La rumba congolaise ou le Ndombolo ne se différencie plus des autres styles musicaux par son rythme uniquement. Le Mabanga fait désormais partie de ses traits caractéristiques. Pratique très lucrative pour les artistes, elle est pourtant décriée par bien d’observateurs.

Une vielle pratique

Wendo, l’un des pionniers de la Rumba congolaise

Bien qu’ayant pris de l’ampleur ces dernières années, image le phénomène « Kobwaka Mabanga » traduit en Français « jeter des pierres » et dans le cas d’espèce « jeter les noms de gens en pleine chanson » n’est pas du tout nouveau.  A l’époque dite « Tango ya ba Wendo » ou la génération de Wendo et autres l’on pouvait certes entendre quelques dédicaces dans les chansons ou la dédicace d’une chanson entière à une personnalité (mais pas toute une dizaine de noms dans une seule chanson). Même en musique traditionnelle cela se faisait. « Si vous allez dans la culture Luba (l’une des tribus les plus majoritaires de la RDC situé au centre du pays), il y a ce qu’on appelle le Kasala qui est une sorte de musique consistant à rendre gloire par la chanson à quelqu’un qui a bien servi la communauté », explique Onassis Mutombo, chroniqueur de la musique à Kinshasa. Ce chroniqueur estime que les dédicaces ou les mabanga actuels sont d’une part une forme modernisée de cette manière traditionnelle de louer les actes d’un membre de la communauté mais non seulement. « A nos jours, ajoute-t-il, les mabanga ont pris un autre sens, celui de vouloir gagner de l’argent ou de bénéficier de certaines grâces auprès des personnes dont les noms ont été cités ».

« Il faut verser entre 1.000 et 5.000 dollars américains pour que son nom soit cité dans la chanson de stars telles que Werrason, Koffi Olomide, Wazekwa, JB Mpiana, Ferre Gola ou Fally Ipupa »

Tant pis pour le piratage?

En musique congolaise, n’est pas cité dans un mabanga qui veut. Souvent seules les personnes d’un certain statut (riches hommes d’affaires, membres du gouvernement ou grandes personnalités politiques et grands footballeurs) ont droit d’être cités par les stars de la chanson congolaise. Le chroniqueur musical kinois Onassis Mutombo explique qu’il faut verser entre 1.000 et 5.000 dollars américains pour que son nom soit cité dans la chanson de stars telles que Werrason, Koffi Olomide, Wazekwa, JB Mpiana, Ferre Gola ou Fally Ipupa et débourser entre 10.000 et 20.000$ pour que l’artiste te dédie une chanson toute entière. Les artistes musiciens ne partagent pas tous cet avis.

L’artiste Fabregas (de son vrai nom Fabrice Mbuyulu), l’une des grandes images de la rumba congolaise actuelle soutient que c’est erroné de penser que les dédicaces ont uniquement des objectifs mercantiles. « C’est aussi une façon de prouver notre reconnaissance envers des gens qui nous sont pour un grand soutien mais aussi d’exprimer notre attachement aux amis, à nos familles. Ce n’est pas seulement pour l’argent que nous le faisons », se défend à This is Africa cet artiste comptant parmi les ténors de la cinquième génération de la rumba congolaise.

Au milieu, Fally Ipupa, star de la rumba congolaise (Crédit Flickr/dicap ipups)

Pour sa part Felix Wazekwa un autre grand nom de la musique congolaise de même génération rang que Koffi Olomide, Werrason, et JB mpiana, reconnait le côté très rentable des Mabanga tout en nuançant lui aussi que c’est une preuve de reconnaissance aux mécènes et bienfaiteurs.

Il s’agirait aussi d’une façon pour les musiciens congolais de la Rumba de rentabiliser leur profession dans un pays où le droit d’auteur rapporte peu. En effet depuis quelques décennies  l’industrie musicale congolaise a connu une certaine baisse dûe au phénomène de piratage, rendu possible par l’absence d’une bonne politique de protection et de distribution des œuvres artistiques et au manque d’infrastructures adaptées à la nouvelle technologie. La musique congolaise est ainsi devenue presque improductive, ce qui a poussé les musiciens à trouver des méthodes alternatives pour leur survie et de ceux qui les accompagnent. « C’est simple! La société congolaise des droits d’auteurs et droits voisins(SOCODA) seul organe veillant au respect des droits d’auteurs en RDC ne satisfait pas aux attentes des artistes, ces derniers trouvent d’autres méthodes pour rentabiliser leurs activités », renchérit le chroniqueur Onassis Mutombo.

Impact sur la qualité des œuvres

Ferré Gola, star de la rumba congolaise (Source : Wikimédias/Flickr)

Si le fait de citer les noms en pleine chanson ou les intégrer dans le texte par les artistes musiciens de la rumba congolaise est sujet à débat, c’est aussi en rapport à l’impact sur la qualité des œuvres musicales. Pour l’artiste Stella Dada Kitoga une ancienne enseignante à l’Institut national des arts de Kinshasa (INA) qui s’est confiée à TIA, les mabanga ne contribuent pas à la beauté de la chanson congolaise par le fait que les paroles de chanson et même la mélodie sont encombrées par les noms des individus. « L’art et la beauté vont ensemble. Je crois qu’il n’y a rien de beau dans les Mabanga à part le fait qu’ils permettent à nos musiciens de gagner de l’argent », déplore cette enseignante qui préconise la mise en place d’un système efficace pour faire respecter les droits d’auteurs afin de bannir la pratique des Mabanga. Ses propos sont soutenus par l’analyste et chroniqueur Onassis Mutombo qui dénonce également le fait que les Mabanga commencent par dévaluer le contenu de chansons. « Avant on savait que les Mabanga intervenaient lors de ces brèves trêves entre les vocales quand le musicien ne chante plus et il n’y a que les instruments c’est à ce moment-là qu’on entendait citer deux ou trois noms mais ce n’est plus le cas. Actuellement les noms prennent une grande partie même du texte de la chanson et du coup les messages diminuent », accuse-t-il.