This Is Africa : Comment avez-vous accueilli la décision du Tribunal de grande instance de Paris condamnant André Rodrigues Mingas pour 5 ans de prison ferme et des dommages  estimés à  450 .000 euros pour son implication dans l’attentat de Cabinda ?

Kodjovi Obilalé : J’avoue que la décision a été un soulagement  pour moi, surtout le fait  qu’il  écope  de 5 ans de prison ferme.  Mais ce serait compliqué d’obtenir les dédommages  et intérêts estimés à 450.000 euros. Car monsieur Rodrigues Mingas n’est  pas solvable. Donc il va falloir constituer un dossier auprès de l’Etat français ici pour voir s’il peut m’aider à rentrer dans ces fonds. Mais rien n’est gagné d’avance.

Quelle est la  suite  de ce verdict ?

Pour ce qui concerne le procès en lui-même, il n’y a plus grand-chose, parce qu’il n’a pas fait appel.

Dites-nous, est-ce que l’Etat togolais continue-t-il de vous assister ?

Oui. L’Etat togolais continue de m’assister tous les ans pour alléger mes fins du mois et subvenir à mes besoins  personnels  et à ceux de ma famille. Je profite de cette occasion pour lui témoigner ma reconnaissance. Toutes les autorités compétentes impliquées dans mon cas jouent un rôle important  dans ma situation actuelle. Elles me soutiennent et m’aident.

Quels souvenirs gardez-vous de l’attaque des bus des Eperviers le 8 janvier 2010 alors que les Togolais se rendaient en Angola pour la CAN ?

Je ne garde aucun bon souvenir relatif à cette attaque barbare qui a coûté la vie au journaliste Stan Ocloo et à l’entraîneur adjoint des Eperviers d’alors Abalo Amélété. Le seul point positif reste que je suis en vie aujourd’hui malgré le fait que moi aussi j’ai failli mourir. C’est grâce à Dieu si je suis vivant encore.

Obilalé Kodjovi

Quelles sont vos relations avec les autres rescapés ?

Bon il y a quelques personnes avec qui j’ai gardé de bonnes relations depuis le drame de Cabinda.  Serge Gakpé, Serge Akakpo, Alaixys Romao m’appellent souvent pour avoir de mes nouvelles. Moi aussi de temps en temps je les appelle.

Kodjovi Obilalé est devenu quoi aujourd’hui ?

A ce jour,  je suis éducateur des jeunes en difficulté ici à Lorient. Je leur apporte mon aide à travers l’association ‘’Remise en jeu’’. Notre rôle consiste à les aider à se réinsérer dans la vie sociale  et active.

Vous voulez plus tard vous reconvertir dans l’agriculture au Togo. Où en êtes-vous avec ce projet ?

Oui c’est vrai que je porte un projet  de ce genre. Maintenant  j’attends quelques efforts  financiers des associés afin de pouvoir concrétiser  ce beau projet  qui me tient à cœur.  Sinon tout est en place. Il ne reste que des moyens pour les infrastructures. C’est une initiative gigantesque. J’ai besoin des moyens pour y faire face. Son application permettra également des créer des emplois et réduire ainsi le chômage.

Beaucoup de jeunes africains veulent faire carrière dans le football. Quels conseils leur donneriez-vous par rapport à votre expérience personnelle ?

Sur le continent, il y a plein de jeunes qui rêvent de faire carrière dans le football, devenir professionnels, jouer dans de grands clubs européens, suivre les traces de leurs aînés. La première des choses demeure qu’ils aient d’abord un bagage intellectuel. Les études sont très importantes. Elles forment l’homme. Elles permettent en outre aux jeunes joueurs au cas où le football ne marche pas d’embrasser une autre carrière, d’être prédisposés à se reconvertir.

Je suis là preuve vivante aujourd’hui. J’étais obligé de retourner passer des diplômes. Ce qui n’est pas toujours évident. Mes jeunes frères, mettez toujours les études devant avant de rêver à faire ce dont vous avez envie.