« La Belgique a eu alors la sagesse de ne pas s’opposer au courant de l’histoire et, comprenant la grandeur de l’idéal de la liberté qui anime tous les cœurs congolais, elle a su, fait sans précèdent dans l’histoire d’une colonisation pacifique, faire passer directement et sans transition notre pays de la domination étrangère à l’indépendance, dans la pleine souveraineté nationale. Mais, si nous pouvons nous réjouir de cette décision, nous ne devons pas oublier que c’est à nous désormais à prendre le relais et à rassembler les matériaux de notre unité nationale, à construire notre nation dans l’union et dans la solidarité (….)  Je proclame, au nom de la Nation, la naissance de la République du Congo. »

Joseph Kasavubu, Premier président de la république démocratique du Congo,  30 juin 1960.

 « L’indépendance du Congo constitue l’aboutissement de l’œuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique »

Roi Axel Marie Gustave Baudouin 30 juin 1960 lors de la proclamation de l’indépendance du Congo.

Le buste de Kasa-vubu Premier Président de la RDC reproduit en bronze par LIYOLO

 « Elles (les populations congolaises) ont reçu votre message d’amitié avec tout le respect et la ferveur dont elles Vous entourent et garderont longtemps dans leur cœur les paroles que vous venez de leur adresser en cette heure émouvante. Elles sauront apprécier tout le prix de l’amitié que la Belgique leur offre et elles s’engageront avec enthousiasme dans la voie d’une collaboration sincère. »

Phrase de Joseph Kasavubu qui n’a jamais reçu d’applaudissement, Lumumba s’était indigné de voir que le président remerciait la Belgique sans parler des souffrances qu’ont connues les peuples du Congo.

« Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte  qu’elle a été conquise, une lutte de tous les  jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang »

Phrase qui, pour beaucoup, contribua à sceller le tragique destin de Emery Patrice Lumumba et lui attira le courroux du colon. Il s’était improvisé pour un discours alors que le protocole ne l’avait pas prévu. L’intervention improvisée de Lumumba et son discours très applaudi est le déclencheur d’un effet domino qui conduisit à son assassinat le 17 janvier 1961.

« Nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. »

Emery Patrice Lumumba, 30 Juin 1960 le jour de l’indépendance.

« Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait « tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls Blancs ? »

Emery Patrice Lumumba, 30 Juin 1960 le jour de l’indépendance.

« Indépendance cha cha »,

Titre de la chanson composée à l’ occasion de l’accession à l’indépendance du Congo. Interprétée par le Grand Kabasele. Cette chanson a été reprise plusieurs fois par des pays africains pour aussi célébrer leur indépendance. Au pays elle passait en direct très souvent sur la chaine nationale, Radio Congo Belgique qui avait le plus puissant émetteur d’Afrique à l’époque.

« Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur. »

Lumumba alors Premier ministre Congolais 1960.

« Avant Indépendance égal après indépendance »

le 5 juillet 1960, cinq jours après l’indépendance du Congo Belge, face aux  militaires congolais gradés de Léopoldville (Kinshasa) et de Thysville (Mbanza Ngungu) assemblés dans une salle de cours du camp Léopold, le général  Janssens, belge et commandant la force publique, écrit au tableau noir : « Avant l’indépendance = Après l’indépendance ». Le jour même, la garnison de Léopoldville se révolte ; le lendemain, la garnison de Thysville fait de même. Les jours suivants, toutes les garnisons de la Force Publique se rebelleront tour à tour, prenant en otages leurs officiers et sous-officiers belges et créant des troubles partout dans le pays.

Deuxième république avec Joseph Mobutu, 1965

« On ne peut non plus justifier l’appellation de « tiers-monde » sous l’angle géographique ni sous l’angle des populations, car le tiers-Monde ne constitue pas le 1/3 de l’humanité mais plutôt les 2/3,  le terme de ‘’tiers-Monde’’ s’accompagne d’une idée de mépris.»

Joseph Mobutu, aux Nations-Unies 04 octobre 1974, en s’indignant contre la péjorative appellation de pays en voie de développement comme du « Tiers monde »

Mobutu Sese Seko, le président qui a régné sur le Congo de 1965 avant d’y être chassé en 1997

« Peut-on appeler ‘’Pays Développés’’, des pays qui possèdent un nombre impressionnant de voitures, qui construisent des milliers de kilomètres d’autoroutes, qui polluent les eaux, les mers et l’air ? Faut-il appeler ‘’Pays Sous-Développés’’, ceux dont les habitants sont pauvres, certes, mais équilibrés ? Où l’on compte moins de cas de suicides ? Où il y a moins de meurtres, et moins de déséquilibrés et de sadiques ? Je vous avoue que je n’ai jamais considéré le Zaïre, mon pays, comme sous-développé »

Joseph Mobutu, aux Nations-Unies 04 octobre 1974.

« Comprenez mon émotion »

du discours du  24 avril 1990, Joseph Mobutu versa des larmes en annonçant qu’il quittait la présidence du parti-état Mouvement Populaire de la Révolution MPR, et ouvrait la voie au multipartisme.

« Article 15, débrouillez-vous »

Expression du Congo-Kinshasa, de l’article 15 de la Constitution de l’État séparatiste du Sud-Kasaï qui disposait que chacun devait se débrouiller. Cette expression se réfère à un article 15 imaginaire de la Constitution, selon lequel il faut se débrouiller. Cette expression s’est popularisée pour expliquer la débrouille et la corruption au Congo.

 « Olinga olinga te oza MPR, en Lingala ‘’que tu le veuille ou pas tu es du MPR’’ »

Le MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) a été le seul parti politique au Zaïre pendant 23 ans. Mobutu en était le président, et chaque Congolais devenait membre de ce parti politique dès sa naissance.

« Obotama MPR, okokufa MPR en lingala ‘’tu es né du MPR et tu mourras du MPR’’ »

Mobutu disait que la démocratie africaine ne devrait pas être un copier-coller de celle des européens. D’où cette autre phrase très célèbre de celui qui était considéré comme Roi du Zaïre :

« Zaïre, Liboke moko, lisanga bo moko, tata bo moko, maman bo moko, ekolo bo moko, parti bo moko, mokonzi bo moko »

Zaïre, une même assiette, une seule famille, un seul père, une seule mère, un seul pays, un seul parti et un seul chef Mobutu. Cette phrase en lingala se reprenait à chaque manifestation au pays, des musiciens l’ont rendu célèbre en l’introduisant dans leurs chansons.

« Dans notre tradition africaine, il n’y a jamais deux chefs … c’est pourquoi nous Congolais, dans le désir de se conformer aux traditions de notre continent, avons décidé de regrouper toutes les énergies des citoyens de notre pays sous la bannière d’un parti national unique. le MPR»

Mobutu

« Zaïrianisation et abacost »,

Au début des années 70 au Zaïre, Mobutu lança le ‘’retour à l’authenticité Zaïroise ‘’. Le pays, le fleuve et la monnaie prirent le nom de Zaïre,  toutes les villes du pays changèrent les noms des colons en noms locaux ! C’était la zaïrianisation. Mobutu changea aussi le style vestimentaire, d’où la création de l’abacost (à bas le costume), il y eu interdiction des costumes occidentaux.

« Olindi mwasi kaka mbongo, olingi mwasi wapi mbongo, oza na mbongo oza na nyonso en lingala ‘’si tu veux aimer une femme, donne l’argent, tu as l’argent tu as tout »

Koffi Olomide, en 1992 dans son album Diva, ‘’l’homme de la rue’’ est une chanson où il fit intervenir une européenne pour dire quelques paroles en lingala était un succès, et c’est de là que venait cette phrase qui dénonçait le matérialisme des femmes de l’époque.

« Bozoba esala Ngando, en français ‘’la bévue (connerie) qu’a faite le crocodile’’ »

Un proverbe des villages le long du fleuve Congo, expliquant la légendaire folie du crocodile qui crut aller se réfugier de la pluie en se plongeant dans le fleuve, pour dire qu’il a fui un petit souci en se plongeant dans un plus gros. Proverbe immortalisé par Papa Wemba dans Naomi, de l’album Wake Up avec Koffi Olomide sorti le 15 octobre 1996.

Troisième république, avec Joseph Kabila février 2006

« Pesa madesu ya bana, en lingala ‘’donnes moi le haricot pour remplir l’assiette de mes enfants’’ »

Depuis les années 80, « madesu ya bana » est la phrase magique qu’utilisent les agents de l’ordre pour demander implicitement un pot de vin. Pour des infractions mineures, ou créées de toutes pièces par ces agents, un peu de « madesu ya bana » vous sort du pétrin. Elle a survécu à la deuxième et vit avec la troisième république.

« La vie est belle »

C’est aussi le titre d’un film qui est réalisé par Ngangura Dieudonné Mweze et Benoît Lamy, sorti en 1987. Ce film racontait la vie de Kinshasa et a fait un succès national, l’acteur principal est Papa Wemba. La phrase se répète, se dit ou se chante au Congo souvent quand on est en pleine euphorie pour une bonne nouvelle, « la vie est belle ndeko (frère) »

« Moto asimbi manduki basengaka mbula naye te, ‘’on ne demande pas son âge à une personne qui déjà porte une arme à feu’’ »

Phrase lancée dans une chanson de Koffi Olomide dans les années 90, qui s’interprétait comme une incitation au viol de mineure, elle se traduisait comme : Dès qu’une fille a des seins, son âge importe peu. Cela lui a valu de l’opprobre de la part de plusieurs de ses fans. Et des pervers pédophiles ne cessaient de le répéter à tout bout de champ. Le viol qui déjà était devenu si courant au pays, a commencé à être très combattu les dix dernières années par des peines allant jusque 25 ans d’emprisonnement [ndlr].

« Avec l’accord de tous j’annonce aujourd’hui la fin de la recréation, afin que le peuple puisse se mettre au travail. Et ce dans le calme et la sérénité »

Joseph Kabila investiture 06 décembre 2006. C’était un message qui faisait espérer, on croyait qu’un réel changement allait venir avec Kabila le fils comme cela avait été le cas avec son père.

« Lentement mais sûrement, la réalité est entrain de rattraper le rêve. La nation congolaise se porte mieux qu’il y a un an, beaucoup mieux qu’il y en a quinze, et son état s’améliore chaque jour davantage »

Joseph Kabila discours sur l’état de la nation 08 décembre 2010, ces deux phrases de Joseph Kabila ont été surmédiatisées au pays par les medias pro-gouvernementaux. Avant chaque journal on remettait ces phrases. Elles ont été des sonneries de téléphones pour beaucoup de congolais, elles ont été apprises par cœur à force de les entendre. Le tacle dans sa phrase « … beaucoup mieux qu’il y en a quinze… » Était pour dire qu’il avait fait mieux que Mobutu qui vers 1995 jusqu’à sa chute avait perdu le contrôle du navire qu’était le Zaïre.

« Pour cacher quelque chose à un congolais, mets-la dans un livre »

Cette phrase dont personne ne connaît l’auteur parlait à l’origine de tous les noirs, mais elle est presque devenue congolaise. Les enseignants du primaire et du secondaire la répètent aux élèves pour les pousser à lire et se cultiver grâce à la lecture. Chaque enfant congolais entend cette phrase au moins une fois dans sa vie scolaire !

«  2016 sera l’année où il y aura la première alternance en RDC »

Moïse Katumbi, devenu opposant fin 2015 quand il démissionne du PPRD et du gouvernorat du Katanga le 29 septembre 2015 dénonçant par une déclaration publique les dérives anticonstitutionnelles des dirigeants et le recul de l’État de droit et des libertés individuelles en République Démocratique du Congo.

« Si deux faux penalties ont déjà été accordés à une équipe lors d’un match de football, les fans ne pourraient supporter un troisième. Ils descendraient pour s’opposer et mettraient fin au match ! »

Une image utilisée par l’opposant Moïse Katumbi le 23 décembre 2015 à Lubumbashi pour dire que les deux élections de Joseph Kabila en 2006 et 2011 étaient contestables et qu’il n’était aucunement question qu’il se représente pour un troisième mandat, le peuple devrait alors s’impliquer pour lui barrer la route.

« Je n’ai rien promis concernant les élections cette année »

Joseph Kabila, dans une interview récente avec le journal allemand Der Spiegel, une première interview du président congolais depuis cinq ans. Dans son dernier discours devant les deux chambres réunies, il avait dit qu’il y aurait des élections, mais  seulement selon le calendrier que donnerait le CENI. Certaines oreilles avaient cru entendre que Kabila avait promis des élections en 2017.

« Si vous organisez des élections chaotiques, vous aurez le chaos. Nous voulons des élections parfaites, pas seulement des élections».

Cette déclaration a fâché l’opposition ne prenant pas part au deuxième gouvernement issu des dialogues. Ce qui a poussée Felix Tshisekedi, chef de file de cette opposition à déclarer :

« Kabila devra marcher sur mon cadavre pour se maintenir au-delà de 2017 »

Invité du journal Afrique sur France 24 vendredi 23 juin dernier, le président du Rassemblement de forces politiques et sociales acquises au changement (Rassop) s’est montré cette fois-ci très dur envers l’actuel chef de l’État Joseph Kabila. Félix Tshisekedi a dur comme fer juré de faire partir du pouvoir Joseph Kabila avant 2018. A en croire le fils du Sphinx de Limete (l’opposant historique Étienne Tshisekedi), avec ou sans élections, Joseph Kabila doit quitter le pouvoir d’ici décembre, et les élections seront organisées sans lui. Cette même phrase avait été prononcée par l’opposant Vital Kamerhe en 2016, curieusement il avait été le premier à accepter le dialogue qui déboucha au maintien de Kabila au-delà de 2016.

Le pays de Lumumba, celui de Kasavubu, ce pays qui est le cœur de l’Afrique, la gâchette selon Franz Fanon qui comparait le continent a un revolver ! Ce beau pays de 80 millions d’habitants et de 2 345 000 kilomètres-carrés a raté la première chance d’une alternance pacifique en 2016.  En 57 ans il n’aura jamais connu d’ancien président vivant. Il est sur le point de revivre une histoire déjà vécu il y a 27 ans, une transition d’un an offerte après plusieurs dialogues à Mobutu qui venait de régner pendant 25 ans dura 7, jusqu’à ce qu’il soit chassé par les armes. L’actuel président congolais a déjà eu sa première année de bonus grâce à deux dialogues, il est déjà évident qu’il va aussi avoir une deuxième. Les pères de l’indépendance du Congo ne s’imaginaient surement pas que leur héritage serait ainsi 57 ans après !