Son histoire avec les migrants a été découverte, à la suite de la diffusion d’une vidéo fin février 2017. Des migrants, ayant réussi à passer la barrière séparant le Maroc de l’enclave espagnol de Ceuta, au nord du Maroc, se filment en train d’adresser leurs remerciements les plus vifs à celle qu’ils appellent affectueusement « Mama Hajja ». Ndlr : Mama signifiant maman et Hajja étant en arabe une marque de respect que l’on attribue à une femme plus âgée que soi.

Rajae Marsou, qui a co-fondé l’association en 2014, ne cache pas sa fierté. « Ils sont reconnaissants pour ce qu’on leur apporte. Beaucoup m’appellent une fois en Europe, et me disent qu’ils n’oublieront jamais ce que j’ai fait pour eux », raconte-t-elle dans une interview accordée à www.infomigrants.net

A l’ origine, Rajae a voulu aider les migrants de la forêt de Belyounech à Tetouan, dans le nord du Maroc, parce qu’ils « ne bénéficient pas du minimum pour vivre. Certains sont malades et ont besoin de médicaments ».
Son empathie pour les migrants rejoint son principe de porter assistance à quiconque en a besoin, « peu importe sa couleur, son ethnie ou sa religion ». Alors, avec son association « Les mains solidaires », Rajae se rend régulièrement dans la forêt de Belyounech pour des consultations gratuites et des distributions de nourritures et d’habits. Les migrants contactent généralement l’association par téléphone.

Une journée en faveur des migrants organisée par l’Association de Mama Rajja, en décembre 2016

« Les mains solidaires » est une association au service des migrants qui généralement font face à d’importantes difficultés. Pour Mama Hajja « travailler en tant que femme-humanitaire n’est pas simple. Il faut se rendre dans la forêt ou dans des lieux éloignés des villes. Il faut surtout se confronter aux autorités qui ne voient pas d’un bon œil l’activité de l’association ». La bienfaitrice des migrants  explique qu’elle a été interdite de consultations dans la forêt : « Nous avions posé la tente et commencé les consultations quand les policiers sont arrivés. Ils nous ont empêchés de poursuivre notre activité. J’en ai pleuré », raconte-t-elle avec émotion et consternation.

L’activité de l’association est pourtant légale, et elle travaille même sur un projet commun avec l’Union européenne.
Et les restrictions et les menaces proférées par certains responsables locaux, ne manquent pas.  Dans ces conditions, la crainte d’éventuelles interpellations des membres de l’association par la police est bien présente. «Chaque fois que l’on se dirige vers la forêt, on prie intérieurement pour que tout se passe bien », confie Rajae Marsou.

Un engagement loin de faiblir

Dans son entourage direct, Dr Rajae Marsou est souvent mise en garde par des parents ou proches. Mais la jeune médecin reste déterminée : « Tant que je peux encore donner quelque chose pour ces gens, je continuerai, je ne penserai pas à m’arrêter », insiste-t-elle.

Rajae, ou « Mama Hajja » est mère de deux enfants. Elle ne trouve pas de difficultés à jongler entre sa vie de famille, son travail et son engagement bénévole pour la cause des migrants. « Mon mari me soutient, ainsi que mes parents », explique-t-elle. Ses deux filles ne semblent pas non plus y voir d’inconvénients. Pour ces dernières qui se rendent régulièrement au siège de l’association, chaque migrant croisé est un « ami de maman ».