La nouvelle ONG œuvrera dans un domaine peu exploré en Afrique : le lancement d’alerte, un réflexe qui n’est pas encore répandu à cause des nombreux risques encourus et une quasi absence de protection de ceux qui s’y hasardent. PPLAAF se donne pour mission de combler ce vide en proposant un spectre entier de solutions aux différents besoins des lanceurs d’alerte. Au nombre des services que la plateforme pourrait potentiellement offrir, on cite l’encryptage d’un bout à l’autre de la communication, un soutien juridique gratuit ou encore une assistance continue pour protéger le lanceur d’alerte pendant que l’information est divulguée à la presse et au public. La batterie de services proposés nécessite des connaissances et des compétences de haut niveau, ce que « l’équipe choc » derrière PPLAAF semble être capable de fournir.

Avocat au barreau de Paris spécialisé en droit des affaires et droit des médias, William Bourdon est le Président de PPLAAF. Il défend les victimes du régime Habré, mais aussi Julian Assange, Edward Snowden, Hervé Falciani (Swissleaks) et Antoine Deltour (Luxleaks), tous les quatre étant des lanceurs d’alerte. L’avocat s’est entouré d’Henri Thulliez (trésorier), directeur de la Fondation pour l’Égalité des chances en Afrique et Baltasar Garzon (administrateur), juge d’instruction sur des affaires concernant la compétence universelle pour les crimes de Pinochet, de la dictature en Argentine, de Guantanamo et du Sahara. Alioune Tine, activiste sénégalais de renom à la tête d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre a été présenté comme un soutien sûr de PPLAAF dont l’action cadre avec celles de son organisation.

La particularité de PPLAAF tient du fait que l’organisation couvre l’Afrique anglophone et l’Afrique francophone : la directrice est la sud-africaine Khadija Sharife, journaliste d’investigation et chercheuse, et le coordonnateur des activités internes et externes est l’activiste basé au Sénégal Charles Sanches.

PPLAAF se veut l’allié naturel de tous les lanceurs d’alerte d’Afrique et d’ailleurs, de ces petites insurrections individuelles qui se dressent contre la tyrannie de l’enrichissement personnel, de l’intérêt privé ou de celui d’un clan, contre l’intolérable croissance de l’utilisation d’un mandat à des fins personnelles, contre ceux qui usent de leur pouvoir pour maltraiter autrui et le bien public. L’organisation se battra contre les dirigeants qui instrumentalisent la lutte contre le terrorisme pour brimer leur peuple et la lutte contre la corruption pour écarter des rivaux politiques. L’idée est de renforcer les contre-pouvoirs en Afrique.

La mission de l’organisation est la protection du lanceur d’alerte tout en donnant de la voix à son combat. Des capacités juridiques et en investigations pour des dossiers irréfutables seront mises à disposition. L’anonymat du lanceur d’alerte peut être conservé s’il le désire, et il peut se retirer du processus à toute étape, à en croire la directrice Khadija Sharife. Une condition est toutefois posée pour la protection de tout lanceur d’alerte, qui qu’il soit : la bonne foi. « Nous serons intraitables avec les lanceurs de mauvaise foi pour la crédibilité de l’organisation. PPLAAF ne protège pas les intérêts personnels », a affirmé Bourdon.

PPLAAF ne compte pas se limiter à la protection post-lancement d’alerte. L’organisation se veut également un think tank à la demande qui accompagnera les gouvernements pour l’élaboration de projets de loi pour la protection des lanceurs d’alerte, comme c’est actuellement le cas avec l’État du Nigéria selon Bourdon. Les lanceurs d’alerte sont très souvent obligés de violer la loi pour dénoncer une situation (violation du secret professionnel ou des affaires par exemple), et les risques afférents dissuadent nombre d’entre eux.

Quel est l’avenir  du lancement d’alerte en Afrique, un continent souvent confronté à la stabilité politique des pays et donc la sécurité des personnes et des institutions? Cette question a été l’une des motivations de l’implantation de PPLAAF au Sénégal, un pays identifié comme une démocratie suffisamment stable, bien qu’imparfaite. Durant la conférence de presse, Bourdon a rassuré de l’indépendance de PPLAAF, qui n’est en aucun cas une branche de Sherpa (organisation dont il est le président) ni placée sous la coupe de l’État sénégalais. « Le fait que nous soyons au Sénégal ne signifie pas que les lanceurs d’alerte sénégalais seront lésés », a-t-il ajouté.

PPLAAF arrive à point nommé dans une Afrique où les langues se délient de plus en plus et où les nouvelles générations ont de moins en moins peur d’agir et de réagir, face aux différentes entraves, pour l’intérêt général.