D’abord, leurs premiers présidents n’ont pas duré longtemps. Le père de l’indépendance du Togo Sylvanus Olympio  ne dirigera le pays que pendant un peu de 2 ans, avant d’être assassiné en 1963. Les vétérans de la deuxième guerre mondiale, dont  un certain Gnassingbé Eyadema, voulaient sa peau parce qu’il refusait de les intégrer dans la nouvelle armée du Togo. Officiellement. On sait aussi que les français, eux aussi, ne le voyaient pas du bon œil, et les Togolais se demandent toujours si l’ancienne puissance coloniale n’a pas joué un rôle dans l’assassinat de leur héros.

Sylvanus Olympio, celui qui proclama l’indépendance du Togo le 27 avril 1960

Milton Margai, le père de l’indépendance de Sierra Leone, lui, n’a pas été assassiné, mais il est mort dans l’exercice de ses fonctions en 1964, juste trois ans après avoir mené son pays à l’indépendance. Le fait qu’il a passé peu de temps au pouvoir a peut-être quelque chose à voir avec le fait qu’il reste l’homme politique le plus populaire de Sierra Leone, « largement vénéré pour son sens politique, son honnêteté et son humilité » selon l’historien David Dalby. Il n’a pas eu le temps de compromettre sa réputation.

Dictature par ici, dictature par là

 La dictature a beaucoup marqué l’histoire de ces deux pays. En effet, on ne se tromperait pas si on disait que le Togo est devenu une sorte de propriété privée de la famille Gnassingbé! Feu Gnassingbé Eyadema a fait mains basses sur le Togo après l’assassinat de Sylvanus Olympio en 1963. Il a instauré, à partir de 1967, année à laquelle il a effectivement pris le pouvoir, un régime de parti unique jusqu’en 1991, quand, suite aux pressions internes et externes, il acceptera le multipartisme. Mais un multipartisme de façade, puisqu’il n’a permis aucune sorte d’alternance, le régime faisant tout pour truquer toutes les élections, et Gnassingbe Eyadema changeant la constitution au gré pour rester au pouvoir jusqu’à sa mort en 2005, après 38 ans de règne sans partage sur le Togo… pour être remplacé par son fils. Ce dernier a capté le pouvoir à la mort de son père en 2005. Il y est jusqu’à ce jour.

La Sierra Leone a connu aussi sa dose de dictature. En 1971, le président Siaka Stevens, qui avait remporté les élections en 1967, instaure un régime du parti unique. En 1981, Stevens s’en va à la retraite et donne le pouvoir à son fidèle le chef des armées Joseph Saidu Momoh, qui prolongera la dictature militaire jusqu’à la guerre de 1992.

Guerre civile en Sierra Leone, coup d’Etat constitutionnel au Togo

Avec l’aide du libérien Charles Taylor, Foday Sankoh crée un mouvement rebelle, le front uni révolutionnaire qui déclenchera une guerre civile en Sierra Leone en 1991. Ainsi commence l’une des guerres les plus meurtrières du continent. Grace aux efforts de  réconciliation du président Ahmad Tedjan Kabbah mais aussi a l’intervention des forces de la CEDEAO et de la Grande-Bretagne, la guerre se terminera en 2002, après avoir emporté entre 100 000 et 200 000 personnes. Foday Sankoh sera incriminé par un tribunal de l’ONU de crimes contre l’humanité pour meurtres, viols, esclavages sexuels et autres exactions.

Drapeau Sierra-léonais (Photo Fkickr Anokarina)

Après la fin de la guerre, la Sierra Leone a retrouvé une certaine stabilité, des élections crédibles sont régulièrement menées dans le pays, mais la Sierra Leone reste l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

Le Togo lui n’a pas connu de guerre, mais il a connu des graves violences dans la foulée du coup d’Etat constitutionnel qui a mené Faure Gnassingbé au trône de son père en 2005. Les affrontements entre les forces de l’ordre et la population auraient entrainé 790 morts dans les rangs des opposants d’après la ligue togolaise des droits de l’homme. Les Nations Unies ont dénombré plus de 500 morts. Sans compter que sous le père (de 1967-2005) les assassinats politiques, les disparitions forcées, les tortures étaient monnaie courante.

Aujourd’hui, Faure Gnassingbé est dans son troisième mandat, refusant toute réforme devant permettre de donner des airs de démocratie au pays. A l’occasion de cet anniversaire de l’indépendance du Togo, la question qu’on se pose est : Faure Gnassingbé régnera-t-il jusqu’à sa mort comme son père, pour enfin se faire succéder par son fils ? Le Togo est-il devenu la Corée du Nord d’Afrique où aucune alternance n’est possible?

En tout cas, joyeux anniversaire et happy independence day respectivement au Togo et à la Sierra Leone.