La dépigmentation, communément appelée « xessal » en wolof (langue locale sénégalaise), est devenue un phénomène répandue dans la société sénégalaise. L’ultime but est la recherche effrénée d’une peau claire, le plus souvent, pour plaire. Aujourd’hui, les hommes se laissent embarquer par la pratique. La plupart utilisent les mêmes produits de leurs épouses, et connaissent donc les mêmes problèmes de peaux que les femmes.

Les hommes qui se dépigmentent ne passent pas inaperçus ; ils sont souvent la cible de stigmatisation. Mais cela ne les décourage pas pour autant, plus préoccupés qu’ils sont par leur look que par les reproches et les sourires moqueurs. La plupart se réfugient derrière des prétextes du genre : « C’est juste un savon pour avoir un joli teint, rien de plus». Un argument qui soulèverait l’hilarité générale si l’on sait que la plupart des savons prisés par ces hommes sont des savons éclaircissant à base de carotte, de papaye ou encore d’olive. Quand, à force d’insister, on parvient à les faire parler enfin, ils lâchent : « J’ai commencé sans m’en rendre compte et sans savoir pourquoi».

Quand les « stars » s’en mêlent !

Au moment où certaines femmes prennent du recul avec la dépigmentation, certains hommes semblent étrangement avoir trouvé goût à la chose. N’allez surtout pas leur en parler. Ils ont vite fait de nier jusqu’à la dernière énergie, au motif que cela n’entre vraiment pas dans les mœurs sénégalaises que des hommes se dépigmentent la peau.  Et pourtant, ses adeptes sont trahis par leur visage rasé de près, qui laisse paraître un teint désuni. Les clips diffusés sur les chaines de télévisions locales trahissent leurs acteurs.

On se souvient bien de « Thiamas » animateur à SEN TV, lors d’un entretien accordé au quotidien Walf Grand Place. Interview dans laquelle, il lui a été posé la question de savoir s’il utilisait des produits de dépigmentation. Sa réponse à l’allure anodine («J’utilisais un produit de ma femme, mais je ne savais pas que c’était un produit pour la dépigmentation») laisse perplexe. L’une des stars dans la série théâtrale « Wiri Wiri » sur la Télé Futurs Médias, Cheikhou Gueye alias Saneex, était indexée par certaines langues sur la trop grande clarté de sa peau. Interpellé sur la question, la réponse de l’artiste comédien fut courte et sec : «Je me dépigmente et je m’en -f…». No comment!

L’utilisation de produits éclaircissants chez les hommes se fait beaucoup plus remarquer dans les milieux des arts au Sénégal.

« Un homme qui fait du ‘xeesal’, c’est vilain, ce n’est pas beau à voir. Je pense qu’un homme à autre chose à faire que du ‘xeesal’, il faut laisser ça aux femmes ! »

La gente féminine dénonce !

Si les hommes se dépigmentent, c’est finalement pour les mêmes raisons que les femmes. «Pourquoi vous ne parlez que des femmes ? Maintenant les hommes aussi font de la dépigmentation, surtout les «Niack» (Ndlr : appellation désignant les ressortissants d’Afrique de l’Ouest et du Centre)», peste Ndeye Oumy Khaîry Coulibaly, 24 ans, quatrième année de Physique Chimie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Si la dépigmentation passe quasiment pour naturelle chez les femmes, elle suscite souvent dégoût  lorsqu’elle est pratiquée par les hommes. «Vraiment, un homme qui fait du ‘xeesal’ (dépigmentation en wolof, langue locale parlée au Sénégal), c’est vilain, ce n’est pas beau à voir ; je ne sais même pas comment qualifier ça. Je pense qu’un homme à autre chose à faire que du ‘xeesal’, il faut laisser ça aux femmes », lâche une femme.

Aux sources de la dépigmentation 

De l’avis du sociologue Khaly Niang, la dépigmentation de la peau serait méconnue des sociétés traditionnelles. Ces dernières mettaient en valeur la beauté intérieure. « Aujourd’hui, la dépigmentation devient un phénomène de mode basé essentiellement sur la rationalité instrumentale en privilégiant l’objectif visé ou à atteindre. Elle s’explique par le basculement de nos sociétés de jouissance dans laquelle le paraître l’emporte largement sur l’être », explique-t-il. Il ajoute que cette forme de dépigmentation est la résultante d’un conflit entre le groupe d’appartenance, c’est-à-dire le groupe dans lequel se trouve l’individu, et le groupe de référence ou l’individu veut adhérer à tout prix.

Pour ce sociologue, les motivations qui poussent les femmes et certains hommes à se livrer à la dépigmentation obéissent profondément à une logique esthétique.  C’est-à-dire s’éclaircir la peau pour répondre aux canaux de beauté escomptée.