Pour attirer l’attention des passants sur lui, Modou Fall a sa stratégie : se vêtir d’un boubou confectionné avec des sachets en plastique qui lui donne même l’aspect d’un malade mental. Modou Fall est pourtant très lucide et même porteur de message pour sa société. « L’homme plastique », comme on l’appelle dans la capitale sénégalaise lutte contre l’avancée des déchets plastique mais pour la préservation de l’environnement. « Les dégâts causés par les sachets plastiques et les tasses « à jeter » sont nombreux surtout dans la capitale sénégalaise. La plupart du temps les gens ne sont pas conscientisés sur ce phénomène. Si cela continue ainsi, la vie des générations futures sera menacée. C’est pour cela j’essaye de sensibiliser les gens que je rencontre en de pareille circonstance », explique-t-il.

Au quartier Médina, à la rue 5 à Dakar, le nom de Modou Fall est connu de tous. Quarante sept hivernages à son compteur, de peau au teint purement noir, coiffé d’un chapeau fabriqué à base de tasses en plastique, « l’enfant de la rue 5 est », s’est bâti une réputation de «l’homme plastique ».

Modou Fall – L’homme plastique au monument de la renaissance Africaine (Crédit photo : Frank Boyer agence kamikazz-photo)

Son déguisement lui vaut des parfois des mésaventures. «On m’a insulté, mal jugé, stigmatisé, fui », se rappelle Modou Fall. « L’homme plastique » se voit refuser l’accès de certains lieux et structures. Mais il garde toujours sa lucidité pour arriver au bout de ses objectifs. Pour lui, une noble cause ne manque pas des moments difficiles.

 « Dakar est sale et je veux que les gens changent leur comportement. Le Sénégal nous appartient, c’est à nous de rendre notre pays propre »

Un homme de conviction et de dévouement, Modou Fall est marié et père de deux bouts de bois de Dieu. Son rêve est de voir les déchets plastiques éliminés de l’environnement sénégalais de manière définitive.

En 2006, Modou Fall crée son association dénommée « Sénégal Propre ». Avec un budget initial de 300.000 francs CFA, il se lance dans des activités d’achats de matériels.

Orphelin à 18 ans, Modou Fall a fait face à une série de défis de la vie. Il n’en a pas encore fini, quand, plus tard, sa génitrice aussi passe de vie à trépas. « La perte de maman a été la plus dure chose qui me soit arrivée de toute ma vie. Ma mère n’étant plus là, il fallait quelqu’un pour assurer la relève », dixit Modou.

Modou Fall – L’homme plastique au monument de la renaissance Africaine (Crédit photo : Frank Boyer agence kamikazz-photo)

Après ces quelques moments « sombres », l’homme se fait former dans des métiers comme la tôlerie et la menuiserie. Après son enrôlement dans l’armée sanctionné de deux années de service à la gendarmerie, Modou Fall retourne dans son commerce au grand marché de Dakar Sandaga. « C’est ici que ça a commencé. A l’époque, j’étais commerçant, je vendais des tissus. J’entendais souvent des étrangers qui me disaient (Dakar est vraiment sale). Cela m’a fait tellement de mal d’entendre ça. Mais ils avaient raison. Dakar est sale. Je veux que les gens changent leur comportement. Le Sénégal nous appartient, c’est à nous de rendre propre notre pays », se souvient-il. Servir son pays devient pour lui comme un sacerdoce. La formation militaire, explique-t-il, l’a aussi rendu sensible à la cause sociale.

 

Le 04 Janvier 2016, le gouvernement sénégalais a appliqué une loi interdisant l’utilisation des sachets plastiques à faible micron, c’est-à-dire des sacs fins. L’homme plastique se rejoint de cette décision et souhaite son application avec rigueur. « Mon combat ne fait que commencer », conclut Modou Fall.