Très populaire dans les deux Congo (Congo Brazzaville et République démocratique du Congo), le Nzango se joue entre deux équipes constituées de onze joueuses chacune rangées face à face. L’équipe délègue une joueuse qui est confrontée à une autre de l’équipe adverse. Les règles sont établies avant le début de la partie. Chaque équipe choisit si elle marquera par les jambes croisées ou décroisées. Ensuite, dès l’entame du jeu, les deux joueuses sautent simultanément et chacune avance un pied en redescendant au sol. Si les pieds avancés se croisent c’est la joueuse de l’’équipe ayant préalablement choisi cette option qui gagne, et inversement. ‘’La joueuse qui marque continue la tournée jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée par le but de l’équipe adverse’’ explique Sylvie Nteganyi, une arbitre dans l’entente urbaine de Nzango à Goma.  Le match dure au total 50 minutes, dans une ambiance très animée faite de par des chants et comptines et est officié par deux arbitres.

« Si je fais partie de celles-là qui persévèrent encore dans ce sport c’est parce que je suis encouragée par mon propre mari »

D’un simple jeu d’enfants à un véritable sport  

C’est au cours de l’année 2009 que le jeu d’enfants est reconnu comme un sport par le gouvernement de Kinshasa conformément aux dispositions de la loi numéro 004/2001 applicables aux associations sans buts lucratifs (ASBL). Il l’avait déjà été de l’autre côté du fleuve Congo, au Congo Brazzaville ou il a même été présenté aux jeux africains en 2015.

En 2010 la nouvelle discipline sportive de la RDC s’étend dans d’autres provinces de la république démocratique du Congo dont le Nord Kivu.  Déjà connu comme un jeu d’enfants dans des rues et parfois à l’école, le Nzango n’a pas eu du mal s’implanter. Plutôt très bien accueilli comme sport. « Dès les six premiers mois la ville de Goma a enregistré à elle seule 37 clubs », se souvient Annouarite Kavira, présidente de l’entente urbaine de Nzango moderne à Goma. Pour elle c’était une « implantation réussie ».

Des femmes amatrices du nzango dans une ambiance décontractée

La province du nord Kivu a plusieurs fois été représentée aux championnats nationaux.  Malgré le grand engouement qu’il a connu comme sport, le Nzango doit encore se battre pour se défaire des pesanteurs sociales qui n’encourage pas les femmes et surtout celles déjà  mariées à des activités sportives. C’est ce que déplore d’ailleurs Anourite Kavira qui accuse certains hommes de constituer un blocage à l’expansion de cette discipline sportive en province. ‘’Voyez par exemple passer de 37 clubs en 2010 a 17 en 2017 pour la ville de Goma, c’est un échec. Nous n’avons pas de soutien ni des autorités  gouvernementales ni des hommes’’ regrette-t-elle.

‘’Si je fais partie de celles-là qui persévèrent encore dans ce sport c’est parce que je suis encouragée par mon propre mari’’ explique Marie Thérèse Baheni une mère de deux enfants et joueuse de l’équipe TP MAZEMBE. Elle explique que certaines de ses collègues ont abandonné sur ordre de leurs maris qui ont pour la plupart avancé le motif selon lequel elles ne remplissaient plus leurs tâches ménagères puisqu’étant tout le temps occupées dans leurs clubs. Accusation qu’elle rejette en bloc estimant que les heures d’entrainements sont discutées selon la disponibilité de chaque membre du club.

« Avant je n’y croyais pas. J’étais excessivement grasse, imaginez-vous 88 kilos à mon âge. Actuellement je pèse entre 77 et 80 et je m’en réjouis »

Le Nzango contre le surpoids et l’obésité

Au Nord Kivu, un championnat de Nzango moderne a été lancé à Goma depuis le mois de février 2016 dans l’objectif de lutter contre le surpoids chez les femmes. Considérant que l’aspect sanitaire reste l’une des principales vertus du Nzango, la ligue provinciale a décidé de lui accorder en 2017 une importance particulière. D’où l’organisation de ce championnat avec pour objectif de lutter contre l’obésité et le surpoids chez les femmes.

 Alice Banzwa a 23 ans. Elle est joueuse de l’équipe Tout puissant Mazembe de Goma. « Je suis parvenue à perdre environs 10 kilogrammes en une année. Pour moi c’est un motif de satisfaction car avant je n’y croyais pas. J’étais excessivement grasse, imaginez-vous 88 kilos à mon âge. Actuellement je pèse entre 77 et 80 et je m’en réjouis.».

« Vous voyez comment les équipes sont constituées a 80% de femmes très grasses. Cela est une preuve que le coté sanitaire est un aspect non négligeable dans la pratique du Nzango. Je ne peux pas témoigner pour elle mais nombreuses parmi elles sont venues plus grasses qu’aujourd’hui. C’est pourquoi nous appelons d’autres femmes qui hésitent encore ou celles qui sont empêchées. Nous ne les appelons pas a se rebeller mais à y réfléchir avec leurs maris ou leurs parents »,  complète Anourite Kavira, présidente de l’entente urbaine de Nzango à Goma