C’est le cas de ces étudiantes en troisième année de licence dans une des universités de Dakar: «Mon choix pour le journalisme ne relève pas du hasard », raconte Madeleine. J’ai choisi le journalisme parce que c’est un excellent moyen d’alourdir son carnet d’adresse. Dans ce pays, si tu ne connais, tu n’es personne ».

Pour Nafissa, c’est sa beauté qui a été décisive dans le choix de son futur métier : « Lorsque j’ai eu le bac, j’étais assez indécise au sujet de ce que je voulais faire de ma vie. Je ne savais pas quel métier choisir d’apprendre. Des amis m’ont alors suggéré de suivre des études en journalisme parce que je suis belle et que je pourrais y percer facilement».

 « Qu’on ne se voile pas la face. Quand tu es belle, les télévisions te prennent. C’est une réalité, et j’en profite. » renchérit Maimouna, convaincue que le journalisme est une profession aux œufs d’or : « Quand tu es dans ce milieu, tu as énormément de chances de te faire connaitre, de te faire plein de contacts, et même de te trouver un bon mari, plein aux as ».

Pour les garçons, le journalisme est une clé pouvant ouvrir toutes les portes : « Je ne pense pas faire du journalisme mon métier », dit Abdou Karim. « Ce qui me plait c’est l’animation. Mais, je veux passer par ce stade afin d’avoir un diplôme en journalisme et prendre mon envol dans l’animation » Son ami Christian le rejoint : « Je suis mannequin. Je sais que je ferai un bon présentateur d’émission dans cette branche du mannequinat. Le journalisme proprement dit, surtout la presse écrite, ne m’intéresse nullement. »

Et le bagage intellectuel, qu’en font-ils ?

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Les motivations de ces futurs journalistes ne surprennent pas Mr Abdourahmane Hanne, professeur en presse écrite: « Il est vrai que le journalisme est assez prisé par la gente féminine. Cela fait huit ans maintenant que j’exerce comme enseignant en presse écrite et je peux affirmer et confirmer que les filles ne se sont jamais autant intéressées à ce métier. Mais, il est nécessaire de préciser que ce tremplin ne date pas aujourd’hui. Et le fait que certaines d’entre elles optent pour cette profession juste pour se faire un nom, avoir une  certaine renommée, se trouver un mari dans la haute-société ne me surprend pas. La plupart d’entre elles sont dépourvues du talent de journaliste. Aussi bien leur écriture que leur niveau de français laisse à désirer. Je suis plus choqué quand je vois certains de mes étudiants prendre ce métier noble comme un simple outil pour accéder à la gloire et se remplir les poches. J’en ai la certitude car, vu leurs notes, ils ne s’intéressent nullement aux tenants et aboutissants du métier. Je ne compte plus le nombre de foi qu’on a eu, mes étudiants et moi, à faire des échanges par rapport à leurs motivations, à ce qui les a poussés à vouloir embrasser ce métier. Sans ciller, aussi bien les filles que les garçons reconnaissent qu’elles n’y sont pas par vocation ».

Et pourquoi alors les Sénégalaises et les Sénégalais épousent ce métier ni par passion ni par vocation ? « Dans l’esprit de bons nombres de Sénégalais, c’est un métier que tout le monde peut faire et y trouver la réussite. Ils pensent c’est la profession la plus facile au Sénégal», répond M. Hanne.

Mais le professeur pense que les étudiants et les étudiantes ne sont pas les seuls responsables : « Les patrons de presse eux même ne sont pas en reste. Il est vrai que la télévision requiert d’avoir certaines prédispositions physiques, tels que le charisme, la prestance, la beauté. Mais, les bagages intellectuels, qu’en font- ils ? »

Conséquences ? « Si ces filles tombent sur un patron de presse véreux, dépourvu de scrupule, sachant qu’elles sont prêtes à tout pour voir leur image passer à la télé, on sait ce qui pourrait se passer. Il y a 98% de chance qu’elles succombent à la tentation. Les conséquences sont ni plus ni moins que la débauche. Leur ambition démesurée pourrait leur faire commettre l’irréparable. Et, ce sont elles qui en pâtiront le plus », conclut M. Hanne.

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