Ces dernières semaines, une campagne promotionnelle fait les choux gras des médias audiovisuels au Cameroun. Le groupe X-Maleya composé de Haïs, Auguste et Roger (le leader) a décidé de se lancer dans la promotion et l’accompagnement des talents locaux, avec pour projet X-Maleya Campus Tour qui fera le tour de huit universités publiques du Cameroun (Ngaoundéré, Yaoundé, Soa, Buea, Dchang, Douala, Maroua et Bamenda). Une campagne que les étudiants attendent de pieds fermes et qui sera une nouvelle occasion pour ce groupe de mesurer le degré d’estime dont il jouit en dehors de son fief Yaoundé où il est installé depuis ses débuts. Occasion aussi d’essayer de tenir une promesse d’une tournée nationale qui aurait dû avoir lieu dans la foulée de la sortie de l’album «Révolution» en 2014.

C’est que dans le monde de la musique urbaine made in Cameroon, ils ont une place à part que personne ne peut contester à l’heure qu’il est, tant les faits d’armes parlent pour eux. A ce sujet, l’année 2014 aura été charnière. Il y eut d’abord la sortie de l’album «Révolution» qui donna l’occasion de voir un mur d’un building à Yaoundé être tapissé, de longues semaines durant de la pochette de cet opus en plein cœur de la ville. Il y eut ensuite le rendez-vous de l’Olympia, la mythique salle parisienne de spectacle, où les trois jeunes hommes prestèrent devant un public des grands jours, et en solo svp, en septembre.

Deux faits qui sonnèrent comme une marque d’un projet qui traversait une période de maturation salutaire. On était alors loin de l’époque où ces jeunes prestaient en back office de l’artiste Kriss Bad en tant que danseurs. Ils se cherchaient alors une voie qu’ils ont désormais trouvée, les voix avec. En ce début de millénaire en effet, il n’était pas rare de croiser Auguste et Roger sur les scènes de concert où ils étaient les protégés d’un Kriss Bad qui portait tant d’espoirs pour la scène Urban au Cameroun. Lui qui sut intégrer les deux jouvenceaux du fait, en grande partie, de sa proximité avec l’aîné d’Auguste (l’un des chanteurs de X-Maleya) qui était un de ses amis. Ces deux danseurs cependant affutaient en sourdine leurs armes pour un jour côtoyer la lumière. Ils ne rechignaient point alors à écouter et  suivre ceux qui avaient le vent en poupe, les stars de la scène rapologique du moment comme Koppo, Bantou Clan, les groupes Negrissim et Bantou Pô Si. Ecoute qui à la fois meublait leur attente, mais également leur permettait de compléter leurs expériences des scènes du Cameroun.

Au bout de quelques saisons, convaincus qu’ils pouvaient espérer mieux, ils s’en allèrent rencontrer les membres du groupe Macase dont le prestige avait été porté à son firmament à l’international avec le Prix Découverte RFI de Radio France International (RFI). Ils trouvèrent ici un havre de travail et s’accrochèrent de toutes leurs forces. Déjà, Haïs qui connaissait Auguste avec qui il lui arrivait de gratter la guitare par temps de spleen avait rejoint le groupe. Deux autres membres allaient également s’y ajouter. Avant de disparaître dans la foulée. Avec Ruben Binam, le leader du groupe Macase, le trio restant fut à l’école de la musique et de la patience tout en poursuivant leur expérience du milieu qu’ils apprennent à lire avec d’autres lunettes.

Ruben Binam et Hans Bong

«Nous nous sommes rendu compte que si nous avions beaucoup de chanteurs, il manquait des show men, des gens capables d’animer une scène et d’assurer le spectacle. C’est dans cette brèche là que nous nous sommes engouffrés», confiait Roger, le leader de X-Maleya, lors d’une rencontre avec les journalistes de la Cameroon Art Critics (CAMAC) début 2014. Une brèche qui débouchera d’abord sur un premier opus intitulé « Exil », produit par Alizés Equateur Records de leur mentor Binam. Un compagnonnage qui dure depuis et qui a produit de beaux fruits comme peuvent en attester les albums et ce parcours singulier dans la jungle des musiques urbaines.

Une jungle que X-Maleya a commencé à arpenter véritablement à travers leur participation au projet « Ça me dit rap », au début de la décennie 2000. Un concept du promoteur des musiques urbaines Hans Bong. Invités au cours de l’un de ces après-midis-là sur les planches du Centre culturel François Villon d’alors, devenu depuis Institut Français du Cameroun de Yaoundé, les trois garçons se font remarquer au détour d’une prestation de qualité. Ce sera donc une première marche de franchi qui les galvanisera pour la suite.

Une fois «Exil» dans les bacs, il faut envisager la suite. Le méticuleux et pointilleux Binam va les couver et leur donner des tuyaux qu’ils sauront utiliser. Le Compte spécial d’affectation logé au ministère de la Culture pour accompagner la création artistique leur profietra et ils pourront réaliser un 2è album en 2008 : «Yélélé». Très rapidement, le public adhère à cette proposition qui s’inscrit quelque peu dans le boom des musiques urbaines en cours sur le continent. C’est également le début de la reconnaissance et des tournées. Des sollicitations sérieuses également pour X-Maleya. Le groupe refusera le producteur JPS, leader dans le domaine au Cameroun au catalogue impressionnant, pour rejoindre un nouveau venu sur la scène, Empire Company 3E de Pit Baccardi, un copain.

De cette union naîtra ««Tous ensemble» qui va les propulser au firmament de la musique africaine et leur ouvrir d’autres collaborations avec des ténors de la scène urbaine du continent. Qu’ils vont savoir mettre à profit jusqu’au dernier album «Play List» qui fait fureur dans les dance floors d’Afrique. Sur leur secret, le groupe préfère évoquer Dieu et les bonnes personnes qu’ils ont croisées sur un chemin qui commence à durer et à attirer plus de regards. Le récent concert des dix ans de carrière en février dernier à Yaoundé a ainsi attiré un important public qui a pris d’assaut l’esplanade du musée national. Très loin de ces autres rendez-vous anniversaire de leurs aînés qui peinent à faire foule malgré une carrière plus longue. Un signe qui renseigne sur le niveau du groupe X-Maleya qui continue d’être uni et à qui on souhaite de continuer à travailler pour mériter toujours cette confiance et vaincre le signe indien qui veut que les groupes au Cameroun, excepté un certain Macase, ne durent que le temps des roses.