Le mouvement Rasta a vraiment vu le jour vers les années 80 dans la petite ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu dans l’Est de la République démocratique du Congo. Au début, comme dans bien souvent de cas, les partisans de cette philosophie sont victimes de préjugés, généralement pris que pour des drogués, des hors-la-loi et des personnes – aux cheveux sales – par la population qui ne comprenait pas assez les contours de cette nouvelle tendance. Trente après, à force de rester fidèle au rastafarisme et regardant vis-à-vis de ses principes, même à sa manière, le rasta de Goma est désormais une personne mieux vue et respectée. Même s’il vit  à 12.000 kilomètres de la Jamaïque, le rasta de Goma.

« Les rastas à l’époque se cotisaient pour créer des avenues, comme dans le quartier Birere. C’est ainsi que petit à petit les gens ont compris que les rastas n’étaient pas  que ces stéréotypes qu’ils avaient« 

Ce qui a fait changer la donne: l’assainissement de la ville

Mack El Sambo est l’un des premiers Rastas de Goma. Chanteur de reggae, intellectuel et l’un des meilleurs joueurs du scrabble au Congo qui représente souvent le pays aux compétitions internationales. Rencontré par TIA, il raconte comment a évolué le rastafarisme localement.

« chez deo’s », un carrefour des rastas de Goma, une moto peinte aux couleurs du rastafarisme (Crédit : Rodriguez Katsuva)

«  On prenait le rasta pour un violeur, un vrai fou et un illettré. Puis le rasta a eu une idée : la ville était souvent sale à l’époque. C’est le rasta qui initia les premiers projets d’assainissement de la ville de Goma. On le voyait déboucher des caniveaux, balayer les artères principales de la ville. Les rastas à l’époque se cotisaient pour créer des avenues, comme dans le quartier Birere. C’est ainsi que petit à petit les gens ont compris que les rastas n’étaient pas  que ces stéréotypes qu’ils avaient », confie El Sambo.

« Moi, comme beaucoup d’autres ici, en tant qu’intellectuels aussi, les gens ont commencé à nous prendre au sérieux. Mais il n’y a pas que cela. Entre 2000 et 2006, les rastas de la région des grands lacs ont fait des concerts communs dans plusieurs villes pour inviter  les gens à la cohabitation pacifique, et ils ont participé à pacifier la région. Mais encore, ici localement, quand les soldats de Mobutu oppressaient des paisibles citoyens dans les années 90, les rastas intervenaient toujours. Depuis là, le rasta est vu autrement ici et dans tout le pays d’ailleurs », rappelle le rasta.

Mugabo, un rasta réalisateur et photographe qui fréquente aussi « Chez Déo », à Goma (Crédit Rodriguez Katsuva)

Fumer est-il obligatoire pour un rasta? « Non, fumer est un choix. Moi je suis un rastaman non-kaya ! Fumer ou ne pas fumer, c’est un choix. On ne peut pas vulgariser un message de respect des libertés individuelles si nous-mêmes nous imposons la gandja aux rastas», explique El Sambo.

Quels sont certains de principes universels du rastafarisme ? Qui font que vous êtes les mêmes rastas partout au monde ? « On observe les dix commandements, qui tous se résument en l’amour. On se voit, on se salue : Jah rastafari, et l’autre te répond Peace and love ! Et ça c’est universel mon frère! »

« Nous ramassons ces déchets, nous en faisons des arts, et après nous les revendons aux mêmes personnes qui avaient produit et jeté ces déchets. Nous le faisons par amour pour notre prochain« 

L’assainissement de la ville, un réflexe des rastas de Goma

« Chez Deo’s » est un café où les rastas de la nouvelle génération se rencontrent chaque jour à Goma.  A l’instar des rastas des années 1980, ceux d’aujourd’hui aussi se sont lancés à leur tour aussi dans l’assainissement. Le « Deo’s café » leur sert de lieu d’expression de leurs talents aussi. TIA y a effectué une visite. Déjà à l’entrée, une moto décorée aux couleurs du rastafarisme vous accueille. Puis on est frappé par la quantité de bouteilles plastiques usagées qu’on y trouve. Mais juste à côté, avec les belles œuvres d’arts qu’on finit par voir, on comprend alors qu’ils sont faits avec ces déchets plastiques. Le principe est donc simple : Ces jeunes rastas sillonnent la ville, ramassent des déchets plastiques et viennent chez Deo’s où ils se lancent dans des créations à base des plastiques qui, de déchet, devienment une matière première.

Œuvre d’art réalisée à base des déchets plastiques par les rastas de Goma (Crédit Rodriguez Katsuva)

Mugabo Benoît, jeune rasta et possédant une gallérie à « Chez Deo’s » nous explique : « C’est par devoir de mémoire que nous réalisons ces activités. Pour léguer à nos enfants un monde assaini. Notre monde se meurt, et pour un rasta, il n’est pas acceptable de laisser faire ! Donc nous ramassons ces déchets, nous en faisons des arts, et après nous les revendons aux mêmes personnes qui avaient produit et jeté ces déchets. Nous le faisons par amour pour notre prochain ».

Les rastas de Goma sont authentiques. Même s’ils vivent dans cette ville loin des racines du mouvement rastafari. Ils gardent les cheveux et fument la gandja pour, disent-ils, se soigner, comme le voudrait le mouvement. Même s’ils ont fait de l’assainissement l’une de leurs principales façons d’exprimer l’amour du prochain, ils n’en sont pas moins rastas, au contraire c’est une expression originale de cet amour du prochain. Arborer les couleurs de leur mouvement, le concept de « Babylone », celui de ne pas se raser ni peigner les cheveux ou s’abstenir de l’alcool sont des principes que le rasta de Goma connaît et observe en général. Il donne aussi la paix et l’amour au monde : Peace and Love !