Nelson Mandela a pris place dans la conscience universelle. Le leadership dont il a fait preuve dans son parcours politique et personnel s’inscrit dans une approche cumulative des théories sur le caractère, la conduite et les circonstances qui ont fusionné pour produire cette lumière qui continuera de briller à travers son héritage et les millions d’hommes et de femmes qu’il a inspirés.

Nul ne peut réussir à être Mandela. Cependant, nous pouvons nous laisser inspirer par celui-ci, afin de mettre notre potentiel au service de notre communauté, notre nation et de l’humanité entière.

>Un idéal

Dans un discours à Detroit en juin 1963, Martin Luther King déclarait « Tant qu’un homme n’a pas découvert quelque chose pour lequel il serait prêt à mourir, il n’est pas à même de vivre ».

Etre prêt à « mourir » pour une cause ou un idéal, constitue selon moi le point de départ d’un leadership qui se veut libérateur, créateur et innovant au service des autres. Il ne s’agit nullement de se mettre à mort par sottise. Au contraire, il est question de se préparer à payer le prix qu’il faut pour voir sa vision, son but, le rêve que l’on caresse se réaliser.

Personne n’est « adoré » dans sa communauté par respect pour son orgueil et sa propension à chercher uniquement à se tirer d’affaires au détriment de ses semblables ! Si Mandela avait troqué sa lutte contre une résidence dorée à sa sortie de prison, personne ne parlerait probablement de lui aujourd’hui.

Mandela s’est levé pour l’égalité des hommes, pour la justice et contre le racisme et l’avilissement de l’homme par l’homme. A son procès qui l’expédie en prison le 20 avril 1964, il fit la déclaration suivante : « Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

En déclarant être prêt à faire le sacrifice ultime pour son idéal, la prison-guillotine qui était préparée pour l’achever s’est transformée en un temple de savoir et de renaissance, duquel sont sortis un homme, un cœur et une intelligence nouveaux qui sont loués aujourd’hui dans le monde entier : Nelson Mandela.

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>Une mentalité

Comment peut-on expliquer que 27 ans d’enfermement n’aient pas réussi à briser Nelson Mandela ! La raison majeure réside dans la mentalité de cet homme qui croyait son combat juste et s’était forgé une mental d’acier.

C’est ainsi que la cellule du matricule 466-64 est devenue une « université » où il a accumulé sagesse et connaissances, et esquissé des stratégies qui ont fait leurs preuves.

Plusieurs convictions traduisent la mentalité de Nelson Mandela :

  • Tout homme a un but dont la manifestation devra inspirer d’autres à accomplir aussi leur mission terrestre. Il déclare : « Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est au-dedans de nous. Elle est en chacun de nous, et en laissant briller notre propre lumière, nous donnons incidemment aux autres la permission d’en faire autant »;
  • Sa philosophie pour éradiquer le mal, n’est pas de combattre ou d’éradiquer l’auteur du mal, mais de combattre le mal à la racine. En effet, c’est la dégénérescence de l’être humain qui est à l’origine de sa méchanceté duquel affleurent les fléaux tels le racisme, l’exclusion sociale, la violence, la tyrannie… La solution n’est autre que de gagner le cœur de l’autre, de lui administrer la potion qui le changera de l’intérieur. « Je savais parfaitement que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’opprimé » disait Mandela. Et d’ajouter : « Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et il devient votre associé ».
  • L’homme a la capacité de changer, de devenir meilleur. Il affirme « Personne ne nait en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, de son passé ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour nait plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire. »
  • Le succès n’est pas ce qui est primordial. Ce qui fait un homme, c’est sa capacité à triompher de lui-même pour être à la hauteur de son idéal. Il pouvait dire « Ne me jugez pas sur mes succès, jugez-moi sur le nombre de fois où je suis tombé et où je me suis relevé à nouveau ».
  • On peut être en prison, bien que libre. Il affirme : « Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés et de l’étroitesse d’esprit…Quand j’ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission : libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur », mais aussi : « être libre ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaines, c’est vivre d’une façon qui renforce et respecte la liberté des autres ».
  • La peur ne devrait pas signer la fin d’une mission impossible ou délicate. « J’ai appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. » affirme-t-il, montrant que les leaders authentiques savent transcender les faiblesses personnelles que traduisent la peur, le complexe d’infériorité, la recherche du prestige…

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>Une intelligence

Comment ces caractéristiques de Nelson Mandela ont-elle pu dénouer la situation de son époque de sorte à le propulser dans la conscience de l’humanité ? Il a su faire preuve d’intelligence pour déployer une stratégie, même récusée dans son propre camp, qui s’est révélée être une voie déterminante pour atteindre le rêve de tout un peuple.

Nelson Mandela (Flickr / Everyman film)

La trajectoire de Mandela traduit une capacité de communication, un sens du tact, une force de conviction et surtout un extraordinaire sens du service qui caractérisent les leaders authentiques. Il a su organiser proactivement tous ses actifs – le contexte, ses hommes, les réseaux, son caractère- pour offrir aux peuples sud-africains une nation qui a émergé dans leurs rêves.

Faire de son rêve, de son idéal une réalité nécessite une intelligence qui transforme les actifs personnels et providentiels en une force qui produit le changement désiré. Il ne s’agit pas de tracer une trajectoire inflexible au départ, mais de mettre en place une stratégie cohérente qui s’adapte proactivement au contexte à mesure qu’il évolue. Car les défis changent avec le temps, surtout dans notre monde en constante mutation.

Dans un hommage à Nelson Mandela, signé du Dr Yves Ekoué Amaïzo et François Fabregat, on peut lire « Nelson Mandela aura mené tous ses combats de manière originale usant et abusant d’armes pourtant simples en plaçant en permanence la persuasion et la force de conviction, au centre de son action publique. »

La vie de Mandela atteste qu’en nous engageant résolument envers une cause, en faisant preuve d’intelligence et en forgeant notre action dans des convictions inébranlables, nous pouvons créer l’alchimie qui transforme les déserts du racisme, de la pauvreté, du manque d’eau potable, de la tyrannie et de l’asservissement de l’homme par l’homme… en des ruisseaux et des prés verdoyants qui font le bonheur de l’humanité.

Mandela Day est une formidable occasion d’inciter les jeunes (et moins jeunes) du monde entier à s’engager inéluctablement et avec intelligence dans une cause qui l’interpelle en vue du bien de l’humanité.