Joseph Kabila organisera-t-il des élections en décembre 2017 comme promis lors de l’accord signé sous l’égide de l’Eglise catholique le 31 décembre 2016 ? Voilà la réponse qu’il a donnée à DER SPIEGEL : « Je n’ai promis rien du tout! J’aimerais que les élections aient lieu le plus tôt possible. Mais nous voulons des élections parfaites, pas n’importe quelles élections. Et c’est la commission électorale qui organise les élections dans ce pays. Nous avons une commission indépendante qui, conformément à notre constitution, est chargée d’organiser les élections. Cette commission travaille déjà et les résultats sont positifs. Nous nous dirigeons vers 24 millions d’électeurs déjà inscrits. Nous avançons ».

« Je n’ai promis rien du tout! » Cette réponse montre que Kabila a signé l’accord de décembre 2016, non pas de bonne fois, mais pour gagner du temps. Il fallait calmer l’opposition,  il lui a donc promis ce qu’elle voulait entendre. Mais comme disent les cyniques en politique, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. En lisant cette interview, ça devient clair que Kabila n’y a jamais cru. S’il n’a pas organisé les élections en 2016, alors qu’il les avait organisé en 2011, ce n’est pas parce qu’il ne l’a pas pu, c’est parce qu’il ne l’a pas voulu. Et il ne le veut toujours pas, quoi qu’il dise.
Et s’il n’organise pas d’élections, quittera-t-il le pouvoir ? Bien sûr que non. Le pays tomberait dans le chaos, dit-il. Ce qui est faux.
En réalité, la RDC est déjà dans le chaos institutionnel, puisque qu’il n’y a pas de pouvoir élu et légitime. La meilleure chose qui pourrait arriver à la République Démocratique du Congo est de le doter de nouvelles institutions élues, et le plus tôt sera le mieux. Sinon, le chaos risque de devenir prendra plus d’ampleur. Et si le Gouvernement de Kabila ne veut pas organiser les élections, il est temps qu’il aille à la retraite et laisse le faire ceux qui le veulent et le peuvent. Ainsi, les Congolais pourront mettre en place un gouvernement de transition, sans Kabila, qui pourra organiser des élections en bonne et due forme, et la RDC pourra partir sur de nouvelles bases.

Les dirigeants d’Afrique centrale ne feront pas pression sur lui
Mais la grande question est : qui le fera partir ? Ida Sawyer, directrice de Human Rights Watch pour l’Afrique centrale, propose que les pays voisins fassent pression sur le « Rais », lit-on dans Jeune Afrique : « Les dirigeants régionaux devraient exercer des pressions sur le gouvernement de Kabila pour qu’il mette fin aux abus et organise d’urgence des élections crédibles » à la fin de cette année, a déclaré à l’AFP Ida Sawyer, directrice de HRW pour l’Afrique centrale. « Nous parlons des dirigeants de l’Union africaine mais aussi de l’Afrique centrale et de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), notamment l’Angola », a-t-elle précisé. Ces pressions peuvent « inclure des déclarations publiques et/ou des conséquences dans leurs relations bilatérales avec la RDC » .
Ce serait bien que les pays d’Afrique centrale fassent pour la RDC ce que la CEDEAO a fait pour la Gambie en obligeant le dictateur Yahya Jammeh à quitter le pouvoir. Mais pour le faire, il faudrait que ces pays soient soucieux du respect de la Constitution et des normes démocratiques, puisque c’est ça que Kabila met en cause en se maintenant au pouvoir illégalement. Le problème, c’est que presque tous les dirigeants d’Afrique centrale bafouent les droits de l’homme et manipulent les élections, ce serait étonnant qu’ils poussent Kabila à respecter des règles qu’ils ne respectent pas chez eux. L’Union africaine elle, est impuissante.
C’est clair : les Congolais devront compter sur leur propre force pour faire respecter leur Constitution et rétablir la légitimité à la tête de leur pays.