Ralentissement sur la voie qui mène au Carrefour de la vie. Idia vient des deux plateaux. Cinq heures d’animation radio, puis direction Cocody centre. Dans trente minutes elle sera en retard, mais ça va. Après le feu, la circulation se détend. Elle doit enregistrer des voix off avant de poursuivre à la Palmeraie offrir un showcase. Elle est aussi chanteuse. Et Abidjanaise.

Maman d’un petit garçon, la jeune femme qui approche doucement la trentaine, fait un constat clair : « A Abidjan, rares sont ces personnes qui ne vivent que d’un seul revenu. »

A l’image d’Idia, les jeunes femmes à Abidjan, courent, et rien ne semble les arrêter.

Abidjan, carrefour des possibles

La Capitale économique de la Côte d’Ivoire est un hub d’opportunités de toutes sortes qui comblent plus ou moins la cherté de la vie. Abidjan, on s’en plaint, mais difficile de la quitter. Il faut dire qu’elle est attractive. Depuis quelques années, de nombreuses enseignes internationales y ont posé valise. Restaurants, Cafés, Centre commerciaux, Boutiques, Médias… La phrase culte « Abidjan est le plus doux au monde » prend tout son sens.

L’abidjanaise exprime ce qu’elle veut sans complexe. Photo- Hug Lionel

Il souffle dans le même temps un vent de dynamisme qu’on pourrait apprécier avec l’ouverture de différents espaces de co-working, la création de PME, l’installation de grandes entreprises, l’organisation de rencontres professionnelles. Quoique persiste une insuffisance de ressources face à une démographie galopante et une répartition des richesses à améliorer.

Dans ce paysage, les femmes s’imposent en figures incontournables. Entre le statut de Working Girl et Lifeuse, elles ne s’embarrassent d’aucun complexe.

Seul le travail paie

Quand on demande à une brochette de jeunes femmes vivant à Abidjan ce qu’elles font dans la vie, une diversité de réponses survient : « Salariée », « Entrepreneure », « Etudiante », « Etudiante et commerçante », « Salariée et entrepreneure ». Même la femme au foyer que l’on croit consacrée uniquement à l’entretien de sa maison et de sa famille, reconnaît avoir des activités génératrices de revenus.

Vous les verrez coincées dans des bus, décomposer en taxi communaux, sauter dans un gbaka*, marcher sur plusieurs mètres pour économiser de l’argent, négocier un taxi, caler le moteur ou faire un dépassement, courir après des clients ou après la monnaie, hausser le ton contre une personne malveillante, enchaîner les rendez-vous.  Une vie mouvementée qui ne les intimide plus avec le temps.

« Je suis accroc au travail, mais mon homme a une place importante. Je partage tout avec lui. » Cathy, salariée et chef d’entreprise, ressemble beaucoup à cette nouvelle vague de jeunes femmes qui veulent et savent accorder vie professionnelle et vie amoureuse. Fini les idées reçues qui veulent que l’un empêche l’autre.

En effet, de plus en plus, l’Abidjanaise brise les clichés.

Loin des clichés

24 heures ne suffisent plus. Photo- Hug Lionel

Il est donc difficile d’enfermer une abidjanaise dans une case. Lettrée ou pas, elle sait créer de la richesse le moment venu en explorant divers domaines. Et son développement personnel est crucial.

Sali travaille comme fille de ménage à Treichville. Elle suit depuis trois ans des cours d’Alphabétisation. « Quand je ne savais pas lire, j’avais l’impression d’être aveugle. »

C’est un parfum que vous sentirez tout de suite chez l’abidjanaise, celui de l’indépendance. Elle veut constamment passer à l’étape suivante. Parfois cela peut conduire à des déviations mais l’esprit de départ est le bon. Aujourd’hui de plus en plus elle veut explorer le monde, elle veut donner son avis. La routine ne la satisfait plus. A la fin de la journée, ou pendant le week-end, elles aiment se retrouver dans des cafés ou lounge-bars pour refaire le monde. Les conversations entre copines ne tournent plus seulement autour des hommes et des potins. Elles parlent boulot, projet d’affaires, Religion, actualités politiques…

Les divertissements : Retour aux clichés

Quand vous vivez à Abidjan, vous avez l’embarras du choix en termes de divertissements.

Myriam, salarié dans une agence de communication, aime se rendre au cinéma, au restau ou à la plage. Mireille, professeure, est une passionnée de rencontres littéraires et de glaciers. Pour Aminata, propriétaire d’une boutique de vêtements c’est barbant. Elle préfère aller danser en boîte le week-end avec son groupe de copines. En semaine elle est trop épuisée pour se poser dans un café et papoter. Le téléphone fera l’affaire.

Mais en réalité, sauf exception, à Abidjan, les divertissements sont fonction de l’environnement. Chaque commune attribue un cliché à ses habitantes.

A Yopougon, les filles aimeraient davantage les maquis et autres espaces ouverts qui proposent des scènes live de zouglou.

A Marcory et Koumassi, elles aimeraient les allocodromes, ces maquis-restau où sont proposées des grillades à des prix raisonnables. Ces Communes étant très hétéroclites, vous trouverez aussi des filles qui choisissent les fast-foods ou salons de thé pour se retrouver.

Les instants de répit se comptent-Hug Lionel

A Cocody, elles auraient une préférence pour les lounges. Il faut aussi dire que l’offre est grande. Bao, Chill out, Vista Lounge, Garden… Il y a ce côte intimiste qui favorisent les conversations à cœur ouvert.

Mais il y a des exceptions qui pourraient bien devenir des règles tant l’Abidjanaise est curieuse et aventurière.

La mode chez elle

Shopping

La plupart des Abidjanaises n’ont pas d’adresse shopping attitrée. Elles trouvent autant leur bonheur dans les friperies que dans une grande boutique ou un marché. Aujourd’hui des enseignes chics et accessibles ont ouvert et depuis toutes les femmes sans distinction de communes aiment y faire un tour (Numéro Uno, Kiabi, Jennifer…). De toutes les façons, autant elle n’a aucune difficulté à parcourir le marchés de friperies pour les bonnes affaires, la femme à Abidjan n’a pas peur de mettre le prix quand elle a un coup de cœur pour un vêtement. C’est une bonne acheteuse et elle aime être unique. Cette exigence la pousse – aujourd’hui plus qu’avant – à faire appel aux services de maisons de couture. Les clientes des grands couturiers ne sont plus seulement les épouses de Ministre ou des cadres d’entreprises. Les jeunes femmes portent aussi du PELEBE, du YHEBE DESIGN, du YSAND, ou du LOZA MALEOMBHO. Ces marques proposent l’urbain, le chic et le décalé qu’elles recherchent pour la plupart.

Streetstyle

Au quotidien, l’abidjanaise adopte un look très urbain et y rajoute quelques touches d’afro. Sans nul doute, la tendance du retour aux sources l’a-t -elle influencée. Les cheveux naturels, touffus ou très courts, font leur come-back, le wax est porté avec fierté et originalité. On tombe sur des looks très afropunk, old school, hippie, ou sexy. Ça part du cheap au sophistiqué. Et leur immanquable n’est plus la trousse à maquillages. C’est leur smartphone.

Téméraire et entière

Une clope entre l’index et le majeur, Alexia, créatrice de mode, raconte sa dernière rupture avec amusement. Il voulait qu’elle le suive dans un pays de l’Afrique centrale alors qu’elle vient d’ouvrir une boutique et que sa marque se fait une notoriété à Abidjan. Aucun compromis négociable, elle a fait le choix de rester. Avec ses copines, elle discute sans tabou de leurs expériences humaines.

« On apprend de l’expérience de l’autre. » Elles échangent donc sur leurs combats ordinaires au quotidien : le célibat à l’approche de la trentaine, le besoin de quitter le nid familial, l’infidélité chronique de leur conjoint, le sexe, les propositions indécentes de leur boss, les kilos en trop, les défis d’un nouveau projet d’entreprise, les projets avec le fiancé, la nouvelle loi sur la famille…

Et d’ailleurs elles ne parlent pas qu’entre copines. L’Abidjanaise est aussi à l’aise au milieu des hommes. Elle n’éprouve aucune réticence à tenir des débats avec eux quitte à se faire « traiter » de féministe. Elle peut être têtue, provocatrice, et impertinente si on la cherche, amusante et sympathique si on l’y invite.

L’Abidjanaise a de quoi rythmer son quotidien. Et parfois vous les entendrez le dire : « 24 heures ne suffisent plus ». Elle s’ennuie très peu. Abidjan a tant à lui offrir, qu’elle le lui rend bien.