Le mannequin était appelé « sosie » au 19eme siècle, parce qu’il était amené à ressembler aux clients. Le mot « mannequin » apparait vers le 20ème siècle. Le mannequin était « une personne qui pose ou s’expose pour valoriser les produits de l’industrie de la mode », selon Wikipédia. Le mannequinat était au départ un métier purement féminin. Surtout réservé au monde occidental. Aujourd’hui, le métier a évolué ; les hommes deviennent mannequins, des tops modèles au même titre que les femmes, et les mannequins sont de toutes les races de la Terre.

Je possède plusieurs types de mannequin : des ‘‘normaux’’ et des ‘‘ronds’’. Mais c’est le critère taille qui l’emporte : un minimum de 1.73 m pour les filles et de 1.80 m pour les hommes.

Longtemps considéré comme un métier peu noble, aujourd’hui le mannequinat a pris une grande de la valeur et attire des jeunes africains qui, vaille que vaille, se lancent dans l’un des plus difficiles métiers du monde de la mode. Inspirés, pour la plupart, par des mannequins de renommée, ces jeunes Africains y trouvent un moyen comme un autre de gagner leur vie, si tant est qu’ils possèdent les atouts recherchés par les agences de mannequins. Et justement depuis quelques années en Afrique, ces agences de multiplient, à la recherche du physique exceptionnel pour remplir les exigences de clients qui sont pour la plupart des maisons de couture, des agences de publicité, des magazines de mode, etc.

Carlos Kpodiefin est un jeune béninois de 33 ans, directeur et chorégraphe à Eleganss, une agence de mode, beauté et bien-être « Je possède plusieurs types de mannequin : des ‘‘normaux’’ et des ‘‘ronds’’. Mais c’est le critère taille qui l’emporte : un minimum de 1.73 m pour les filles et de 1.80 m pour les hommes

En général, en Afrique, pour qu’un mannequin puisse vivre de son métier, le parcours n’est pas aisé. « Le mannequin ne peut pas encore vivre de son métier. Le paiement dépend de ce que les stylistes, promoteurs d’évènements et autres clients, sont disposés à payer.» reconnaît Carlos Kpodiefin.

Ange-Nicole Mahoro, mannequin burundais évoluant en Ouganda (Photo Gatimo )

Malgré tout, certains mannequins africains réussissent à faire un parcours sans-faute en un court laps de temps. C’est le cas d’Ange-Nicole Mahoro, mannequin professionnel de 23 ans, évoluant en Ouganda. « J’ai commencé par faire des photos pour aider mon frère designer, Guy Maza, pour présenter ses créations, avant d’être remarquée par le photographe Hervé Cishahayo (H Photography). C’était en 2011. Depuis, j’ai travaillé avec beaucoup de photographes connus comme Jimmy Nzi, Chris Schwagga ou des grands photographes comme Giulio Molfese, Gatimo Photography et bien d’autres.» Ange-Nicole se dit privilégiée et contente de travailler dans le mannequinat : « Je voyage souvent pour participer aux Fashion weeks organisés ici et là. Et j’ai déjà porté des créations de plus de 30 différents designers et fait plusieurs centaines de photos de publicité.» Ange-Nicole conseille aux autres jeunes filles de « surtout se fixer des objectifs et de rester le plus professionnel possible parce que il y a beaucoup de compétition pour un petit marché en Afrique où existe le favoritisme

En plus des difficultés liées au métier, les mannequins doivent aussi faire face à la presse sociale. Bien des parents ne veulent pas que leurs enfants se tournent vers ce métier, « parce que on s’expose, que certaines parties du corps sont nues et montrées au public, surtout masculin !», se plaint une maman de 54 ans, qui n’a pas voulu que sa benjamine de 22 ans se lance dans ce « métier pas bien pour les jeunes filles ». Le Béninois Carlos Kpodiefin, directeur de l’agence de mode Eleganss, confirme ces contraintes sociales : « actuellement être mannequin n’est pas bien vu dans notre société, c’est toujours vu comme une dépravation des mœurs et de la prostitution chez la fille.» De plus, Carlos déplore « le manque de reconnaissance formelle du métier de mannequinat à l’instar des autres métiers d’artiste et d’artisan. »

« Plus d’une semaine de prise de photos pour une douzaine d’images à retenir, et une attente de trois mois pour que je sois payé. Je ne voulais plus continuer. Mon rêve s’est arrêté là »

Découragés par les longs castings, les refus et les contrats qui restent à l’étape de projet, certains abandonnent, préférant se tourner vers une autre carrière. En effet, pour avoir la chance d’être sélectionné, l’attente peut être longue. Il faut avoir un mental d’acier et la ferme volonté d’accomplir ses rêves. Seuls les plus endurants y arrivent… C’est le cas de Lionnel Yao, un jeune ivoirien de 23 ans qui s’est finalement tourné vers la radio : « Je venais juste de débuter comme mannequin. J’ai arrêté juste après avoir eu mon premier contrat pour faire des photos à mettre sur des calendriers. Plus d’une semaine de prise de photos pour une douzaine d’images à retenir, et une attente de trois mois pour que je sois payé. Je ne voulais plus continuer. Mon rêve s’est arrêté là. Un autre a commencé. »

Et pour ne rien arranger, arnaqueurs et/ou proxénètes aussi prospèrent dans le mannequinat. Pour certaines agences, disposer de mannequins, « c’est un moyen d’avoir des filles à leur portée. Plusieurs agences font du proxénétisme sous cap. Elles proposent leurs mannequins à leurs potentiels clients et sponsors d’évènements qui n’hésitent pas à avoir des filles en contrepartie de leur soutien », confie Carlos. Certaines filles se laissent faire en acceptant les avances et promesses non tenues par des chefs d’agence. « Ça arrive parce qu’elles n’ont personne pour les conseiller et les guider », ajoute-t-il.

« …dans le métier de mannequinat, il faut travailler dur, prendre soin de son corps et être prêt à se battre pour se faire une place. Il faut surtout éviter d’utiliser son corps comme moyen pour vite évoluer« 

Il est vrai que le mannequinat est l’un des métiers difficilement accessibles à l’échelle internationale pour des jeunes africains. Mais parmi les mannequins africains, il y en a qui se sont distingués par leur beauté physique unique et font aujourd’hui partie de l’élite. Venus d’Afrique, ils sont des égéries de plusieurs marques et ont travaillé pour des maisons de mode réputées. Ils sont passés sur presque tous les grands podiums de ce monde. Il s’agit des plus connus comme la somalienne Iman Mohamed Abdoulmajid, la tanzanienne Herieth Paul, la sénégalaise Nala Diagouraga, entre autres. Un dénominateur commun doit caractériser tous ces « grands » du mannequinat : le travail constant, l’effort et les sacrifices pour rester au sommet. Carlos le conseille en ces termes « entrer dans le métier de mannequinat d’abord par passion, ensuite il faut travailler dur, prendre soin de son corps et être prêt à se battre pour se faire une place. Il faut surtout éviter d’utiliser son corps comme moyen pour vite évoluer». Les mannequins africains qui se sont rendues célèbres ont dû appliquer ces principes. Ils ont fait leur temps et continuent de faire parler d’eux en restant très actifs, pour différentes causes.

Princesse Katamari, à la Une d’un magazine de mode

Les causes embrassées sont habituellement d’ordre économique, social ou humanitaire. Pour le cas de l’humanitaire, certains mannequins connus sont devenus des ambassadeurs de différentes causes. C’est le cas de la princesse burundaise Esther Kamatari. Exilée en France depuis 1970, Princesse Esther est la première candidate à une élection présidentielle en Afrique, elle est le premier mannequin noir en France et la 1ere noire à défiler pour les plus grandes maisons de couture Lanvin et Dior à Paris. Depuis 2015, elle a intégré les égéries de Guerlain en devenant leur ambassadrice. Toujours habillée en blanc, la princesse Kamatari incarne l’élégance, la grâce et la beauté avec une belle peau d’ébène. Elle incite souvent les femmes à être fières d’elles-mêmes et d’assumer leur beauté. Aujourd’hui, la Princesse Esther Kamatari se distingue par ses engagements humanitaires.

A tous ceux qui se sont déjà lancés dans ce métier, il faut persévérer parce que d’autres avant vous ont connu les mêmes difficultés, ont dû affronter les mêmes regards désapprobateurs, ont commis les mêmes erreurs et évité les mêmes pièges, mais ils ont pu en arriver à arpenter les plus grands podiums des grandes villes de ce monde comme Londres, New York, Milan, Paris et autres, et font jusqu’aujourd’hui la fierté de l’Afrique.