Dans le archives des plus grands quotidiens paraissant à Cotonou, le nom de Erick-Christian Ahounou et les initiales de son agence A.I.D sont visibles dans les colonnes, sur les photographies de plusieurs personnalités et acteurs. Mais c’est son penchant pour les femmes nues qui l’aura révélé davantage au public béninois, africain et même d’ailleurs. Depuis une vingtaine d’années, cet éminent photoreporter valorise la femme africaine à travers le nu. Travail passionnant certes, mais aussi très exigeant. Depuis une vingtaine d’années, il s’y consacre, essuyant tantôt des critiques, tant des appréciations, tantôt des félicitations et par endroit de l’admiration.

Une œuvre du célèbre photojournaliste béninois (photo Erick-Christian Ahounou)

De plus en plus, quelques hommes aux jolies tablettes s’invitent dans les expositions, mais c’est d’abord une affaire de femme, de fesses, de perles, de hanche et de seins.

Personnalités politiques, cadres, étudiantes… Erick-Christian Ahounou les a tous photographiés, nus. Les clichés qui en résultent, souvent osés lui permettent de jouer avec les émotions du public. Etonnement, appréciation, fascination, excitation… le cocktail est varié ! L’inspiration lui est venue d’une envie de présenter la beauté de la femme africaine sous diverses facettes et le résultat ne laisse personne indifférent. De plus en plus, quelques hommes aux jolies tablettes s’invitent dans les expositions, mais c’est d’abord une affaire de femme, de fesses, de perles, de hanche et de seins. « Le travail sur le thème du nu n’est rien d’autre que le regard qu’un photographe africain porte sur ses sœurs et de plus en plus sur ses frères aussi, un travail sur le corps », explique-t-il. Les poses sont osées et fascinantes. Elles donnent à voir de belles coupes, cambrées, des postures qui allient érotisme et beauté. Cette « audace », les visiteurs l’apprécient à sa juste valeur et au fil des jours, les propositions pour passer sous les flashs abondent.

« La séance a duré deux heures. Il m’a laissé me déshabiller et j’ai choisi les perles que je voulais. Durant la séance j’ai pris différentes postures. C’était très sportif, très sérieux et en même temps drôle »

Témoignages

« J’ai voulu me mettre devant son appareil photo car ses photos que je vois sont très belles. On y voit du professionnalisme. Un travail beau et minutieux se fait », apprécie Afiavi, Cotonoise, 25 ans. Par contre, poursuit la jeune fille, « je n’ai pas voulu poser nu car j’ai encore des appréhensions. Se mettre nu devant un autre homme, poser nu ce n’est pas encore accepté dans la société où nous sommes. J’étais gênée », précise-t-elle, un sourire malicieux aux coins des lèvres.

Femme nue (Photo Erick-Christian Ahounou)

D’autres par contre n’ont pas hésité à franchir le pas décisif. Angèle (nom d’emprunt) dit avoir vécu un « moment inoubliable, nue sous l’objectif de Erick-Christian Ahounou. « Je suis tombée un jour sur sa page facebook. J’ai été séduite par ses clichés qui sortent de l’ordinaire. Ça choque d’autres mais moi non. C’est de la sensualité, de l’érotisme. J’avais hâte de voir une de ses expositions », commente cette jeune employée qui officie dans la communication. Cette chance, elle l’obtiendra, au début du mois de mai 2017. En séjour à Cotonou, pour une exposition sur « Erotisme du regard » à l’occasion des Journées Médias Bénin, Angèle rencontre son idole à la suite du vernissage qui a lieu au Stade de l’Amitié. « J’ai rencontré un homme humble qui aime sont travail », témoigne, souriante, celle qui deviendra par la suite un modèle pour Erick. A l’issue des échanges sous forme de préalable et de briefing qui permettent aux deux parties d’accorder leurs violons, rendez-vous est pris pour une séance. « Tout de suite j’ai été séduite par l’idée de poser pour lui. Sans hésiter, il a organisé la séance de shooting un dimanche après midi. J’ai choisi de faire des photos anonymes. Je ne voulais pas qu’on voit mon visage car j’avoue que mon fiancé ne voulait pas trop qu’on voit mon visage », raconte Angèle. « La séance a duré deux heures. Il m’a laissé me déshabiller et j’ai choisi les perles que je voulais. Durant la séance j’ai pris différentes postures. C’était très sportif, très sérieux et en même temps drôle », confesse aussi la jeune fille dont les photographies devraient figurer dans les prochaines expositions du photojournaliste, notamment celle prévue au mois de décembre 2017 à la galerie Houkami à Abidjan en Côte d’ivoire. A la question de savoir le facteur motivant qui l’a conduite à ce shooting, elle martèle que chaque photo a une particularité et dégage des émotions qui vous transportent loin. « Vous découvrez toute la beauté de la femme. Et surtout ça donne des envies d’explorer tout ça », sourit Angèle.

« Je n’ai jamais connu un modèle que j’ai photographié le même jour. Je prends le temps de leur expliquer de quoi retourne le travail »

Un pacte moral

« Ce n’est pas facile de se déshabiller devant un inconnu et d’y rester pendant des heures », admet Erick-Christian Ahounou. Pourtant, les modèles photographiés et exposés par lui se soumettent tous à cet exercice d’un genre particulier sans lequel, ses photographies sur le nu ne sauraient exister. Pour parvenir à ce résultat, le photographe salue le dialogue et même la médiation qui précède les shooting. « Je n’ai jamais forcé une fille à poser et la plupart de mes modèles sont volontaires », rassure le photoreporter.

Propos confirmés par l’un de ses modèles sous anonymat. Pour cette dernière, qui y est allé de gré, les échanges avec Éric Ahounou mettent en confiance et rassurent. Cette phase peut durer plusieurs heures, voire des jours. « Y a même des femmes mariés qui acceptent. Elles viennent parfois avec leurs maris », confesse cette dernière. « Je n’ai jamais connu un modèle que j’ai photographié le même jour. Je prends le temps de leur expliquer de quoi retourne le travail », poursuit Erick de son côté. Lorsque tout est conclu, les modèles passent devant l’objectif du reporter. Deux, trois, quatre, cinq voire six autres ou deux séances pour d’autres pour les moins expertes.

Photo Erick-Christian Ahounou

Gentlemen agreement

Une fois les premières images prises, photographe et modèle se retrouvent pour débriefer. Erick-Christian Ahounou laisse ainsi une possibilité de censure aux photographiées. A cette étape, les modèles suppriment certaines images qui ne leur conviennent pas. Celles-là qui ne les mettraient pas en valeur ou qui pourraient permettre de les identifier. Tout cela se passe sur la base d’un « contrat moral », un gentleman agreement dans lequel chaque partie se fait confiance. Les modèles, faisant foi à la responsabilité du reporter et le reporter lui à la bonne foi de ses sujets. « J’évite de signer un contrat avec les modèles parce je travaille sous anonymat. C’est un engagement que je prends. C’est un pacte beaucoup plus moral », soutient Erick-Christian Ahounou. Mais tout ne se passe pas toujours dans le meilleur des mondes. Des accrochages, des malentendus, des plaintes y passent parfois. Il se rappelle par exemple la survenue un incident mineur à première vue, mais qui aurait pu connaître d’autres bouleversements. Une modèle aurait alors exigé le retrait des photographies querellées de la collection. Toujours est-il qu’il n’y a pas eu scandale selon ses confessions et l’entente a fini par prendre le dessus. L’entente ! Tout semble se passer dans ce « contrat de confiance » sur la base de l’entente. « Je ne considère pas ce que je donne pour le déplacement comme une paye, mais le deal est clair. Je connais les formules de paiement et je sais que je ne peux pas les payer », laisse-t-il entendre.

L’absence de gain et de tous autres intérêts immédiats ou pécuniaires devraient constituer un élément démotivant pour les modèles. Mais c’est plutôt le contraire qui est observé. L’engouement pour passer sous les objectifs du reporter va grandissant. Mais ce n’est pas un choix à perte, nuance Erick. En cas de vente des photos d’un modèle, la paye est partagée à égale partie. Après Cotonou en mai dernier, c’est Abidjan qui accueillera Erick-Christian Ahounou et son package de femmes nues au mois de décembre prochain. Mais ce ne sera pas le dernier voyage « Erotisme du regard » qui a déjà eu la chance de fouler plusieurs capitales européennes, toujours avec le même succès.

Photo Erick-Christian Ahounou

Un passionné qui se fait vieux

Passionné de prise de vue, photographe autodidacte, Erick-Christian Ahounou a eu l’opportunité pendant plus de quatre ans de bénéficier de différentes formations qui lui ont permis de peaufiner son art. Depuis des années, il passe pour le maître absolu en photojournalisme au Bénin. Mais il a préféré s’exiler depuis plus de dix ans à Dakar où il vit avec sa famille, fait office de figure de proue de la presse, surtout après son passage en qualité de chef d’agence à l’Agence africaine de presse. Reuters, Associed press, l’Agence France presse… ont aussi bénéficié de l’expérience de ce professionnel en prise de vue.

Erick-Christian AHOUNOU, photojournaliste béninois

Avant d’en arriver à l’érotique, Erick avait eu d’autres centres d’intérêts comme les scarifications et la vie quotidienne au Bénin… « La durée ce n’est pas moi qui la détermine. Je me fais vieux. Je ne ferais plus bientôt de photos, mais les propositions ne manquent pas. A chaque exposition, certaines modèles passent visiter pour s’assurer qu’elles y sont toujours », sourit-il. Trop vieux peut-être pour s’isoler des filles nues et des objectifs ? Le parcours de l’homme le prédestine si on s’en tient à ses confidences à d’autres chantiers. L’objectif final c’est de faire des textes poétiques pour accompagner les photos et en faire un livre qui valorise et magnifie le corps de la femme, projette le photographe. En attendant d’en arriver là, « Erotisme du regard » fait son bout de chemin. Déjà 20 ans qu’elle a vu le jour, mais l’exposition continue d’être au centre de mille et une attractions. Au Burkina Faso, au Togo, en France, en Finlande… sans oublier le Bénin où elle a été souvent présentée au public, l’exposition draine du monde. Preuve, pense son géniteur, que le nu n’est plus un sujet tabou.