Les lutteurs portent des gris-gris ou autres objets protecteurs, font recours aux « xoon » (amulettes, eau bénite…) et aux sacrifices pour augmenter leurs chances de gagner. Ces rituels, héritage des croyances animistes, crée la tensions autour de cette lutte et lui donnent de airs de ballets de magies.

Pour Abdoulaye Marone, chroniqueur de lutte au quotidien sportif ‘Sunu Lamb’, le mystique écarte tout danger et permet d’avoir de la force qui rend le corps invulnérable. C’est une façon de se protéger contre le mauvais œil et la mauvaise langue.

Le lutteur Yahya Diop dit Yikini en pleine préparation mystique

Répondant aux étudiants en journalisme de la 41e promotion au Cesti (école de journalisme de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar), Abdoulaye Marone, spécialiste en lutte sénégalaise a fait la lumière sur la différence entre certaines actions mystiques

D’une part, il y a les « xarfafoufa » (eau bénite mélangée avec des feuilles et plantes). Il s’agit des objets que les lutteurs utilisent. C’est ce qu’on peut voir et tenir. On peut citer les «Senghor », des amulettes fabriquées à partir de cornes d’animaux, des cauris et de nœuds effectués sur un bandeau en coton. Il y a le « safara » constitué d’un liquide précieux, les ficelles à effet magique, les « khambs », les « thiourays » ou encens, les « soungoufs », les « sothious » ou cures dents, et d’autres objets que l’on peut porter sur le corps.

D’autre part, il y a les « débadébes », un ensemble des préparatifs mystiques. On y retrouve le « diate », incantation visant à calmer les maux, les esprits ou les efforts nocifs de l’adversaire. Il y a aussi le « niane » et le « lémou », des prières de protection d’origine traditionnelle ou islamique.

Des bouteilles remplie d’eau bénite dite « Sarafa » en langue wolof ( Crédit photo: Cahiers de l’aternance, Cesti, 2011)

Ces rituels et produits magico-religieux, permettent  de tromper, faire peur ou déconcentrer son adversaire de combat.

Abdoulaye Marone estime qu’on ne peut pas imaginer la lutte sénégalaise sans cette part de mystique : « Pour gagner un combat, c’est tout une chaîne, et le mystique ne constitue qu’une infime partie dans la préparation d’un combat, sinon, il n’y aurait pas de vaincu dans l’arène. Sans le mystique, la lutte serait fade et n’aurait pas de sens ».

« On ne pensait pas que les Sénégalais pousseraient l’audace jusqu’à tuer des albinos, forniquer dans les cimetières en couchant avec des morts, préparer de la soupe de viande dans les cimetières, ouvrir la bouche d’un cadavre, entre autres »

Régression de la mentalité sénégalaise

Dans son livre intitulé ‘’divination, marabout, destin’’, le professeur Ibrahima Sow dit que parfois les pratiques mystiques vont trop loin :

« Le phénomène a pris de l’ampleur avec la lutte mais dans tous les sports, les marabouts ont exploité des cadavres, des linceuls, des tombeaux’’(…) On ne pensait pas que les Sénégalais pousseraient l’audace jusqu’à tuer des albinos, forniquer dans les cimetières en couchant avec des morts, préparer de la soupe de viande dans les cimetières, ouvrir la bouche d’un cadavre, entre autres. C’est une barbarie ignoble, des actes d’anthropophagie à condamner ».

Pr Ibrahima Sow, Directeur du laboratoire imaginaire de l’IFAN de l’univesité de Cheikh Anta Diop de Dakar

Le professeur pense qu’« on assiste à une régression de la mentalité sénégalaise » et que les acteurs de ce combat doivent revoir l’éthique religieuse et morale :

« Il faut développer ses capacités et miser sur son potentiel pour réussir et gravir des échelons. Mais le mérite n’est plus la base du succès. C’est le marabout qui joue ce rôle, on est dans une société qui pense que les forces magiques ont plus de pouvoir que nos capacités individuelles et c’est triste. La logique de l’imaginaire et du rationnel prend le dessus ».

Qu’on y croit ou non, les pratiques mystiques sont bien incrustées dans le quotidien des Sénégalais.