En effet, ces dernières années, inspirés par le dégout que provoquent les despotes-présidents- à-vie, certains hommes politiques de différents pays d’Afrique ont pris l’habitude de promettre de faire mandat unique ou de raccourcir le mandat présidentiel. Le message qui sous-tend une telle promesse est celui-ci : « Moi, je suis différent. Le pouvoir ne m’intéresse pas. Je vais faire le ménage, remettre ce pays sur le chemin de la démocratie et de la prospérité, et puis je vais vous remettre le pouvoir et retourner à mes affaires. Je vous aime». Ce message a plus de chances de passer surtout chez ceux qui sortent des régimes autoritaires, ou dont les présidents en exercices ne veulent pas quitter le pouvoir après la fin de leurs mandats.

Patrice Talon ne sait plus trop s’il tiendra sa promesse de mandat unique

Mais une fois élus, les mêmes politiciens ne tardent pas à changer d’avis. Ainsi, au Benin, l’homme d’affaires Patrice Talon avait promis d’inscrire dans la Constitution le principe d’un mandat unique de 6 ans. Le 1er  août 2016, il ajoutait même ceci :

« Si par extraordinaire le mandat unique, cette réforme, ne passait pas, dans tous les cas, je ferai, à titre personnel, le mandat unique pour montrer à mes concitoyens que j’y crois fermement. »

Mais le 8 avril 2017, après que son projet de révision de la Constitution a été rejeté par le Parlement, le président du Benin ne semble plus y croire aussi fermement que quelques mois au paravent :

 «Patrice Talon n’a pas d’aversion pour la fonction présidentielle et j’ai été élu pour 5 ans. À titre personnel, je m’en voudrais de dire que j’ai une aversion pour la fonction. En 2021, j’aviserai de ma candidature ou non. Le projet de la révision de la constitution ayant été rejeté, le mandat unique n’étant plus d’actualité, en 2021, j’aviserai ».

S’il y croyait aussi fortement qu’il le disait en 2016, il n’attendrait pas 2021 pour se prononcer.

Le président sénégalais Macky Sall a aussi promis réduire son mandat, avant de revenir là-dessus à travers un référendum ( Flikr / Abayomi Azikiwe )

Patrice Talon n’est pas le seul chef d’Etat africain à avoir joué sur la limitation des mandats. Au Sénégal, le président Sall Macky Sall, qui a battu en 2012 le vieux Abdoulaye Wade qui voulait briguer un troisième mandat fortement contesté, avait promis lui de réduire son mandat de 7 ans à 5 ans. La logique était la même : « Je ne veux pas m’éterniser au pouvoir ».  Il a bel et bien convoqué le referendum pour réviser la Constitution le 20 mars 2016, mais finalement il a renoncé  à diminuer son propre septennat  comme il l’avait promis pendant la campagne électorale

Plus récemment, c’est le nouveau président Adama Barrow de la Gambie qui, pour séduire un public dégouté par 22 ans de dictature de son prédécesseur Yahya Jammeh, a promis lui de faire un mandat de trois ans. Maintenant qu’il est au pouvoir, qui sait s’il ne changera pas d’avis lui aussi dans les jours à venir ?

Une promesse inopportune

Mais la question qui vaut la peine d’être posée est : le principe du mandat unique est-il vraiment pertinent? Pour moi la réponse est non. Je crois aux bienfaits du renouvellement permanent des élites au pouvoir, mais je pense aussi qu’un président devrait avoir le temps suffisant pour faire les reformes nécessaires. Pour cela, chaque président devrait de se représenter au second mandat  et d’être réélu si son peuple est satisfait par ses prestations. C’est pourquoi je considère que toute tentative de mettre dans la Constitution un mandat unique est inutile. Même Nelson Mandela, le père de la nation arc-en-ciel d’Afrique du Sud, qui a fait un seul mandat, n’a pas cherché à l’imposer dans la Constitution.