Il est généralement cité comme l’auteur, sinon un des complices, du premier coup d’Etat d’Afrique perpétré le 13 janvier 1963, au Togo. Quatre ans plus tard, cet ancien militaire de l’armée française prenait lui-même le pouvoir après l’avoir confié, entre-temps à deux autres personnes. C’était donc le 14 avril que celui qui, de sergent deviendra plus tard Général, s’est emparé totalement du pouvoir dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Gnassingbé Eyadèma va progressivement installer une dictature sanglante au Togo, se rendant coupable de violations massives de droits de l’Homme. Et ceci essentiellement pour réprimer toute contestation de son long règne. Plusieurs institutions internationales ont plusieurs fois dénoncé le pouvoir absolu du clan Gnassingbé.

« Depuis  des  années  ne  cessent  de  parvenir  des  informations  concernant  les  violations  des  droits humains au Togo. Par ailleurs, les exécutions extrajudiciaires et les “disparitions” se poursuivent en  toute  impunité  dans  ce  pays,  gouverné  depuis  1967  par  le  président  GNASSINGBÉ Eyadéma.  Les  arrestations  arbitraires  suivies  de  torture  et  de  mauvais  traitements  aboutissent parfois à des décès en détention », décrivait l’ONG internationale Amnesty International, dans un rapport titré « Togo : Etat de terreur »

« Ces  violations  sont  essentiellement  le  fait  des  forces  de  sécurité  qui   agissent  depuis  des années  sans  en  répondre  devant  la  justice.  De  nombreux  interlocuteurs  rencontrés  par  une délégation  d’Amnesty  International   en  novembre  et  décembre  1998,  ont  insisté  sur  la  volonté délibérée  des  Forces  armées  togolaises  (FAT)  et  de  la  gendarmerie  nationale  de  terroriser  la population  civile,  surtout  à  la  veille  de  grands  rendez-vous  électoraux,  lorsque  les  autorités togolaises  pressentent  la  volonté  de  changement  au  sein de la population. Il  en a été ainsi  lors de la manifestation pacifique de janvier 1993 et lors du scrutin présidentiel  de juin 1998 », a poursuivi le rapport.

Carte du Togo

Durant 38 ans Eyadèma Gnassingbé ne perdra aucune élection présidentielle. Sous la pression internationale, il promet quitter le pouvoir en 2003. Mais, un an avant ce délai, en 2002, il fait modifier la Constitution pour y sauter le verrou des deux mandats présidentiels. C’est donc pendant ce nième mandat qui décède le 05 février 2005. A sa mort, le pays a été secoué par une grave crise sociopolitique. Sa succession (monarchique) organisée, dans un premier temps par l’armée, en toute violation des lois du pays, puis dans un second temps enveloppée d’une pseudo-élection a provoqué des manifestations de rue.  La répression a été sanglante : les Nations Unies ont, dans un rapport dénombré 400 à 500 morts.

« La crise consécutive au décès du Président Eyadema, par l’extrême gravité de la violence politique qui l’a accompagnée, le bricolage constitutionnel qu’elle a suscité et l’instrumentalisation politique du facteur ethnique et xénophobe dont elle a été le cadre, se structure autour de trois enjeux majeurs relevant des droits de l’homme : la prégnance dans l’ensemble de la société d’une culture de violence fondée, après plus de trente ans de régime non démocratique, sur le credo du recours à la violence comme méthode privilégiée de conservation ou de conquête du pouvoir et l’érosion consécutive du sentiment démocratique. Le principe de l’impunité érigé par le pouvoir comme légitimation de la culture de violence et socle de la solidarité politique des membres de l’appareil répressif d’Etat. La dynamique de polarisation ethnique et xénophobe en cours dans la société Togolaise découlant de la gestion ethnique et clanique durable du pouvoir qui a engendré dans la mentalité collective la tendance à une lecture ethnique des clivages politiques », rapportent les Nations-Unies.

Les rapporteurs ont aussi mis l’accent sur « le caractère massif et la gravité des actes et des manifestations des violations des droits de l’homme attestées par le nombre élevé des victimes (entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés), l’ampleur des disparitions, l’utilisation à grande échelle de la torture et de traitements inhumains et dégradants, les destructions systématiques et organisées des biens et des propriétés ».

C’est dans ce contexte ensanglanté que son fils monte au pouvoir en 2005. Il signe un accord avec la classe politique pour opérer une série de réformes afin de redonner des airs de démocratie aux institutions totalement caporalisées par leur clan, depuis un demi-siècle maintenant. De belles promesses qui attendent toujours d’être tenues. Et, lui aussi, fait déjà 12 ans au pouvoir. Héritant des institutions monolithiques de son défunt père et de la suppression du verrou constitutionnel, il enchaine les mandats, sans donner aucunement l’impression de s’apprêter à quitter un jour le palais présidentiel. Une situation qui est à l’origine d’interminables crises politiques dans ce pays entouré par le Bénin et le Ghana, deux pays dont la démocratie est citée en modèle en Afrique.

A partir de ce 14 avril 2017, le clan Gnassingbé entame la deuxième moitié d’un éventuel centenaire au pouvoir.