Dans un communiqué publié hier mardi par le Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit (CNARED), principale plateforme de l’opposition burundaise, ce regroupement politique annonce la récusation de Benjamin Mkapa en tant que facilitateur dans le conflit Burundais. Il reproche à l’ancien président tanzanien d’avoir pris position pour le troisième mandat contesté de l’actuel président Burundais Pierre Nkurunziza.

«Lors de votre conférence de presse du 9 décembre 2016, vous avez pris fait et cause pour la violation de la Constitution et de l’accord d’Arusha par Monsieur Pierre Nkurunziza. De ce fait, vous avez nié la nature du conflit qui mine le Burundi depuis le 26 avril 2015, objet même des pourparlers inter-burundais d’Arusha», souligne le CNARED dans le communiqué cité par le service francophone de l’agence de presse turque Anadolu, basé à Tunis. Ainsi, le CNARED accuse Benjamin Mkapa d’avoir mis fin à sa mission de facilitateur pour n’avoir pas reconnu l’existence d’un conflit dans ce pays. «Par cette négation de la nature du conflit, vous avez implicitement mis fin à votre mission de facilitateur. Par la même occasion, vous avez dénié au peuple burundais le droit de revendiquer ses droits et pris fait et cause pour son bourreau», note encore le communiqué du CNARED.

Des manifestants contre le 3è mandat du président Nkurunziza.
Des manifestants contre le 3è mandat du président Nkurunziza.

Dans une conférence de presse animée vendredi dernier, le co-facilitateur de la crise Burundaise Benjamin Mkapa avait déclaré que «le peuple burundais avait tranché de la légitimité du mandat du président Pierre Nkurunziza lors des élections de l’année écoulée et que les gens devraient plutôt se préparer pour les élections de 2020». C’était à l’issue d’une visite de trois jours effectuée dans ce pays par l’ancien président tanzanien. Ces propos n’ont pas été supporté par les membres de l’opposition burundaise qui ont accusé son auteur de partial et ont mis en doute sa neutralité dans la poursuite de la médiation tel que soutenu à This is Africa par Jéremie Minani, porte-parole de l’opposition burundaise.

Des pourparlers sans l’opposition radicale

A la presse burundaise, Philippe Nzobonariba, porte-parole du gouvernement burundais, a déclaré que le dialogue se poursuivra sans le CNARED qui continue à présenter de blocages pour la poursuite des discussions entamées par les deux facilitateurs à savoir le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni et l’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa.

Depuis le début de la crise burundaise, née de la volonté du président Pierre Nkurunziza pour un mandat controversé, la communauté des Etats de l’Afrique australe avait désigné Yoweri Kaguta Museveni (juillet 2015) et Benjamin Mkapa (mars 2016) pour tenter de rapprocher Bujumbura de son opposition et ainsi trouver un consensus en vue de stopper les violences qui ont suivi la réélection de l’actuel président. La mission confiée à ces deux personnalités de la région n’a jamais produit de résultats.

Le président Pierre Nkurunziza.
Le président Pierre Nkurunziza.

Le gouvernement burundais et l’opposition ne se sont jamais confrontés dans le cadre des négociations initiées par la communauté des Etats de l’Afrique australe. Bujumbura pointe l’opposition radicale comme auteur du coup d’Etat manqué en 2015, d’où cette option levée de ne pas négocier avec les putschistes.

Plus une alternative traine à être trouvée, plus la crise s’enlise dans ce petit pays à peine sorti de la guerre civile de 1993 à 2006. Selon les statistiques établies par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), les violences post-électorales au Burundi ont fait plus d’un millier de morts et ont occasionné la fuite de 310.000 Burundais vers la RDC, le Rwanda, la Tanzanie, le Kenya et d’autres pays de la région.

Fiston Mahamba