Suite aux divers déplacements de populations occasionnés par les affrontements répétitifs, plusieurs enfants se sont été arrachés aux cercles familiaux. D’autres sont devenus orphelins suite à la mort de leurs parents dans les différentes crises.  Sans encadrement et à la recherche de la survie, certains de ces enfants ont trouvé refuge dans la rue. C’est ainsi que s’est amplifié le phénomène dit « enfant de rue » connu sous plusieurs dénominations selon les villes: « Maïbobo » à Goma,  « Shegue ou Kuluna » à Kinshasa et dans d’autres contrées. Une situation à la laquelle Vijana Up veut contribuer à mettre fin.

Le phénomène d’enfant de rue a été aggravé au fil des années par les contingences sociales qui font suite aux crises politico-militaires en République Démocratiques du Congo. Fuyant la pauvreté dans leurs familles ou les problèmes entre parents (divorce, abandon,…) plusieurs autres enfants ont rejoint les rangs de ces Shegues. Parmi ces enfants de la rue on retrouve également ceux qui se sont sentis rejetés par leurs familles voire la société après avoir été victimes de stéréotypes [(enfant dit sorcier, souvent considéré comme porte malheur à la famille) ; enfant issu d’un viol de sa mère par les miliciens rebelles,…]

Des enfants participants au projet Vijana Up, (Photos: Fiston Mahamba )

La majeure partie de ces enfants de rue survivent grâce à la délinquance, la ruse et d’autres pratiques peu recommandables qui les opposent aux habitants de plusieurs agglomérations où sévit ce phénomène. Les forces de la Police nationale congolaise ont, à plusieurs reprises, déployé des opérations de grande envergure pour en finir avec ces pratiques. Et pourtant, quelques mois seulement après les rafles policières, le phénomène ressurgit.

Ainsi dans la majorité de grandes villes Congolaise, les enfants de rue ont formé des bandes de brigands qui commettent toutes sortes de forfaits sur la population. Devenus des proies faciles à prendre, certains de ces enfants se sont retrouvés dans des bandes criminelles urbaines voire dans les groupes armés.

Face à cette situation alarmante, Rinha Crew, un groupe de danse Hip Hop local a initié depuis janvier 2015 le projet Vijana UP « Jeunes débout » qui consiste à récupérer ces enfants de la rue grâce à la danse. Il s’agit de les insérer dans un groupe en leur apprenant la danse puis les convaincre à intégrer un centre d’encadrement pour enfants qui se chargera ensuite de leur réinsertion sociale par l’apprentissage d’un métier.

Partie de danse avec le projet Vijana Up (Photos: Fiston Mahamba)

« Nous avons constaté que plusieurs enfants de la rue venait assister à nos séances de répétition. Alors que nous rentrions chacun chez soi, ces enfants eux rejoignaient les points chauds de la ville pour aller voler afin de trouver de quoi se nourrir, puis repartaient tard dans la nuit dormir dans les chantiers ou sous les étalages au marché », confie Faradja Batumike, responsable et formateur en danse au sein du groupe Rinha Crew. « C’est ainsi que nous avons songé à intéresser les plus jeunes d’entre ceux-ci à intégrer notre groupe de danse car nous avions pensé que bien que dépourvus de moyens, ce que nous avions à offrir à ces enfants [âgés de 7 à 16 ans pour la plupart] était de les désolidariser avec la rue », poursuit ce jeune chorégraphe de Goma, qui a représenté l’an dernier la République Démocratique du Congo lord du Summer Dance Forever à Amsterdam au Pays-Bas. « Cette offre a enthousiasmé ces enfants qui n’ont pas hésité à adhérer au groupe », note Faustin de Panama, un autre danseur de cet ensemble. Au même moment, les jeunes membres de Rinha Crew ayant un âge variant entre 17 et 20 ans se mettent à inciter leurs nouveaux collègues à pouvoir sortir de la rue et à les convaincre qu’un avenir radieux leur est réservé s’ils saisissaient cette opportunité.

Outre la réinsertion des enfants dans la vie familiale, Rinha Crew espère trouver des établissements scolaires pouvant intégrer ces enfants au sein de leur effectif car la majorité étant encore en âge scolaire

En presque une année et demie de son lancement, le projet Vijana Up a commencé par produire des résultats à Goma. Au total le projet encadre 35 enfants dont 23 anciens enfants de la rue intégrés et 12 enfants encore sous les toits parentaux. « Parmi ces 23 anciens enfants de la rue 15 sont aujourd’hui pris en charge par l’ONG Bon Bosco Ngangi, chargée de la réinsertion sociale d’enfants alors que 8 autres n’ont pas encore trouvé de tuteur », détaille Faradja Batumike qui déplore le manque de soutien dont souffre leur projet. Il reste néanmoins optimiste. « Au lancement, le projet Vijana Up n’avait aucun soutien des organisations tant locales, nationales qu’internationales basées à Goma. Mais actuellement certains partenaires commencent à s’intéresser à cette initiative lancée par le groupe de danse urbaine Rinha Crew », témoigne Kelvin Batumike, coordonnateur du label Kivu Youth Entertainment qui a mis à la disposition de ce projet un centre créatif et récréatif permettant à ces jeunes de renforcer leurs capacités et d’exposer leurs talents au public. Cet apport de Kivu Youth Entertainment n’étant pas assez suffisant pour la pérennisation du projet Vijana Up, les membres de Rinha Crew continuent de faire des plaidoyers pour que d’éventuelles bonnes volontés puissent les appuyer afin de poursuivre l’encadrement d’enfants sortis de la rue et élargir le projet à d’autres enfants.

Concours de danse dans le cadre de Vijana Up (Photos: Fiston Mahamba)

Dans le souci de promouvoir davantage le projet Vijana Up, Rinha Crew a organisé début du mois d’avril 2017 des ateliers de dance, des séances de renforcement de capacité au bénéfice de danseurs locaux et du 29 au 30 avril un grand spectacle de danse pour le compte de Goma Dance Festival. Cet événement constitue la première plus grande rencontre de danse urbaine dans la province du Nord-Kivu. Clôturé à l’occasion de la journée internationale de la danse, Goma Dance Festival se veut être le rendez-vous annuel de la danse dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo et dans la région de Grands-Lacs. Son objectif, réunir sur une même scène, des danseurs locaux avec les stars et professionnels internationalement reconnus de la danse pour un échange d’expérience et des séances de formation. Pour cette première édition qui a connu la participation de danseurs venus de la France, de la Belgique, du Rwanda, de l’Ouganda… les fonds récoltés participeront au financement du projet Vijana Up selon un appel au financement participatif initié par Rinha Crew sur la plateforme de Crowdfunding Indiegogo.

Séance de danse de Vijana Up

Outre la remise d’enfants séparés avec la rue aux organisations de prise en charge pour l’insertion dans la vie familiale, Rinha Crew et ses danseurs espèrent trouver des établissements scolaires pouvant intégrer ces enfants au sein de leur effectif car la majorité étant encore en âge scolaire ; des familles prêtes à accueillir ces enfants pour leur réinsertion dans la vie familiale. Tout appui pouvant contribuer au bien-être de ces enfants, potentiels futurs cadres de la RDC est accepté !