Le clitoris constituerait la partie la plus sensible du corps féminin. C’est au centre d’une zone remarquablement érogène. Certaines filles ne savent même pas qu’elles en possèdent, igorant donc, jusqu’à un certain âge, presque tout de ce qui est au centre du plaisir féminin. Le clitoris est très innervé, ce qui peut le rendre parfois très nerveux…et comporte des zones plus sensibles les unes que les autres. Fraise, cerise, bouton de plaisir, bouton d’amour, abricot, clicli, le petit marin du bateau, petit pois…le clitoris a toujours eu plein de surnoms dans toutes les langues. Aussi, le clitoris fait l’objet de pratiques diverses en Afrique selon les pays, les coutumes et les ethnies…

L’une de ces pratiques est l’excision qui se pratique de trois façons: l’ablation du clitoris, l’ablation du clitoris avec les petites lèvres, et la 3eme qui est l’ablation du clitoris avec les petites et les grandes lèvres… .Certaines filles sont excisées quand elles sont encore très petites, soit avant soit après la puberté. Un sort que ces filles sont obligées d’accepter, malgré elles. Et pourtant, elles en souffrent et la vivent comme un cauchemar pour toujours, même l’argument de la préservation de l’honneur familial ou de la beauté est mis en avant. Refuser de s’y soumettre peut être considéré comme un acte de défiance vis-à-vis de ses parents.

Séances de sensibilisation sur les mutilations génitales au Burkina Faso (Flickr DFID UK department)

Plus de 200 millions de filles et femmes ont déjà été excisées dans le monde. En Afrique, ce sont 92 millions de femmes qui sont touchées. L’Egypte et l’Ethiopie sont les pays les plus touchés par cette pratique. Un moyen pour les hommes de ‘‘contrôler’’ celles qui deviennent plus tard leurs épouses, puisqu’après une excision elles ne connaissent plus, vraiment le plaisir sexuel.

Pour Marie Mukendi, une jeune congolaise célibataire de 28 ans, originaire du Bukavu où l’excision est une pratique relativement répandue. « La culture ou les normes sociales ont une grande influence sur notre façon de voir et d’agir. Nous sommes le fruit de notre culture. Ceux qui disent que l’excision n’est pas bonne c’est à cause de leur culture. Ceux qui disent que c’est bon, c’est aussi question de culture. » Mais elle lance un appel à tous ceux qui pratiquent l’excision sans consentement de la concernée d’arrêter parce que « c’est une violence des droits de l’homme et ceux qui le font pour question de choix devraient juste être conséquent de cet acte.»

la pratique du « gukuna » perdure parce qu’elle est toujours considérée par certaines femmes comme une tradition favorisant à coup sûr l’orgasme et l’éjaculation féminine

La mutilation féminine affecte plus de 140 millions de femmes dans le monde. Depuis le 26 Novembre 2012, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté sa première résolution dénonçant les mutilations féminines. Plusieurs organisations militent pour l’abolition mondiale de l’excision. Les agences des Nations Unies comme l’UNICEF et l’Organisation Mondiale de la Santé la condamnent. Des féministes rejettent cette pratique qui souvent est faite dans des conditions de propreté douteuses, puisqu’elle est faite de façon traditionnelle. L’excision peut ainsi provoquer des infections, des saignements, des douleurs pendant les rapports sexuels, l’infertilité, et même dans certains cas la mort. Une femme excisée ne ressent plus de plaisir sexuel. Et les conséquences de cette mutilation sont souvent méconnues par ceux qui la pratiquent.

L’autre pratique liée au clitoris est le « gukuna ». Elle subsiste et est répandue dans la région des grands lacs et dans les pays de l’Afrique de l’Est. Il s’agit d’une série de massages intimes avec de l’huile ou le beurre de vache permettant d’étirer le clitoris et les petites lèvres. A la longue, ces petites lèvres dépassent la taille des grandes lèvres. Ce qui permet l’augmentation de la sensibilité des petites lèvres. Cette pratique permet d’avoir aussi beaucoup d’« amazi » (l’eau), l’éjaculation féminine. Et l’on peut décider d’arrêter de les étirer si la taille voulue est atteinte.

Le « gukuna » est donc une tradition secrète souvent supervisée par les « senge », mot en Kirundi et Kinyarwanda signifiant tantes paternelles. Cette pratique qui connait une renaissance depuis quelques années peut aussi se faire entre sœurs ou cousines de même âge. Un cadeau est souvent offert à celui qui t’initie techniquement à cette pratique. Cette pratique a été rejetée, combattue par certains qui la considèrent comme une masturbation donc un péché ou une perversion. Malgré cela, la pratique du « gukuna » perdure parce qu’elle est toujours considérée par certaines femmes comme une tradition favorisant à coup sûr l’orgasme et l’éjaculation féminine.

« C’est jouissif pour moi de pouvoir mesurer l’état d’excitation ou de suivre la progression du plaisir de ma femme rien qu’en touchant son clitoris, celui-ci grossissant au fur et à mesure »

Autrefois pratiquée par les parents sur leurs filles, le « gukuna » est aussi voulue par la jeune fille elle-même qui fait le choix de le faire sans que les parents le sachent. C’est le cas de Mwali Zuena, 28 ans, mariée depuis un an. Cette tanzanienne de Dar-ES-Salaam a connu cette pratique quand elle avait 16 ans : « Toutes mes copines l’avaient déjà fait, sauf moi. Une amie m’en avait parlé en détail, sur la façon de le faire. J’étais fascinée. J’ai donc tiré mes lèvres pendant presque un mois selon les indications de mon amie. Je le faisais moi-même avec le beurre de vache mélangé avec une poudre offerte par mon amie qui avait de l’expérience. Certains soirs, j’oubliais de le faire et je m’endormais. Les petites lèvres ont commencé à grandir j’ai arrêté de m’en occuper parce que j’avais mal quand je portais des jeans. Mon mari adore mes petites lèvres gonflées parce que son organe est caressé par mes grosses petites lèvres lors du coït. Ça me permet de prendre du plaisir et je jouis plus vite.»

La pratique de « Gukuna » avantage les hommes qui reçoivent beaucoup de plaisir, comme en témoigne Rick Sambi, 39 ans, un jeune togolais vivant avec une Rwandaise : « Toutes les fois que je regarde la nudité de ma femme, mon attention se fixe d’abord sur ses petites lèvres et son clitoris particulièrement bien développé au point de ressembler parfois à un sexe de petit garçon, et ça déclenche mon excitation presque automatiquement. Mais mieux, c’est jouissif pour moi de pouvoir mesurer l’état d’excitation ou de suivre la progression du plaisir de ma femme rien qu’en touchant son clitoris, celui-ci grossissant au fur et à mesure…en fait, c’est ma langue, mes lèvres, mon organe, mes doigts, tous, qui célèbrent ce bouton d’amour. Vraiment génial, le «Gukuna». Vraiment ».

Clitoris (Photo Wikimedia Lamilli)

Dans certains pays d’Afrique Centrale comme le Burundi la pratique de «Gukuna » est entourée d’ « ibange », le secret. Même si cette pratique est connue, elle se fait dans le secret absolu. Personne n’ose dire qu’elle l’a pratiquée. «On le fait mais on en parle pas en famille. Pour nos parents, c’est une pratique des Congolais ou des Tanzaniens. Nous n’oserons jamais en parler avec nos mamans ou nos tantes.» Raconte Reine Kaneza, 28 ans. Elle ajoute qu’il faut savoir bien entretenir cette partie du corps avec une hygiène appropriée par le lavage avec de l’eau seulement ou des fois utiliser des produits non agressifs mais pharmaceutiques. Certaines filles ont du mal à porter des sous-vêtements en string si elles après avoir trop étiré les petites lèvres. « Si tu portes un string, il entre souvent entre les petites lèvres, les agresses et tu risques de te faire mal. Il vaut mieux adopter des sous-vêtements simples en coton. Et bien ajuster les lèvres selon leur taille.». Pour Reine Kaneza : « Vaut mieux s’occuper de son petit bouton parce qu’il existe une différence de plaisir ressenti surtout avec un partenaire qui connait la technique sexuelle du « Kunyaza ».

Quelques conseils s’imposent pour mieux gérer cette partie du corps de la femme. On peut «gukuna» avec de l’huile ou du beurre de vache. Des fois mélangées avec certaines poudres de racines. Il faut ajouter que les petites lèvres tirées demandent un peu plus de propreté parce qu’elles sont dehors, comme le souligne Mwali Zuena, il faut souvent les laver avec de l’eau et non pas juste nettoyer avec du papier hygiénique. Autrement, les infections ne sont pas loin.