Solange*, 30 ans, est fière d’avoir fait le choix de briser la routine dans son couple avec du viagra. En plus des traditionnelles caresses pour faire grimper la température dans l’intimité avec son amoureux, elle a trouvé une nouvelle recette : les cristaux de menthe associés au chocolat. «C’est le top pour faire une fellation à mon homme qui, au départ, ne voulait pas faire l’amour, confie la jeune dame. Cette fraicheur des cristaux dans ma bouche m’a permis de lui faire un langoureux et bon french kiss », poursuit-elle avec conviction. Solange n’est pas la seule à avoir recours aux aphrodisiaques (viagra)  « bio » pour pimenter sa vie à deux.

Capture d’écran. Discussion entre utilisatrices du viagra féminin

Depuis que cette jeune mariée et quelques autres 8000 femmes ont rejoint un groupe facebook qui leur fournit des astuces pour rendre leur homme fou de plaisir, leur pharmacopée s’est enrichie avec des viagra bio. Sur cette plateforme virtuelle, les noms de codes de plantes assez particulières sont bien connus. On y cite pêle-mêle les vertus de « Deep love », « Gongoli » pour décupler le plaisir de « doudou ». On y vante les bienfaits de la « Clé de villa » pour obtenir tout de son homme après une nuit torride. Les habituées n’hésitent pas à conseiller les «ovules à base de Djeka» pour nettoyer et resserrer la « foufoune » Eh oui ! Avoir le vagin tout béant semble être la terreur de ces dames. Toutes le veulent bien serré comme à leur adolescence.

Mais Célanie*, vendeuse de ces produits, renseigne que ce n’est pas l’unique raison qui lui draine autant de clientes. «Il faut attiser le désir ; le stimuler. Ce n’est pas qu’une question de faiblesse sexuelle », jure la commerçante. Célanie fait partie des livreuses du « viagra féminin» qui investissent désormais la toile. Pour poivrer le jeu amoureux, cette quadragénaire propose le « Miel scorpion » à boire, le « Gold fly » ou la poudre de canne à sucre. Tous ces noms ne vous disent rien ? Pas grave, les utilisatrices ne se trompent ni sur la dose à ingurgiter ou à insérer dans le vagin, ni sur les sensations qu’elles espèrent déclencher. Et les dangers alors ? Solange* n’en a cure ou semble minorer le facteur risque.

Risques

«Dans une époque lointaine, nos ancêtres se soignaient à base de plantes ; en plus les aphrodisiaques vendus en pharmacie sont fabriqués à base des extraits des plantes naturelles donc je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas foi auxdits aphrodisiaques et viagra. Ne dit-on pas que tout ce qui est bio est bénéfique à la santé? », lâche la jeune dame avec assurance.

Pourtant, le Dr Pierre Kameni, gynécologue, est plus que sceptique. Il dit ne pas connaître tous les produits cités plus haut. Même pas les ovules djeka docteur ? « Rien de tout ça ! », répond laconiquement ce spécialiste de l’appareil génital de la femme. Et les cristaux de menthe docteur, ça vous dit ? « Non plus ! déclare-t-il avant de poursuivre : je ne connais pas tous ces produits. Ils sont probablement des prescriptions de naturopathes. Vous savez, les gens sont prêts à prendre tout et n’importe quoi », conclut Dr Kameni. Une sentence que ne partage pas forcément Célanie.

Les discussions autour du viagra dans des groupes. capture d’écran

Pour elle, il suffit pour ses acheteuses de respecter les doses qu’elle prescrit pour être à l’abri des désagréments. Vous vous demanderez sûrement où elle a reçu des cours de médecine. Eh bien, nulle part ; ou du moins pas dans une école de médecine conventionnelle. L’expérience de cette Camerounaise s’est essentiellement tissée au contact d’autres vendeuses de « viagra bio » des pays d’Afrique de l’Ouest ; Sénégal et Côte d’Ivoire. Célanie raconte qu’un jour, elle rejoint un groupe de femmes sur le réseau social Facebook et se lie d’amitié avec l’administratrice du forum ; une vendeuse d’aphrodisiaques dits « bio ». Au fil du temps et des témoignages encourageants, Célanie décide de suivre les pas de son mentor ivoirien. Et l’aventure débute pour elle.

Son activité se résume alors à s’approvisionner auprès des grossistes ouest africaines et revendre aux demandeuses de son pays le Cameroun. Son parcours est quelque peu similaire à celui de Queen J. Celle-ci est l’instigatrice du groupe Facebook dont fait partie Solange, mentionnée au tout début de cet article. « Ma source d’approvisionnement est multiple : Tchad, Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Dubaï et les USA pour certains gadgets », confie Queen J ; qui, elle aussi a requis l’anonymat. Parallèlement à la vente de produits aphrodisiaques, Queen J. est fonctionnaire dans une organisation internationale connue. Elle réside aujourd’hui au Tchad et s’est laissée convaincre par sa sœur, également vendeuse de ce type de produits.

Commissariat

« L’idée est venue du fait que je suis mariée et baigne dans une culture ou l’harmonie du couple et tout ce qui l’accompagne sont primordiaux. J’ai toujours eu un cercle d’amies restreint avec qui nous partagions les astuces. L’idée d’étendre le groupe est venue de ma sœur qui vit au Cameroun et qui a beaucoup aidé ses amies aussi », raconte Queen J. Aujourd’hui, elle essuie le scepticisme de ceux et celles qui doutent des avantages de ses produits sur la durée, mais reste convaincue que sa démarche est salvatrice pour de nombreux couples. La  vendeuse précise que sa clientèle se recrute autant auprès d’hommes que de femmes.  Et enregistre-t-elle des plaintes d’utilisateurs ? Des grincements de dent de clientes déçues ?

« Non », répond cette quadragénaire. « Parmi les situations plus drôles que préoccupantes, je me rappelle de cette dame qui s’est retrouvée  avec le slip mouillé au bureau car elle avait tellement sucé le « bonbon mouillé mouillé » (un autre produit, Ndlr), poursuit-elle amusée. Célanie minimise elle aussi le risque. « Il peut arriver que le corps  de la femme soit sale et réagisse au contact du produit », dit-elle brièvement. Cependant, certains hommes se sentent pris au piège par leur compagne friande de ces viagras au féminin. Une source policière  raconte sous anonymat qu’un monsieur a porté plainte contre ceux qui livraient à sa copine ces produits devant décupler l’orgasme. « Un jour, raconte notre source, le monsieur en question rentre plus tôt que prévu de son travail. Il surprend sa bien-aimée aux toilettes, essayant de mettre des boules blanches bizarres dans son vagin. Il a dû user de la force pour les lui arracher. Au final, la femme lui explique que c’est pour leur bien et patati et patata. Le monsieur pète les plombs et dépose une requête pour fins d’intervention. » La requête sera finalement retirée, apprend-on. « Mais le couple s’est disloqué par la suite », révèle notre source.

Business

Les plaintes au commissariat semblent bien rares, tant ces produits font des émules,  à en croire les multiples témoignages et remerciements que récolte  et partage Queen J. dans son groupe Facebook. « Pour moi, c’est juste une œuvre caritative », jure cette fonctionnaire. Œuvre caritative peut-être ; mais pas que.  Il faut en effet payer le prix pour en profiter. Les cristaux de menthe qui, visiblement ont beaucoup de succès auprès de ces dames, coûtent 1000 francs Cfa le sachet. Et les fameux ovules djeka censés rajeunir le vagin coûtent  1500 francs Cfa. Quand on sait que le circuit de distribution de Queen J. va de Douala à Yaoundé en passant par le Tchad et la République démocratique du Congo, on peut dire que le business connait de beaux jours.

 

*nom d’emprunt