L’Afrique peut se targuer d’être parmi les continents les plus privilégiés en matière de ressources naturelles, pour ne pas dire le plus privilégié. La plupart des matières premières utilisées en cosmétique, en habillement ou en alimentation viennent principalement de notre continent, par exemple. Ces matières premières sont très recherchées à cause de leur prix abordable et après transformation elles deviennent très prisées partout en Afrique jusqu’en occident. Depuis quelques années, le consommer local est devenu un phénomène qui rencontre beaucoup de succès auprès de certaines populations. Naît peut-être ainsi un mouvement par rapport auquel les Africains ne doivent pas, cette fois au moins, rester à l’écart.

Depuis 2014, j’ai commencé à m’intéresser au savon bio à cause de ma peau qui ne supportait plus n’importe quel savon. Je me suis alors focalisée sur le beurre de Karité vu ses multiples avantages sur notre peau. La production de « Malayika » a commencé depuis 2016

Le « Locavorisme ». Depuis 2005, un mouvement qui encourage la consommation de nourriture et produits alimentaires locaux dans un rayon de 250 kilomètres maximum autour de son lieu d’habitation. On appelle « Locavore» une personne qui adhère au mouvement du locavorisme. Il faut juste respecter quelques principes comme la consommation des produits frais et de saison issus d’une production durable et écologique et surtout s’approvisionner dans le voisinage. Cette tendance à consommer local nécessite le changement de notre façon de vivre. Il faut aller jusqu’à la modification de son régime alimentaire. Ce mouvement « Locavorisme » est tout de même critiqué par les « Distavores » qui, quant à eux, prônent la consommation qui doit être un moment de plaisir et non de privation au nom de la coresponsabilité. Pour eux, le « Locavorisme » serait un frein pour l’économie des pays en voie de développement ou émergent. Toute polémique mise à part, il y a tout de même de bonnes raisons de préférer consommer local.

La légende raconte que même la Reine Egyptienne Nefertiti devait sa légendaire beauté au beurre de Karité! Un beurre de Karité qui, longtemps utilisé dans la l’industrie cosmétique industrielle, a aussi donné des idées à des entrepreneurs locaux qui ont besoin d’être soutenus

En effet, les fruits, légumes ou autres produits alimentaires locaux peuvent avoir un goût unique et savoureux et surtout, ils peuvent être frais et sains. Ces aliments sont, dans certains cas et particulièrement en Afrique, plus biologiques et produits à l’abri de coches épaisses de pesticides. Leurs acheminements ne demandent pas trop de logistique pour être mis à disposition. Ils sont à portée de panier. Consommer local permet de soutenir nos agriculteurs locaux qui, contrairement aux gros producteurs industriels, gère leurs exploitation dans des conditions relativement plus saines. Les soutenir c’est aussi soutenir le développement du secteur agricole de nos pays. Mais pas seulement, puisqu’il y a aussi tous les secteurs d’activité qui y sont liés.

En Afrique, consommer local est également possible dans le cosmétique. L’un des produits les plus utilisés et célèbre est le beurre de Karité. Karité signifie en Wolof « arbre à beurre ». Son beurre est issu des noix de l’arbre de Karité, issu d’un arbre qui porte le même nom. Cet arbre ne pousse que dans les savanes du Sahel, de l’Afrique de l’Ouest et du Centre uniquement. Le Nigeria est le premier producteur de ce produit sur le continent. En cosmétique, le Karité est utilisé pour les soins du visage, des cheveux et du corps. Il est aussi utilisé dans les produits alimentaires. La légende raconte que même la Reine Egyptienne Nefertiti devait sa légendaire beauté au beurre de Karité! Un beurre de Karité qui, longtemps utilisé dans la l’industrie cosmétique industrielle, a aussi donné des idées à des entrepreneurs locaux qui ont besoin d’être soutenus.

Parmi les produits corporels de beauté dont les ingrédients viennent d’Afrique, il y a des savons à l’instar de « Malayika » qui signifie « Ange » en Swahili. Produit au Bénin. Ce savon auquel on attribue des vertus « miraculeuses ». Graziella Nineza, une burundaise de 30 ans, installée au Benin, qui s’est lancée dans l’entreprenariat raconte : « Depuis 2014, j’ai commencé à m’intéresser au savon bio à cause de ma peau qui ne supportait plus n’importe quel savon. Je me suis alors focalisée sur le beurre de Karité vu ses multiples avantages sur notre peau. La production de « Malayika » a commencé depuis 2016. Pour le moment je ne le vends qu’aux amis et connaissances ainsi qu’aux voisins parce que je ne produis qu’une trentaine de pains de savon durant mon temps libre le soir. »

Produits Sewame Kreation exposés à Cotonou

Dans un autre registre, certains entrepreneurs sont allés plus loin selonla taille du marché à satisfaire. Prenons l’industrie de l’habillement, par exemple. Installée en France, conseillère vente chez Zara puis conseillère de mode pour la marque Caroll, une jeune béninoise de 37 ans a décidé de créer «Sènawé», une composition de deux prénoms des jumelles Sènami et Sètchewé. La marque « Senawe Kreation » a été déposée en 2012 en France. En 2016 cette marque a organisé son premier fashion show à Cotonou. L’initiatrice raconte : « Nous avons commencé avec l’habillement des jeunes filles et femmes. C’est quand nous avons décidé de nous implanter en Afrique, notamment au Benin, que nous avons remarqué qu’il fallait honorer les enfants. Après nos études de marché concernant le Benin, nous avons constaté qu’en dehors des friperies et des vêtements made in China, pas toujours de bonne qualité, il n’y avait que très peu de vêtements faits localement pour les enfants en dehors de l’offre des couturiers caractérisés par le long temps d’attente pour confectionner un habit. Nous avons alors lancé la première gamme prêt-à-porter enfants made in Africa. »

Certaines personnalités ont décidé de consommer essentiellement local en habillement. C’est le cas du grand Nelson Mandela qui s’habillait souvent en chemises taillées dans du tissu aux motifs typiquement africains. Son couturier était Pathe’o surnommé « l’homme qui habille les Présidents ». Faire porter des vêtements uniques et originaux avec une empreinte culturelle endogène marquée, pourrait résumer sa marque de fabrique. L’achat d’un habit local n’est pas réservé seulement aux personnes fortunées. Le prix n’est pas toujours plus que la plupart des produits importés. Il est donc possible de porter des habits de chez nous tous les jours. Pour la créatrice de la marque « Senawe Kreation » : « Le made in Africa a de beaux jours devant lui…Non seulement notre volonté est de consommer local mais c’est aussi de l’exporter vers l’Occident.» Le prêt-à-porter pour hommes sera disponible à partir de 2018.

Certes, le chemin est long pour atteindre un taux maximum de consommation de produits locaux, mais le potentiel est là ! Il existe un nombre impressionnant de produits d’Afrique dont on peut se servir pour asseoir le réflexe du Consommer local. En fait, en consommant essentiellement local, le consommateur fait des économies puisqu’à qualité égale le prix de certains produits peut être relativement moins élevé. L’économie d’échelle va jouer et il y aura création d’emplois au niveau local, une meilleure stabilité sociale, moins de tentatives suicidaires d’émigration et une affirmation culturelle de notre identité africaine. C’est salutaire pour l’Afrique noire notamment, et pour son rayonnement. Alors, soutenons davantage nos chers artisans, artistes, agriculteurs et autres entrepreneurs qui travaillent à la promotion d’un label essentiellement local. Devenons toutes et tous des adeptes du « Locavorisme ».