Après des mois de sacrifices, des dettes de sommeil, Ameth et Mamadou sont arrivés à leur fin. Ils ont créé une application dénommée « Karangué » (Sécurité), dans le domaine de la santé. Cette application fonctionne comme une horloge qui aide les mères à gérer leur agenda de visites pré et postnatales et leur rappelle les dates de vaccination pour les bébés et les enfants à bas-âge. « Nous avons créé un système d’alerte automatique par un SMS (Ndlr : short message service) ou par messages vocaux qui rappelle aux mamans leurs rendez-vous de vaccination et leurs visites médicales », confient les cofondateurs de « Karangué ».

Cette application des deux « génies » sénégalais veut contribuer à résoudre l’une des plus grandes causes de la mortalité maternelle et infantile au Sénégal. Et selon le ministère de la Santé et de l’Action sociale, chaque année, près de 2000 femmes meurent en donnant la vie. Soit une moyenne de 5 femmes par jour. La plupart des décès sont liées à l’ignorance  à la négligence, l’analphabétisme et au non-respect des rendez-vous médicaux.

Ameth Sow et Mamadou Sall, les deux initiateurs de Karangué

Guide d’utilisation

 L’application « Karangué » fonctionne avec un système USSD qui est accessible, même en dehors d’une connexion Internet. Du coup, le problème lié à la connectivité dans certaines zones éloignées du Sénégal est réglé. Pour la faire marcher, il suffit d’avoir certaines informations sur la personne concernée.

Avec l’appui du gouvernement sénégalais et des partenaires comme la Sonatel (Société nationale des télécommunications), les créateurs de l’application « Karangué » ont commencé la phase test dans les 21 postes de santé dans la région de Thiès, à 60 kilomètres de la capitale sénégalaise.

Ces jeunes entrepreneurs travaillent en parfaite collaboration avec le personnel  médical de la localité. « Nous notons la date de naissance de l’enfant et le numéro de téléphone de la maman. Ensuite, nous dressons un calendrier de vaccination des rendez-vous pré et postnataux. Et enfin, nous nous basons sur essentiellement sur l’âge de grossesse », a expliqué Halimatou Bitèye, sage-femme et chef du poste de santé de Sampathé, un quartier dans la région de Thiès.

L’utilisation de l’application « Karangué » nécessite la partition de toute une équipe. La chaine de commande ne doit pas être rompue. L’infirmière est chargée d’enregistrer les patientes et assurer le suivi. Et l’opérateur de téléphonie mobile, notamment Sonatel, gère la transmission des messages et le système d’alertes. Le tout est contrôlé par Ameth et Mamadou Sall. « On met à disposition des centres de santé, des tablettes avec l’application Karangué. La sage-femme ou l’infirmière enregistre la maman qui vient d’accoucher pour le rappel des rendez-vous des visites postnatales et les rendez-vous de vaccination de son enfant. Pareil pour une femme qui est en état de grossesse qui peut être enregistrée au niveau de la structure de santé pour le rappel de ses visites prénatales », a souhaité Mamadou Sall.

Les deux initiateurs du Karangué dans un centre médical pour l’essai de leur soclution

L’application « Karangué »  promeut également les langues locales. Les messages vocaux et les rappels de rendez-vous se font dans des langues locales, notamment le wolof, le Sérère et le Pullar. Une campagne de sensibilisation sera lancée pour véhiculer l’intérêt de cette application dans le domaine de la santé. A cet effet, des artistes sénégalais de renommés internationales ont déjà donné leur aval pour appuyer la campagne autour de « Karangué ». « Nous voulons couvrir tout le Sénégal. Pour que toutes ces 550 000 femmes qui accouchent chaque année puissent être suivies et que ces 550 000 enfants qui naissent aient accès aux services « Karangué » », espèrent les jeunes entrepreneurs.

Pour le moment, les statistiques de l’application « Karangué » sont bonnes. Plus de 6700 enregistrements et consultations effectués en sept mois. 18.136 SMS envoyés, 476.960 secondes d’appels vocaux. Mamadou pense que, plus il y aura des femmes consultées et suivies, moins il y aura de décès. « Karangué » ne compte pas s’arrêter au Sénégal, mais atteindre d’autres pays africains au Sud du Sahara.

Selon l’Unicef, toutes les 20 secondes, un enfant meurt d’une maladie qui aurait pu être évitée par un vaccin. Chaque jour, 800 femmes meurent dans le monde, lors d’un accouchement ou dans les jours qui suivent l’accouchement. 99% des décès viennent des pays en développement, dont 62% en Afrique subsaharienne.