Madina vient de faire son entrée majestueuse dans cette agence de téléphonie avec son fiancé, toute rayonnante et  souriante. D’elle émanait une assurance diabolique. Elle a tout pour plaire mais portait cette particularité qui la rendait atypique. Cette singularité que l’on remarque tout de suite lorsque la partie inférieure du corps n’est pas totalement couverte. Elle avance pour prendre sa place dans la file d’attente. Les regards se font insistants sur la partie inférieure de ce corps si bien proportionné. Ils sont chargés de mépris ou de gêne pour les uns et d’étonnement, d’amusement, de curiosité ou de concupiscence pour les autres. Madina n’avait pas des jambes imberbes et soyeuses comme la majorité des filles ; elle les avait velues.

Ce scénario est le lot de nombres de filles qui ont développé une pilosité parfois excessive à des parties du corps qui sont habituellement la chasse gardée des hommes (pieds, menton, bras, lèvres supérieures, etc.). C’est également le quotidien des filles qui ont renoncé à la souffrance pour satisfaire les injonctions d’une société patriarcale oppressante. Elles ont décidé, pour les plus courageuses, de ranger rasoirs, cires, pinces, crèmes dépilatoires et d’accepter leur singularité. Elles n’en sont pas moins féminines et désirables…..pile-poil.

Le poil est donc également un symbole de féminité contrairement aux idées reçues. A partir du 19e s, le corps féminin sera de plus en plus représenté sans poil, l’épilation simple -pubis, aisselles, jambes- ou l’épilation intégrale étant rentrée dans les habitudes par un lavage de cerveau habilement pensé par les hommes

Regard sur le poil féminin

En Afrique, le rapport de la femme à son corps et la manière de le vivre procède davantage du registre socio-culturel et religieux qu’individuel. Ainsi, le corps de la femme ne représente pas une propriété individuelle mais plutôt une affaire communautaire. Sa gestion a toujours été décidée, imposée et normée par les hommes. Il est également un point d’ancrage pour saisir la conception du statut de la femme.

Diversement apprécié selon les peuples et les cultures, le poil marque le genre. Il est habituellement associé à la masculinité et à la virilité ; et considéré, de ce fait, comme l’attribut des hommes. Pourtant, les scientifiques renseignent que le poil est le symbole de la maturité sexuelle autant chez l’homme que chez la femme. Son apparition en dehors des seins différencie une fillette impubère et une adolescente pubère ou une femme. Le poil est donc également un symbole de féminité contrairement aux idées reçues. A partir du 19e s, le corps féminin sera de plus en plus représenté sans poil, l’épilation simple -pubis, aisselles, jambes- ou l’épilation intégrale étant rentrée dans les habitudes par un lavage de cerveau habilement pensé par les hommes. La femme parfaite et féminine est, par conséquent, celle qui est imberbe ; celle qui se plie aux diktats de la beauté imposée par la société patriarcale.

Progressivement, donc, même si aucune loi ne l’institutionnalise, l’épilation est rentrée dans les normes sociétales qui imposent à la femme de domestiquer ses poils. Le corps lisse et imberbe est mis en avant alors que le poil visible sur les parties exposées du corps féminin choque, suscite le dégout à la limite. Ceci est remarquable surtout chez ses pairs et la plupart des hommes qui la considèrent comme une femme négligente, sans hygiène et non féminine.

Avec ma pilosité, j’ai saisi tout le sens du « l’enfer c’est le regard des autres » de Jean-Paul Sartre. J’ai une repousse rapide de poils et suis obligée de m’épiler chaque semaine pour garder des jambes soyeuses.

Grâce à la montée des revendications féministes qui exigent la réappropriation de son corps par la femme, des mutations sont intervenues dans beaucoup d’habitudes y compris le regard porté sur la pilosité féminine. Elle est à présent négociable, encourageant ainsi les femmes à se libérer de ces injonctions oppressantes et handicapantes. Toutefois, peu s’y risquent car le regard des autres est toujours dérageant.

Ayélé, 31 ans témoigne : « Avec ma pilosité, j’ai saisi tout le sens du « l’enfer c’est le regard des autres » de Jean-Paul Sartre. J’ai une repousse rapide de poils et suis obligée de m’épiler chaque semaine pour garder des jambes soyeuses. L’épilation à la cire devient de plus en plus pénible pour moi et je projette celle au laser pour en finir une fois pour toute avec ces désagréments. C’est horrible cette douleur qu’on ressent à s’arracher les poils. Pour l’instant, je supporte la douleur car il est hors de question que je laisse pousser ces poils récalcitrants qui attirent sur moi des regards dédaigneux surtout que je suis abonnée aux mini-jupes ».

Ce fut difficile au départ d’affronter des regards méprisants pour une situation qu’on n’a pas choisie. Chez nous, la singularité est mal vue. J’étais très complexée et optais souvent pour le pantalon et les solutions draconiennes

Madina, quant à elle, refuse de subir et s’affirme: « Ce fut difficile au départ d’affronter des regards méprisants pour une situation qu’on n’a pas choisie. Chez nous, la singularité est mal vue. J’étais très complexée et optais souvent pour le pantalon et les solutions draconiennes, vu que la tendance a toujours été à la jambe lisse. Avec l’âge, j’ai compris que mes poils ne me rendaient pas moins féminine. Je décidai donc de me passer des rasoirs, des pinces à épiler, des bandes de cire et crèmes épilatoires ».

« Avec le temps, j’ai surtout réussi à ignorer les regards réprobateurs ainsi que les propos discourtois. Ça devient presque amusant, aujourd’hui, de voir à quel point ma jambe velue peut provoquer autant de réactions variées chez les uns et les autres. Le plus réconfortant est que mon fiancé ne me fait aucune réflexion désobligeante à propos. Au contraire, c’est la première des choses sur mon physique qui lui fait perdre la tête», poursuit-elle, sourire aux coins des lèvres.

Heureusement, ce ne sont pas tous les hommes qui trouvent le poil aux jambes – ou le poil féminin – laid et dégoutant.

« Lorsque je vois dans la circulation une femme aux jambes velues, je perds tout contrôle. Il y a une semaine, d’ailleurs, j’ai manqué de justesse d’achever ma course dans les égouts »

Les amoureux du poil féminin, ces hommes pas comme les autres

Ils sont humanistes, ouverts d’esprit, curieux, attirés par la singularité et portés vers l’érotisme. Le poil, ce marqueur visuel, répulsif pour certains, draine de fortes émotions chez eux et les laisse rêveurs. Pour combler leur regard de mâles et leur désir, rien de tel qu’avoir les jambes velues.

Le corps de la femme velue est fantasmé et respecté par cette catégorie d’homme. Le poil est pour eux ce que serait une paire de sein ou de fesses chez d’autres hommes. Pour ces hommes, le poil est tout simplement un vecteur d’attirance et d’affirmation de soi.

Maxime, 30 ans part d’un éclat de rire et confie sans tabou : « Lorsque je vois dans la circulation une femme aux jambes velues, je perds tout contrôle. Il y a une semaine, d’ailleurs, j’ai manqué de justesse d’achever ma course dans les égouts. La vue d’une femme velue surtout au niveau des jambes m’excite. Je ressens, irrémédiablement, le désir de toucher ces poils, de la caresser et la posséder. C’est tout un schéma qui se dessine dans ma tête. Ce sont des choses qui ne s’expliquent pas ; elles se vivent ».

Un peu hésitant sur les raisons de son intérêt pour les jambes velues, il finit néanmoins par lâcher :

« Les poils m’accrochent peut-être en raison de leur nature. Ils sont si différents du nôtre, soyeux, fins, lisses, attrayants. Ils ont tout pour plaire.».

Tino, cadre de 35 ans, marié et père de deux enfants est tout autant fasciné par cette catégorie de femmes que Maxime. Mal à l’aise, il satisfait, néanmoins, notre curiosité: « Je suis marié mais il m’arrive très souvent de fantasmer dans la rue sur une femme qui porte des poils aux jambes. J’ignore comment j’ai développé cette attirance mais le fait est que je trouve ces genres de femmes irrésistibles. Je me surprends à envier leur compagnons ». Mais Tino n‘est pas le genre à pécher au second degré. « Ma foi, le respect que j’ai pour ma femme et la maîtrise de soi que j’ai pu m’imposer m’ont tout de même aidé à me retenir jusqu’ici. Je n‘ai jamais franchi le cap de l’attirance et du fantasme » jure-t-il.

Au-delà de la charge érotique qu’on lui confère volontiers, certains hommes à l’image d’Eli trouvent que porter et afficher sans complexe ses poils aux jambes est un magnifique moyen d’expression de l’estime de soi.

Eli, 37 ans, se prononce : « Je ne le cache pas, je suis très attirée par les filles qui n‘ont pas honte de dévoiler leurs jambes velues. Je crois qu’au-delà de cette attirance, j’admire plutôt cette force de caractère qui doit caractériser ces femmes. Ce n‘est pas évident, dans un monde où les canons de beauté deviennent de plus en plus exigeants, d’affirmer sa singularité sans crainte du regard des autres ». Vous aimez donc les filles qui assument leur différence !? Non ! Coupe-t-il sèchement. « On assume uniquement les conséquences d’une erreur. Ces filles n‘ont pas demandé à naitre avec une disposition à la pilosité et je trouve que c’est une marque de courage, d’acceptation de soi à laquelle je ne peux rester indifférent ».

Je dénonce cette pression sociale qui veut que la femme s’épile. Comment peut-on être dégouté de quelque chose de naturel ? En dehors d’un dérèglement hormonal qui peut entrainer une forte pilosité, il est tout à fait normal qu’un être humain adulte ait des poils

Messan, 38 ans, le fiancé de Madina rencontré à l’agence de téléphonie est un humaniste convaincu. Voici ce qu’il pense de la question : « Ce qui me fascine chez les filles velues qui font le choix de ne pas s’épiler, c’est l’assurance qui se dégage d’elles. Ce sont des filles qui donnent l’impression qu’elles connaissent leur valeur et que leur beauté n‘est pas moindre à cause de ces poils que la société fustige. Lorsque j’ai fait la connaissance de ma fiancée, elle portait déjà fièrement ses poils à ses jambes. Après nos premiers échanges, je me suis aventuré exprès sur ce terrain pour voir si elle cèderait à la pression. J’ai compris que c’est le genre de femme qui ne se renie pas pour le plaisir d’un homme et c’est le genre de femme que je veux. Le poil ne pose aucun problème ; au contraire, c’est l’atout majeur qui m’accroche sur le physique d’une femme. Je la prends, donc, elle et ses poils» confie-t-il avec un rire franc.

«Je dénonce cette pression sociale qui veut que la femme s’épile. Comment peut-on être dégouté de quelque chose de naturel ? En dehors d’un dérèglement hormonal qui peut entrainer une forte pilosité, il est tout à fait normal qu’un être humain adulte ait des poils. Alors pourquoi décrète-t-on que les femmes ne devraient pas en porter alors que les hommes le peuvent ? Le poil n‘est pas un trait typique de masculinité et donc on devrait être plus indulgent avec les femmes. Le jour où les hommes comprendront qu’il existe une différence entre le rasage et l’épilation, ils seront peut-être plus compréhensifs » ajoute-t-il.

Les femmes velues qui s’acceptent ont de quoi retenir l’attention de cette catégorie d’hommes et les garder avec un peu de chance. Oui, « les goûts et les couleurs, ne se discutent pas ».