Edwige-Renée Dro, vous êtes membre d’Abidjan Lit. Que peut-on déjà savoir de ce concept ?

Abidjan Lit, c’est un Collectif (Collectif avec un C majuscule ; vous comprendrez !!!) composé de 5 personnes furieusement passionnées de littérature qui font mijoter les mots et mettent les livres au centre des vies et au cœur des villes. La raison pour laquelle nous faisons cela est simple : notre objectif est de contribuer au développement de la littérature en Côte d’Ivoire et sur le continent africain.

On vous connaît plus sur Facebook…

Alors, Abidjan Lit, c’est plus qu’une page Facebook, c’est une audience digitale de plus de 50000 personnes de Twitter à YouTube. Nous sommes à l’ère du digital, et de l’inclusion africaine, et le Collectif a des compagnons et des ambassadeurs qui adhèrent à notre ambition d’imposer la littérature partout : dans les cours communes,  jusqu’aux réseaux sociaux.

Donc, en plus de la page Facebook, nous avons une présence sur Twitter, mais nous organisons des événements littéraires à Abidjan : nos rencontres littéraires ouvertes à tous et que nous désignons chapitres, ainsi que des ballades littéraires, réalisées sur commande et sur-mesure ! Ainsi, à la demande du Sofitel Hôtel Ivoire, nous avons fait découvrir aux écrivains Gaston-Paul Effa et Denis Labayle un dimanche ALC (Abidjan Lit Collectif). Au son d’une playlist bien étudiée, nous les avons conduits d’une visite privée d’exposition de peinture, à une rencontre littéraire dans un café hors du commun et pour finir, bah… nous avons posé notre marmite dans un maquis. Qui peut venir à Abidjan sans aller dans un maquis ???? C’est que tu n’es pas venu à Abidjan !

Vous vous rappelez de cette époque où si tu n’étais pas passé par Abidjan, tu n’avais rien fait ? Où Abidjan était la vitrine musicale de l’Afrique et le carrefour incontournable du show-biz continental…

Parlez-nous un peu des initiateurs de ce collectif (cette aventure ?) qui passionne tant !

Les initiateurs de ce Collectif sont :

  • Sarah Mody, lectrice extraordinaire et consultante en communication
  • Laure Blédou, écrivaine, présélectionnée au concours panafricain d’écriture Writivism 2016 et Business developper
  • Sophie El-hajaj, consultante en communication et infatigable organisatrice d’événements
  • Cyriac Gbogou, le Chef de la communauté web ivoirienne et fondateur d’un tiers-lieu d’innovation sociale et d’intelligence collective

    Affiche annonçant une des rencontres de Abidjan Lit.

On sent que ce collectif emballe tout de suite. Mais qu’est ce qui fait la particularité d’Abidjan Lit ?

La particularité d’Abidjan Lit, c’est d’affirmer haut et fort que la Côte d’Ivoire lit et que la littérature est créatrice de valeur. Vous pourriez penser qu’en disant Abidjan Lit, nous nous cantonnons à Abidjan, mais pas du tout. Une capitale jouant un statut primaire dans un pays, Abidjan étant notre capitale économique, vous comprenez donc que quand on dit Abidjan, on parle de toute la Côte d’Ivoire.

Mais ce n’est pas la Côte d’Ivoire seulement ; nous affirmons que c’est toute l’Afrique qui lit. Vous vous rappelez de cette époque où si tu n’étais pas passé par Abidjan, tu n’avais rien fait ? Où Abidjan était la vitrine musicale de l’Afrique et le carrefour incontournable du show-biz continental…

Voici donc la particularité d’Abidjan Lit. La littérature africaine, du Caire au Cap, d’Abidjan à Nairobi en passant par Kinshasa, sera vécue d’ici.

Quelles sont les activités que vous avez déjà réalisées depuis le lancement de votre collectif ?

Abidjan Lit a déjà organisé trois chapitres à Abidjan (and watch this space !!). Le premier chapitre s’est tenu en Zone 4, un quartier d’expatriés Libanais, mais au sein de ce qu’on appelle dans le milieu « tech », un tiers-lieu, c’est à dire un espace d’innovation sociale, coworking, etc. Le 2e chapitre s’est tenu à Cocody, le quartier que certaines personnes appelaient le Petit Paris de la Côte d’Ivoire, dans une boutique d’artisanat, et le 3e chapitre – notre dernier chapitre en date – s’est tenu à Adjamé, un quartier populeux d’Abidjan, dans les locaux de Fraternité Matin, le 1er quotidien de la Cote d’Ivoire indépendante.

Un projet mobile ?

Alors, pourquoi on se déplace ? Comment allons-nous mettre le livre au centre des vies et au cœur des villes si nous restons cantonné dans un seul endroit ? Et comment allons-nous imposer le livre si nous choisissons des lieux auxquels tout le monde s’attend ? On ne s’attend pas à un événement littéraire dans une boutique, ni dans un « co-working space » où les jeunes entrepreneurs freelance travaillent sur leurs projets, ou au sein d’un quotidien où les journalistes sont occupés à finir la rédaction d’un article. Abidjan Lit va dans ces lieux, et oblige la curiosité et la participation à ses événements.

Nous avons convié des écrivains comme Fatou Diome, Achille Mbembe, Felwine Sarr, Daniel Maximin, Bernard Dadié, etc. à travers leurs textes pour nous dire et nous raconter comment nous construisons nos rêves, comment ils rêvaient l’Afrique.

A votre avis, quel impact peut avoir un tel projet sur la communauté ?

L’impact donc qu’Abidjan Lit aura dans le quotidien des Ivoiriens, c’est de leur dire qu’ils lisent, partout où ils sont. Nous entendons souvent le discours que les Ivoiriens ne lisent pas, ou que les Africains ne lisent pas. Quoi? Dans tous les cas, cela ne représente pas un obstacle pour Abidjan Lit. Nous demandons à ceux qui participent à nos événements de venir avec un ami qui affirme ne pas aimer lire. Et à chaque chapitre, nous parlons livres avec tous : du vigile qui assure la sécurité jusqu’au propriétaire des lieux.

Les utilisateurs des réseaux sociaux sont très impliqués pendant la tenue de nos chapitres. Nous « retweetons » et les encourageons à participer via Facebook et Twitter. Nous « twittons » en anglais, en français, en espagnol, en allemand, et bientôt, dans des langues africaines.

Le collectif des cinq promoteurs de Abidjan Lit

Abidjan Lit, est ce que c’est  une façon de faire renaitre la littérature ivoirienne et africaine ?

La littérature est déjà née. A Abidjan Lit, nous ne faisons pas une hiérarchisation de la littérature. La personne qui lit les titres des journaux est une lectrice. Celle qui lit les feuillets est une lectrice. Celui qui va à l’institut français pour assister à une rencontre littéraire est un lecteur.

Abidjan Lit ne se positionne pas en donneur de leçons ; nous disons simplement que l’Afrique lit. Nous voulons décomplexer la littérature.

Le thème de l’un de vos rencontre était « Plus de rêve », qu’est cela sous-entend ?

Comment l’entendez-vous ? J Sur ce continent africain, devons-nous encore rêver ou arrêtez de rêver ? Plus de rêves, au positif, c’est à dire en prononçant le « s » de plus, ou plus de rêves, au négatif ?

En effet, ceci était le thème de notre 3e chapitre ou nous avons convié des écrivains comme Fatou Diome, Achille Mbembe, Felwine Sarr, Daniel Maximin, Bernard Dadié, etc. à-travers leurs textes pour nous dire et nous raconter comment nous construisons nos rêves, comment ils rêvaient l’Afrique. Les discussions ont été très enrichissantes. Doit-on aller en Occident pour connaitre la valeur de notre continent ?

La question est posée à vos lecteurs… Plus de rêves ?

A travers vos interventions, les vocables fraternité et rêve reviennent souvent. D’autres vous prêtent même l’intention d’être précurseurs d’une certaine révolution…

Ah, ces mots… Pourquoi la fraternité doit-elle être qualifiée de révolution ? Ne dit-on pas que nous Africains sommes très fraternels ? Ou avons-nous choisi de faire nôtre le rêve de l’autre ? Plus de rêves J

Nous laissons le choix à vos lecteurs, à nos compagnons, à nos ambassadeurs et à tous les africains du continent et de la diaspora de nous dire si Abidjan Lit fait une révolution.

Quant au Collectif, nous nous présentons comme des activistes littéraires.