C’est la dernière bonne blague du pouvoir de Paul Biya au Cameroun. Après avoir requis la peine de mort contre le journaliste Ahmed Abba, la justice militaire a réussi à condamner à 10 ans de prison ferme celui que l’opinion considère plutôt comme un « otage ». Après avoir égrené une série de chefs d’accusation contre le journaliste, c’est finalement de « non-dénonciation d’actes de terrorisme » et de « blanchiment d’actes de terrorisme » que la justice de Paul Biya a fini par reconnaître coupable l’homme de média qui exerçait dans le Nord-Ouest du pays où sévit une guerre sanglante entre le gouvernement et les djihadistes de Boko Haram.

« Ahmed Abba n’aurait jamais dû être arrêté, détenu, poursuivi et condamné pour son travail de journaliste à passer une décennie derrière les barreaux. Cette décision outrageante montre jusqu’où les autorités camerounaises sont prêtes à aller dans les intimidations des médias et compromettre la liberté de la presse », a déclaré, lundi et depuis Johannesburg, la responsable Afrique de l’ONG international Comité de Protection des Journalistes, Angela Quintal.

La guerre engagée contre Boko Haram sert d’alibi aux autorités camerounaises pour se livrer à toutes sortes de violations de droits de l’Homme. « Le caractère trop souvent arbitraire de cette riposte a favorisé les violations des droits humains, et Ahmed en est une victime. Lorsqu’il avait été demandé aux autorités camerounaises de s’expliquer sur la détention au secret d’Ahmed, elles avaient publiquement déclaré agir au nom de la sécurité nationale, et en conformité avec la loi antiterroriste du pays, et avaient indiqué qu’il serait remis à la justice après son interrogatoire », a déclaré Amnesty International en octobre 2016 qui dénonçait déjà un « procès entaché de graves irrégularités et qui a connu de nombreux renvois qui ont accentué la douleur de la détention, et donnent l’impression d’une justice hors d’atteinte », expliquant que « les témoins à charge promis par l’accusation depuis le début du procès n’ont jamais été présentés à la barre et aucune enquête concernant les allégations de torture n’a été ouverte ».

Au nom de la même pseudo-lutte contre le terrorisme (visiblement devenue un passe-droit à tous les abus), le gouvernement camerounais à privé d’Internet, pendant plus de trois mois, les deux régions anglophones situées dans l’Est du pays.