C’est depuis l’année 2009 des opposants et activistes congolais de la diaspora dits Combattants empêchent des artistes musiciens de Kinshasa de produire des spectacles sur le continent européen. Le tout dernier musicien a en être victime est Fally Ipupa dont le concert prévu à La cigale à Paris le jeudi 22 juin 2017 a été interdit par la préfecture de la police de Paris  suite aux nombreuses menaces des combattants de perturber cet événement et de troubler l’ordre publique dans les environs du lieu de spectacle.

En effet, les combattants où ce mouvement des militants et opposants radicaux de la diaspora congolaise disent n’être pas un mouvement politique mais plutôt un groupe des patriotes bénévoles indignés de la situation qui prévaut en RDC. Cependant, les motivations de ce mouvement et la manière dont il mène sa lutte notamment la mesure interdisant aux artistes musiciens congolais de se produire en Europe laissent place à quelques questionnements à savoir : Pourquoi s’attaquent-ils aux musiciens et non aux politiciens eux même directement? En s’attaquant aux musiciens ne se trompent ils pas de cibles? Quel impact cette lutte menée « très loin » en occident peut avoir sur la vraie situation en RDC? Ces musiciens interdits de toute production en Europe le méritent-ils vraiment ou ne sont que des simples victimes innocentes de la colère des combattants?

« Tu ne chantes pas pour Kabila mais tu fais des éloges à Sassou et ses proches…puis tu adules tous les membres du gouvernement de Kabila. Sassou et Kabila sont de la même chaussette ».

Le vrai grief contre les musiciens

Les combattants justifient leur attitude envers les musiciens congolais par le fait que, selon eux, ces derniers ont prouvé leur soutien au régime en place pour certains tandis que d’autres sont restés coupablement silencieux face à la crise qui sévit au pays. Pour plus de clarté, si les musiciens tel que Werrason, JB Mpiana, Koffi Olomide, Tshala Mwana et Felix Wazekwa sont accusés d’avoir chanté pour le président congolais à l’occasion de sa campagne électorale en 2006 et 2011, Fally Ipupa, Ferre Gola et Héritier Watanabe eux sont accusés de passivité et leur silence devant les dérives du pouvoir de Kinshasa est jugé coupable. Selon Francis Mondombo un combattant que This is Africa a réussi à joindre depuis Paris la capitale française où il réside, que ce soit ceux-là qui ont manifesté leur soutien au régime ou ceux qui semblent être neutres, tous sont coupables du fait de ne pas dénoncer l’illégitimité et les actes du régime en place.

« Nous ne sommes pas de militants anti musique ou anti musiciens. La portée de la voix d’un Fally ou d’un Ferre vaut bien plus que celle de 1000 combattants réunis Nous interdisons leur concert à cause de leur passivité et leur complicité sur le drame congolais. Tu ne chantes pas pour Kabila mais tu fais des éloges à Sassou et ses proches…puis tu adules tous les membres du gouvernement de Kabila. Sassou et Kabila sont de la même chaussette. Ce sont des leaders d’opinions nous les avons approchés avant que le blocus prennent l’escalier afin qu’ils puissent se ranger du côté du peuple déjà opprimé, paupérisé et massacré…Rien que ça et nos musiciens, non pas par ignorance mais par cupidité, préfèrent faire le neutre et le je-m’en-fou » explique-t-il.

« Un leader d’opinion est libre de pensée, mais en situation de déshumanisation, un leader d’opinion, l’artiste, est dans l’obligation de se ranger derrière le peuple, sinon le réveiller de sa léthargie. »

Pour ce combattant, les artistes devraient user de leur notoriété et leur influence pour conscientiser le peuple et non le maintenir dans la distraction, il rajoute « L’artiste est un éducateur de masse. Quand il devient célèbre, il se transforme en leader d’opinion. Un leader d’opinion c’est quelqu’un capable de modifier la pensée collective, capable d’aiguiller l’inconscient collectif. Un leader d’opinion est libre de pensée, mais en situation de déshumanisation, un leader d’opinion, l’artiste, est dans l’obligation de se ranger derrière le peuple, sinon le réveiller de sa léthargie. Il ne peut plus être toléré que le leader d’opinion alimente l’anesthésie qui sert à anéantir le peuple. Dans la situation comme celle que vit notre pays, il est de notre devoir de réveiller la conscience de ces artistes pour la cause commune. Comment comprendre que dans un pays où le peuple est chosifié, les leaders d’opinion que ce même peuple a fabriqué se taisent ou fassent l’apologie des oppresseurs? Comment tolérer que pendant que tout le monde parle du viol, ces artistes nous montrent la dépravation de tout genre? » Etant parmi ceux qui ont manifesté contre le concert de Fally Ipupa à Paris, Francis Mondombo explique que les combattants poursuivront le boycott jusqu’à ce qu’ils obtiennent le changement voulu.

Une attitude injuste de la part des combattants?

L’annulation du concert de l’artiste musicien Fally Ipupa qui devrait se jouer dans la salle de spectacle la cigale à Paris le jeudi 22 juin 2017 a suscité des nombreuses réactions dont celles des autres Congolais résidents au pays, voire certains de la diaspora. Ces derniers considèrent que l’approche des combattants, celle d’empêcher les concerts des musiciens congolais en Europe pour exprimer leur raz- le-bol est simplement injuste, déplacée et même improductive. Le samedi 24 juin déjà, à la place Château rouge de Paris plusieurs dizaines de mélomanes de la musique congolaise se sont réunis pour condamner cette approche des Combattants.

« Je suis de ceux qui soutiennent les concerts des musiciens en Europe et ailleurs. Néanmoins, je soutiens aussi que les musiciens changent leur mentalité et que ceux qui ne prônent pas le changement soient l’objet des pressions des Congolais »

Certains comme Lomami Eliya un autre Congolais de la diaspora bien que reconnaissant que les artistes musiciens devraient changer leur perception de la situation au pays se dit pour le retour de la Rumba congolaise en Europe qui selon lui constitue l’une des  identités de la culture congolaise les plus emblématiques. Il considère que les mélomanes de la musique congolaise ont droit aux spectacles et aux divertissements. « Je suis de ceux qui soutiennent les concerts des musiciens en Europe et ailleurs. Néanmoins, je soutiens aussi que les musiciens changent leur mentalité et que ceux qui ne prônent pas le changement soient l’objet des pressions des Congolais de la diaspora, et ceux qui soutiennent visiblement le pouvoir de Kinshasa soient traités comme ennemi du peuple Kongolais » explique-t-il.

En effet, les artistes musiciens congolais de la rumba ne sont pas la seule cible des combattants, ceux-ci avaient déjà molesté monsieur Leon Kengo Wadondo président du sénat congolais il y a six ans pendant que ce dernier séjournait en Europe. Quatre ans après c’était au tour de l’ambassadeur de la RDC en France Christian Atoki Ileka de se faire asperger du ketchup par certains Combattants.  Tout récemment ces mêmes Combattants ont assiégé les alentours des locaux de la chaîne de télévision française TV5 pendant que le ministre congolais de la justice Alexis Thambwe Mwamba s’y faisait recevoir avant d’être exfiltré trois heures après par la police française. Le mouvement des combattants n’est pas seulement ctif en Europe ou en Amérique mais bien aussi dans pays comme l’Afrique du sud, où il essaie chaque fois de perturber les visites des officiels congolais.