« La découverte du pétrole en 1991 a eu le potentiel de changer la fortune de la Guinée équatoriale, et elle l’a fait à bien des égards. Avant la découverte du pétrole, le revenu total du pays était de 132 millions de dollars américains, soit 330 dollars par habitant. Au cours de la décennie suivante, le produit intérieur brut (PIB) par habitant a augmenté de façon significative, comparable à celui de nombreux pays industrialisés, atteignant un sommet en 2012 de 19 milliards de dollars (24 304 dollars par habitant). Cependant, la production de pétrole a diminué depuis 2012, et le pétrole devrait expirer d’ici 2035, à moins que de nouvelles réserves ne soient trouvées », révèle HRW dans un rapport publié ce jeudi 15 juin.

Pour que cet argent qui coule à flots profite à la population, il faudrait que le gouvernement l’investisse dans des programmes sociaux qui améliorent la vie des plus pauvres, comme la santé ou l’éducation. Or, dit HRW dans son rapport, la Guinée équatoriale a dépensé seulement 3% de son budget en 2011 pour financer l’éducation et moins de 2% sur la santé publique. 45 autres pays avec un PIB similaire ont dépensé au moins quatre fois plus sur l’éducation et la santé pendant la même période.

Où va l’argent alors ?
La grande quantité de l’argent du pétrole est investie dans la construction des infrastructures : routes, aéroports, des ports, etc. Pour le président Teodoro Obiang Nguema, qui dirige ce petit pays de moins d’un million d’habitants depuis qu’il a renversé son oncle en 1979, c’est un moyen de bâtir une économie moderne. Mais le problème est que les contrats publics sont donnés aux entreprises qui appartiennent en partie ou en totalité au président de la République, a sa femme, à ses enfants ou aux autres membres de la famille et du gouvernement. Ces entreprises deviennent des canaux pour acheminer l’argent public vers les comptes privés des serviteurs du gouvernement. Des hommes d’affaires ont dit aux chercheurs de HRW qu’ils sont encouragés par les officiels du gouvernement à surévaluer leurs contrats publics pour ensuite donner le plus de commissions possibles à ces fonctionnaires.

Ce rapport de HRW s’ajoute à d’autres recherches qui ont été faites sur la corruption en guinée équatoriale. En 2004, des investigations du Sénat des Etats-Unis chez Riggs Bank, une banque commerciale basée à Washington, a montré que plusieurs millions de dollars ont été transférés des comptes qui gèrent l’argent du pétrole du pays vers les comptes contrôlés par le président de la République. Des enquêteurs sur le blanchiment d’argent disent que le fils du président Teodorin, qui a été nommé vice-président en juin 2016, a dépensé dans l’espace de 5 ans, 110 millions de dollars aux Etats-Unis et 175 millions d’euros en France. Les enquêteurs soupçonnent que cet argent provient du trésor public de la Guinée équatoriale.

En Espagne, des enquêtes sont en cours sur des officiels du gouvernement qui auraient acheté des propriétés avec de l’argent provenant des comptes de l’argent du pétrole de Riggs Bank. En Italie, la police financière, en enquêtant sur l’une des grandes compagnies de construction dans le pays, a découvert des millions de dollars liés à un réseau de comptes bancaires appartenant au président de la République ou à son fils.

Pour HRW, tout cet argent détourné par les dirigeants devrait être investi dans l’éducation ou la santé pour être utile à la population

Négligence du droit à la santé

La Guinée équatoriale occupe la 138e place sur 188 pays sur l’Index du développement humain du Programme des Nations Unies pour le Développement. Cette performance est similaire à celles des pays comme le Ghana ou la Zambie, même le si le revenu par habitant de la Guinée Bissau est cinq fois plus grand que celui des deux pays.
En plus, plus de la moitié de la population de Guinée équatoriale n’a pas accès à l’eau potable, une situation qui n’a pas évolué depuis 1995.

Le taux de vaccination des enfants a chuté dramatiquement depuis la fin des années 1990 et est parmi les pires dans le monde. Par exemple, le taux de vaccination pour les nouveau-nés et les enfants était de 99% en 1997, 64% en 2014 et 35% en 2015.

Une enquête menée auprès des ménages en 2011 a révélé qu’un enfant sur quatre souffrait d’une déficience physique en raison d’une mauvaise nutrition et que les deux tiers des enfants sont anémiques, de même que la moitié des femmes. La Banque mondiale estime que 60 pour cent des décès sont le résultat de maladies transmissibles ou de maladies évitables prénatales ou liées à la malnutrition.

Négligence du droit à l’éducation

Selon toujours HRW, la situation de l’éducation est même pire qu’avant le boom pétrolier. En 2012, 42 pour cent des enfants en âge d’étudier n’étaient pas a l’école, ce qui est le septième pire taux de scolarisation des enfants dans le monde, souvent caractéristique des pays en guerre.

La moitié des enfants qui commencent l’école primaire ne la finissent pas, et moins d’un quart de ceux qui la finissent vont à l’école secondaire. La plupart des enseignants ne sont pas qualifiés, ce qui donne une faible qualité de l’éducation. D’après les données de l’UNESCO, moins de la moitié des enseignants au primaire ont une qualification.

La situation de la Guinée équatoriale montre que, même si le pays est riche, ses habitants continuent à vivre dans la misère comme si le gouvernement ne veut pas utiliser cet argent pour améliorer la vie de son peuple.