Au mois d’avril dernier,  la startup camerounaise Will and Brothers a annoncé avoir levé, par crowdfunding, un financement d’un montant de 124 millions de FCFA, soit 200 000 dollars. Ceci après une campagne de mobilisation de fonds dont les besoins initiaux étaient de 185 millions FCFA, soit 300 000 dollars. William Elong, promoteur de la dite startup  spécialisée dans l’intelligence économique et l’innovation technologique envisage à travers  ce fonds développer son projet de production de drones au Cameroun.

  » C’est très  difficile de convaincre des business angels sur des projets de startups. Donc  le crowdfunding devient une alternative »

Dans la sphère digitale camerounaise, le jeune entrepreneur n’est pas le seul à avoir eu recours à ce moyen de financement pour promouvoir son projet. Olivier Madiba, le concepteur du jeu video 100% camerounais, « Aurion : l’héritage des Kori-Odana » a lui aussi procédé de cette manière pour financer son concept. Le  jeu  en effet lancé, via la plateforme Steam, le 14 avril 2016, a bénéficié d’une enveloppe de soit  120 millions de FCFA, soit 182 504 Euros, obtenu à travers une campagne de crowdfunding. Selon les statistiques compilées par Olivier Guillaume Madiba, le jeune promoteur de Kiro’o Games, 74% des souscriptions à cette opération de levée de fonds via internet sont le fait de ressortissants camerounais. Pour ce dernier, cette méthode de financement représente aujourd’hui « l’avenir de la startup camerounaise ».

Si aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses les startups camerounaises à s’intéresser à  ce mode de financement, c’est bien évidemment parce que les banques locales ou encore les microfinances ne font pas suffisamment confiance à leurs projets. Et par-dessus tout, ces établissements financiers imposent des conditions qu’elles ne peuvent pas supporter. « Les garanties imposées sont lourdes. Les jeunes n’ont pas souvent des garanties comme le demandent les banques », indique Simon Mbelek, chargé des relations publiques de la startup Jumia Travel Cameroun. Autre difficulté, « c’est très  difficile de convaincre des business angels sur des projets de startups. Donc  le crowdfunding devient une alternative. Cette méthode fait appel à plusieurs personnes qui donnent souvent des sommes faibles », ajoute-t-il.

 » La réussite des projets, comme le porte-monnaie numérique « Pursar » du camerounais Otto Isong ou encore le webzine Afropolitain du camerounais « FlashizBlack », sont à mettre à l’actif du Crowdfunding « 

Financement participatif

La méthode de financement participatif via le Web 2.0 est très sollicitée par les startuppers camerounais.  Entre 2009 et 2014, plus de  100 millions de FCFA ont été mobilisés sur internet, grâce au Crowdfunding, par des jeunes camerounais promoteurs de projets dans les domaines des Technologies de l’information et de la communication (TIC), en proie à des difficultés d’obtention des financements par les canaux traditionnels. En décembre 2014, l’on a appris  que Joëlle Ebongue, une jeune, scénariste et auteure de la bande dessinée «la vie d’Ebène Duta», de nationalité camerounaise a réussi, toujours via le crowdfunding, à collecter plus de 10 millions de FCFA. Ces financements lui ont permis d’imprimer sa  bande dessinée actuellement distribuée à travers le monde.

Pour Churchill Mambe, promoteur de site de recherche d’emplois en ligne, Njorku, puisqu’il est difficile d’obtenir des investissements via les moyens traditionnels, les startups recherchent toutes les options disponibles. «  Et le crowdfunding est l’une d’elles », note-il. La réussite d’autres projets, comme le porte-monnaie numérique « Pursar » du camerounais Otto Isong ou encore le webzine Afropolitain du camerounais « FlashizBlack », sont à mettre à l’actif du Crowdfunding.

Son mode de fonctionnement et son volet pré-évaluation contribuent au développement des structures entrepreneuriales et à la création des richesses 

Selon un classement réalisé par la bloggeuse, journaliste multimédia et ingénieure camerounaise Dorothée Danedjo Fouba, en 2014, le Cameroun occupe le   troisième rang des pays à succès dans le crowdfunding en Afrique. Ce, après  l’Afrique du Sud et le Kenya. En rappel, c’est dans les années 2007-2008 que les premières tentatives de voies de financements participatifs ont été expérimentées sur le territoire national camerounais.

Au regard  de l’engouement et aux résultats déjà perceptibles dans certains pays, l’Analyste de politique économique, Cyrille Nanko Nguepdjio, pense pour sa part que, le crowdfunding peut véritablement s’avérer être une alternative au financement des entreprises au Cameroun. « Son mode de fonctionnement et son volet pré-évaluation contribuent au développement des structures entrepreneuriales et à la création des richesses », indique-t-il avant d’ajouter. « Le gouvernement gagnerait à inciter les jeunes porteurs d’idées novatrices à s’y intéresser. Ceci pourrait passer par l’introduction dans les programmes académiques des notions de crowdfunding dans les filières de finance et banque, et des formations spécialisées sur l’entrepreneuriat ».