Sur Facebook par exemple, un groupe s’est constitué avec pour nom « Tahiry sy Fomban-drazana » (qui signifie  « Trésors et traditions »). Interdit de faire des publications en malgache avec fautes de grammaire, mélangés avec des mots étrangers ou  munis de langage sms comme il est d’usage dans la vie quotidienne. Les membres dudit groupe sont convaincus que cette mise en valeur de la langue mais surtout le respect des traditions ancestrales est la démarche à suivre pour développer le pays et chacun a sa façon d’expliquer le « comment y parvenir ». Bien que les avis ne soient tous forcément concordants, tous sont unanimes de porter haut les valeurs traditionnelles.

Rallumer la notion du « Fihavanana » et « Firaisankina »

Pour Mme Nosy Rabejaona, Présidente de l’association Mamelomaso dont l’objectif est la valorisation du patrimoine culturel malgache et la promotion du retour aux traditions,  il faudrait revenir aux Fihavanana (lien social qui transcende les liens du sang) et au Firaisankina (solidarité).  « Avec ces deux principaux composantes de la tradition malgache, l’individualité n’existe pas. La famille ne se résume plus à la famille nucléaire version occidentale, les cousins germains sont présentés comme étant des frères et l’oncle maternel est le second père », explique-t-elle et espère que, vu que personne ne vit comme un être « individuel » et que tous respectent les valeurs communes, il y aura ainsi moins de vols et  moins d’insécurité.

Alimanaka Fanadroana, livret d’astrologie malgache pour 2017.

Par ailleurs, en respectant la chaine de solidarité intergénérationnelle, l’environnement sera  respecté car  personne ne laissera un monde pourri aux futures générations, l’ainé va même aider le cadet à se réaliser en mettant en place des activités durables avec des perspectives économiques plus efficaces suivant le dicton malgache qui dit « Ny adala no toa an-drainy » signifiant  « Fou est celui qui travaille comme l’a fait son père ».  Les traditions sont aussi un point d’ancrage du tourisme culturel qui peut rapporter plein de devises à un Etat.

La faute au christianisme

Pour Fidy Ramiliarison, étudiant en 3ème année d’Histoire à l’Université d’Antananarivo, le christianisme qu’il qualifie de « religion des Blancs » est la cause de la pauvreté car a détourné le peuple des principes religieux ancestraux.  En effet, « les Malgaches avaient déjà cru à un Dieu unique (Zanahary) avant l’arrivée du christianisme … nous avions déjà nos propres interdits car nous croyons à l’existence de pouvoirs spirituels qui agissent sur ce monde visible », avance-t-il. « Le christianisme contredit la majorité de nos coutumes notamment l’astrologie malgache et le culte des ancêtres or là on voit nombreuses d’églises chrétiennes qui font le plein chaque dimanche et le pays fait partie des plus pauvres au monde. »

Selon Fidy la religion est le plus grand obstacle à surmonter pour le progrès de l’Humanité, le retour à la source étant indispensable selon lui. « On est en train de subir les conséquences et comme on dit de nos jours, les dieux sont contre nous », s’inquiète-t-il.

Redonner le « sens traditionnel » aux collectivités territoriales.

Interrogé sur le sujet, Hugues Rajaonson, citoyen malagasy engagé et économiste insiste sur le besoin d’un « ajustement culturel ». Cet ajustement, à l’écouter, devrait commencer par l’adoption d’une séparation institutionnelle entre l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques. Il met l’accent sur mise en place d’une stratégie basée sur chaque spécificité régionale et/ou local avec comme base de départ la mise en œuvre d’une politique d’aménagement du territoire qui sera axée sur l’écoute des collectivités territoriales au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire les échos des différents « Tranobe » (sorte de clan au Madagascar). Les membres de ces Tranobes exprimeront leur demande de politique publique. Le Gouvernement [pouvoir exécutif] ne fera qu’exécuter une offre de politique publique correspondant à la demande. Cette offre sera élaborée par une commission de techniciens et de politiciens qui travailleront au niveau de la Présidence.

Un motocycliste dans la région du Lac Alaotra, Madagascar (photo Flickr, Arnaud DG)

Mais bien au-delà d’un simple développement du tourisme culturel, il est nécessaire d’inclure la vraie dimension culturelle à la fois dans l’administration et les étapes de développement. La structure administrative d’aujourd’hui a été héritée de la colonisation rappelle-t-il et le « Fokonolona » (appellation du groupe de personnes habitant le Fokontany qui est la plus petite collectivité malgache) qui autrefois tenait un rôle majeur dans développement local n’a plus les pleins pouvoirs lors des consultations publiques avant la mise en œuvre des gros projets d’investissement.

« Il faut revenir là où le Fokonolona et les chefs traditionnels [dans les régions éloignées] étaient décisionnaires ; c’est cela le vrai sens traditionnel du Fokonolona »

Le Fokontany n’est désormais plus qu’une forme administrative où les ordres viennent d’en haut et les cahiers de charge d’un projet sont incompris ou même inconnus des premières populations concernées. Conséquence, la révolte populaire devient monnaie courante compte tenu des litiges fonciers. En redonnant la clé du développement aux mains du peuple qui connaît ses propres régions, le rôle du gouvernement se résumerait juste à appuyer et orienter les collectivités à l’utilisation de la technologie, au besoin. « Il faut revenir là où le Fokonolona et les chefs traditionnels [dans les régions éloignées] étaient décisionnaires ; c’est cela le vrai sens traditionnel du Fokonolona », a déclaré Mr Rajaonson.

 Le développement est un long processus reconnaît-il. À la campagne où le niveau d’instruction est très faible, il est surtout à éviter de brusquer les Malgaches à abandonner leurs coutumes notamment sur les jours « Fady » (Interdits) qui pourraient ralentir la production nationale. Candidat à la présidentielle de 2018, Rajaonson promet, s’il est élu, de promouvoir « les valeurs traditionnelles comme socle de développement soutenable et inclusif ».