus draconiennes». De plus, contrairement à ce qui était soutenu par bien d’observateurs, les responsables militaires n’ont pas encore lâché Yahya Jammeh. Quand bien même la semaine dernière Adama Barrow avait affirmé avoir reçu en tant que président élu l’assurance  de l’appui du chef d’état-major de l’armée gambienne, le général Ousman Badjie, qui est quant à lui arrivé aux discussions le mardi en portant sur son uniforme un badge du chef de l’État sortant, affirmant qu’il soutenait «le commandant en chef, le président Yahya Jammeh».

La mission de la CEDEAO rendra compte des discussions menées en Gambie lors d’un sommet de l’organisation régionale samedi prochain à Abuja au Nigeria, a cependant fait savoir la cheffe de la délégation.