Le Rwanda de Paul Kagame est connu comme un pays autoritaire. Et l’élection présidentielle en vue  ne suscite pas beaucoup d’intérêt chez les observateurs car elle semble jouée d’avance. Après tout, le président rwandais  a toujours gagné les élections passées avec plus de 90% des voix.

Mais ce chiffre n’impressionne pas le commentateur ougandais Asuman Bisiika qui écrit dans le journal Daily Monitor : « Une élection est une élection… Le peuple  a une relation inorganique avec les candidats et l’Etat. Alors, Kagame peut toujours perdre…, ou plutôt, M.Habineza peut toujours gagner».

Asuman Bisiika souligne que même si Paul Kagame gagne, les candidats de l’opposition auront eu le courage de mener la « guerre contre la peur ». Et il a raison. Dans beaucoup de pays autoritaires, les opposants décident de boycotter les élections, ce qui est une grande erreur.

Il n’y a pas de président plus autoritaire que l’ancien dictateur  gambien Yahya Jammeh, mais il a quand même perdu les élections du 1er décembre 2016. Adama Barrow n’aurait jamais gagné s’il était convaincu que le dictateur ne pouvait pas perdre les élections. Le Rwanda n’est pas la Gambie, mais si l’alternance a été possible en Gambie, elle est aussi possible au Rwanda.

De la popularité de Paul Kagame

Paul Kagame est-il trop populaire ? C’est ce que tout le monde dit, mais en réalité personne n’en sait rien. Les medias rwandais sont très contrôlés et il n’y a pas beaucoup d’espace pour les critiques du pouvoir. Du coup, la voix officielle est la seule audible. Comme dans tous les pays où il n’y a pas de liberté d’expression, même ceux qui ne soutiennent pas le pouvoir disent ce que le pouvoir veut entendre, ou se refugient dans le silence pour ne pas s’attirer des ennuis. C’est ainsi que les gouvernements autoritaires entretiennent l’illusion qu’ils sont populaires, ou qu’ils sont les seuls capables de diriger le pays.

Il n’est pas question de dire ici que le Rwanda serait mieux sans Kagame. Après tout, le président rwandais a un programme économique ambitieux, contrairement à beaucoup d’autres dirigeants africains. C’est toujours aux Rwandais de décider.

Il n’y aura certainement pas de miracle le 4 août et le président Kagame devrait gagner sans surprise. Mais considérer qu’il PEUT perdre, c’est laisser ouverte la porte de l’alternance. C’est en croyant à cette possibilité que l’opposition peut avoir le courage d’affronter tout dirigeant autoritaire, et éventuellement le vaincre.

Mais pour que l’alternance soit possible, les efforts de l’opposition ne sont pas suffisants. La communauté internationale doit faire entendre son soutien aux libertés politiques au Rwanda. Le président Kagame fait taire toutes les critiques venant de l’étranger en disant que la façon dont le Rwanda est organisée ne regarde que les Rwandais et que personne d’autre n’a rien à dire dessus. La communauté internationale n’a aucune raison de se soumettre à cette injonction car la Déclaration universelle des droits de l’homme concerne aussi le Rwanda, et c’est pour cette raison qu’elle est « universelle ». Et le fait que le régime de Paul Kagame affiche des performances économiques enviables ne doit en aucun cas faire oublier ou tolérer son autoritarisme.