Des poésies d’amour, et de son style Tcha tcho le Quadra kora man est passé aux chansons faisant le culte du lit et de l’érotisme. Et, en des mots très précis, Mopao Mokonzi propage ses refrains dans toute l’Afrique. Mais si tous dansent sur les rythmes de Koffi Olomide, peu savent que c’est sur des textes érotiques et obscènes qu’ils le font depuis plusieurs années.

Le “Mopao” ne prend plus la peine de cacher son jeu

Sorti en 2016, le générique selfie de son dernier album Treizième apôtre a fait plusieurs mois dans le top 10 des hits sur Trace Africa,  l’une de grandes chaînes musicales d’Afrique. Kenya, Burundi, Tanzanie, Rwanda, Cameroun, Côte d’Ivoire, Sénégal, Togo, Bénin… ont chanté et dansé sur  les paroles qui reviennent  “ekoti té, ekoti té”! Sans sûrement se douter qu’en français c’est à dire « ça ne pénètre pas,  ça ne pénètre pas », une image sexuelle à peine voilée.

Plus récemment,  Koffi a sorti un single « Nyataquance ». Le succès n’a pas tardé. Surnommée la danse des patrons, « Nyatakance », un terme créé par le Donald Trump congolais (depuis l’élection de Sarkozy,  Koffi prend les noms de certains présidents controversés ou des chefs d’États. Il a aussi déjà pris le nom de pape Benoît, vers les années 90 il se surnommait Rambo, le film faisant rage mondialement a l’époque, il se dit même être le treizième apôtre), se frédonne dans plusieurs boîtes de nuits africaines. Mais dès les premières minutes Koffi chante “Chuba chuba chuba, ekopasuka n’ango té” ; ce qui en français veut dire « défonce défonce défonce, le trou ne va pas crever ou éclater ».

Koffi_Olomide (wikimédia Mopao)

Père de plusieurs enfants, sexagénaire, l’actuel Koffi n’a plus rien à voir avec le jeune parolier qu’il était quand il écrivait des chansons pendant qu’il était étudiant en France. Ses belles paroles qui faisaient du succès au niveau continental lui avaient valu le surnom de l’étudiant zaïrois le plus célèbre ! Et beaucoup de ses fans se plaignent de métamorphose actuelle.

« Nous avons connu les chansons Naomi ou désespoir de Koffi Olomide, il avait toujours su se démarquer par la poésie de ses chansons. Il a écrit les meilleurs tubes de Papa Wemba. Mais depuis dix ans, c’est difficile de faire le rapprochement entre ce Koffi de l’époque et celui d’aujourd’hui. C’est avec grand étonnement que j’avais découvert le cri « Ba maman baya na mbonda, ba Papa ba beta mbonda ce qui signifie en français que les mamans apportent (exposent) les Tambours pour que les papas en jouent par derrière ». Il expliquait sans vergogne par là une scène érotique d’amour en levrette. C’était malheureusement un succès africain et mondial même. Moi je ne m’en suis jamais réjoui car j’aurai voulu que ce soit des chansons plus décentes qui fassent ce succès! », déplore Fabrice Shweka, un chroniqueur musical de la RDC.

Depuis 12 ans, la grande métamorphose

En 2005, Koffi sors un single au titre vraiment osé, Boma nga na elengi, tue moi de plaisir en français. Après il sortira plusieurs autres albums dont chicotte à papa et Abracadabra. Des douze dernières années et des albums qu’il a produits, voici certaines références érotiques les plus connues ayant fait le tour du monde dans ses chansons.

« Mayi wetu mayi, mère soki ameli mayi, abotaka ba lifantu » : Notre eau, cette eau qui fait avoir des enfants à la maman après qu’elle l’a bue, référence au sperme. Album Abracadabra

« Chéri boma nga na tatami » : chéri tue moi sur ce Tatami

« Chéri na nga azali mbambula, nga moko nazali koni, chaleur nyonso nakotya na nzote naye vraiment etali nani eee, cheri ata aleli ayi ayi moto akotate, babeti ye na mokolo naye son proprio » : Mon chéri est un brasero, et moi le charbon de bois, alors la chaleur que je mettrai sur lui regarderait vraiment qui ? Que mon chéri crie tout haut aïe aïe, que personne ne l’ouvre, c’est son proprio qui est entrain de le battre ! De la chanson Linda Like. Les exemples sont légion.

Le Koffi Olomidé qui a chanté Aspirine, chanson culte qui est jouée à au moins un mariage sur trois au Congo n’est plus ce romantique d’avant. De ses 45 ans de carrière musicale, les deux dernières décennies ont été plus marquées par la vulgarité dans ses productions. Mais c’est un courant de plus en plus répandu au Congo. On ne peut pas dire que Koffi Olomide a suivi le courant, on pourrait plutôt dire qu’il a créé le courant !  A la sortie de Treizième apôtre, l’artiste avait annoncé que ce serait son dernier album, mais il continue de sortir des singles à succès, comme Nyataquance cité plus haut. Nyataquance sera aussi le nom de son prochain album qui sortira cette année.