Qui est Olivier Madiba ? Parlez-nous de vous et de votre parcours scolaire, académique et professionnel.

Aîné d’une fratrie de 3 enfants, je suis né le 10 octobre 1985 à Douala. J’ai passé l’école primaire à Yaoundé au Centre éducatif, ensuite à Douala où j’ai fait mon secondaire dans les collèges, Libermann, Alfred Saker et le Lycée Joss. J’ai obtenu mon Baccalauréat scientifique en 2002 à 17 ans et je me suis redirigé vers Yaoundé à la Fac où j’ai donc découvert la « résistance » (rires). J’ai obtenu ma licence en 2009 en informatique et j’ai ouvert entre temps en 2007 une entreprise, MADIA, avec des copains de fac.

Comment vous est venue l’idée de créer Kiro’o Games ?

Passionné de jeu vidéo, j’ai voulu créer mon propre jeu vidéo amateur et croyez moi ce ne fut pas de tout repos. Et malgré nos dures réalités, j’ai appris avec mes compagnons de route à créer des jeux vidéos autodidactes de 2003 à 2005 ; et c’est ainsi qu’est née la première version d’Aurion. A ce moment là, je me suis dit qu’il me fallait absolument ouvrir un studio de jeu vidéo professionnel « Made In Cameroon ». Personne ne croyait en notre projet et aucune banque ni fonds d’investissement n’a voulu financer ledit projet.

Kiro’o Games a réussi à lever 130 millions de FCFA, à travers le crowdfunding pour lancer ses activités. Comment s’est concrètement passée cette opération de collecte de fonds ?

Nous avons effectué un casting, car on ne prend pas un investisseur juste à cause de son argent, il faut se rassurer de sa mentalité. A kiro’o Games, nous avons fait un casting parfait, nos 89 investisseurs nous soutiennent beaucoup. Le poids principal est surtout que ça exige une énorme transparence de gestion, mais qui est en fait une bonne chose pour le bien de l’entreprise.

« Toutes les campagnes de crowdfunding pures africaines qui ont marché, ont réussi si le produit final précommandé intéressait une cible européenne ou américaine, c’est la triste vérité »

Le Crowdfunding peut-il, d’après vous, être considéré comme la meilleure méthode de financement des startups africaines aujourd’hui ?

Le crowdfunding pure ne marchera pas, parce qu’il est basé sur une société où tout le monde a déjà le sentiment d’en avoir assez. Toutes les campagnes de crowdfunding pures africaines qui ont marché, ont réussi si le produit final précommandé intéressait une cible européenne ou américaine, c’est la triste vérité. Par contre, il est possible de réussir de l’équity crowdfunding, ce que nous avons fait. Car, il s’agit de vendre des parts de sa société et les gens veulent avoir un retour sur investissement. Mais, même cette forme est limitée. A Kiro’o nous travaillons déjà sur une formule plus efficace qui permettra dans 5 à10 ans de financer les projets en une semaine.

Quel profil peut-on avoir pour être en même de produire des jeux comme vous le faîtes ?  

En informatique, il faut avoir au moins une licence. En terme d’art, ce serait pas mal d’avoir les rudiments en dessin 2D en terme de bande dessiné à la Faculté de Ngoa Ekellé  soit un baccalauréat +2 ou 3 en art.  Le reste peut être compensé sur internet en allant fouiller les tutoriaux  sur  comment on fait des jeux.

Olivier Madiba à une conférence

Quelle est la place des jeux éducatifs dans l’ensemble de votre offre ?

Les jeux éducatifs font partie intégrante de la vision de kiro’o Games. Nous voulons faire des jeux qui auront pour objectif d’éveiller les consciences des jeunes et de ce fait de changer les mentalités et la façon d’être. En fait, les jeux éducatifs sont pour nous des moyens par lesquels nous pourront inculquer de bonnes habitudes aux jeunes.

Quel est l’intérêt des jeux vidéo pour la jeunesse africaine, pour les élèves et étudiants d’Afrique et pour le développement du continent ?

Les jeux juste pour s’amuser auront un intérêt limité parce qu’il y a le fait d’avoir une image positive de soi. A force d’avoir des héros qui te ressemblent donnent une base de données intérieure très positive. C’est comme le fait  d’avoir des footballeurs noirs ou basketteurs, artistes dans la jeunesse au Cameroun. L’autre élément, ce serait de créer des jeux qui plantent les graines des bonnes habitudes et mentalités. C’est subtile, car on est un peu ce qu’on est au studio parce qu’on a beaucoup regardé les mangas qui nous ont donné une sorte de goût de l’effort et de la quête de s’améliorer continuellement.

« Croyez-moi, beaucoup essaierons de vous décourager ou encore personne ne croira en votre projet. Mais vous devez avancer »

On peut lire sur votre site internet, que vous avez été une source d’inspiration pour de nombreuses personnes. Des conseils pour ces futurs jeunes entrepreneurs africains ?

L’entreprenariat est une quête parsemée d’embuches. Si vous avez la flamme du combattant, je ne peux que vous encourager à aller de l’avant. Croyez moi, beaucoup essaierons de vous décourager ou encore personne ne croira en votre projet. Mais vous devez avancer. Commencez avec les moyens que vous avez et cherchez avec tout l’engouement possible et la détermination à toujours vous hisser vers le haut. Prenez exemple sur nous. On a commencé sans avoir les moyens nécessaires mais à force de batailler on a réussi à lever des fonds, à ouvrir un studio mondialement reconnu et à réaliser le tout premier jeu d’action vidéo africain. N’oubliez surtout pas de travailler sur vous-mêmes et considérer les critiques comme constructives. Et enfin réunissez autour de vous une bonne équipe.

Quelles sont vos perspectives concernant Kiro’o Games ?

Nous sommes en train de lever 7 millions de dollars pour une Série A pour créer un empire multi-service en Afrique. Après le YALI, j’ai compris notre vrai potentiel. Nous voulons créer une base d’utilisateurs de 18.7 millions d’utilisateurs dans 12 pays d’Afrique. En Parallèle, Rebuntu va évoluer en quelque chose qui sera le chaînon manquant de l’économie africaine, qui va déverouiller l’accès à l’investissement pour les gens brillants rejetés par le système financier africain actuel qui n’est pas à la hauteur de nos talents.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la mise au point et le développement des jeux que vous offrez au public ?

On n’a pas un écosystème qui puisse financer le développement des jeux.  On a des problèmes d’infrastructures qui font qu’il y ait un manque d’électricité. C’est aussi un problème d’habitude, l’industrie des jeux vidéos en occident s’est développée parce l’industrie du livre, des contes et même des jeux de plateaux était déjà présente dans les familles. Le jeu vidéo est tout simplement venu se greffer sur une habitude familiale déjà présente. Ce qui induit qu’en Afrique il faut trouver une autre façon de lancer cette culture du jeu.

«  Quand on ouvre sa startup, c’est de constamment se juger par rapport à ce qu’on veut faire et pas par rapport à ce qu’on croit mériter »

Il y a environ un mois vous avez rendu publique une vidéo sur les réseaux sociaux notamment Facebook, dans laquelle vous parlez de Kiro’o Rebuntu. De quoi s’agit-il exactement ?

Kiroo Rebuntu est un service de mentoring digital pour apprendre à lever des fonds. De 2013 à 2015 nous avons levé 130 millions de FCFA chez plusieurs investisseurs internationaux en inventant notre méthode de levée de fonds. C’est pourquoi nous voulons mentorer 10 000 autres porteurs de projet en Afrique en partageant toute notre expérience du terrain accumulée depuis plus de 13 ans. Nous avons commencé avec les mêmes blocages que tout le monde. Nous allons nous assurer que les prochaines startups africaines qui émergent ne soient pas le fruit du hasard. Mais surtout, en nous unissant, nous allons créer le chaînon manquant de l’économie africaine. Dites-vous que vous voyez les prémices de la « Finance Renouvelable » que l’Afrique va enseigner au monde pendant les prochains décennies.

Que signifie « Rebuntu » ?

C’est « REBOOT + UBUNTU ». « Reboot » c’est un terme technologie à caractère futuriste qui signifie relancer ou redémarrer. « Ubuntu » c’est un terme typiquement africain qui a trait aux concepts de l’humanité et la fraternité. En gros rebuntu, c’est la relance  d’une culture qui privilégie le fait que quelqu’un a conscience qu’il appartient à quelque chose de plus grand. En business, on va simplement dire que c’est la création d’un écosystème dans lequel le partage d’expérience et de service entre entreprise permet l’évolution et le changement.

Quels messages pouvez-vous adresser aux jeunes africains qui, aujourd’hui ont l’ambition de développer des start-up ?

Battez-vous ! Il faut se mettre à la hauteur de ce qu’on demande. Le plus dur quand on ouvre sa startup, c’est de constamment se juger par rapport à ce qu’on veut faire et pas par rapport à ce qu’on croit mériter. On juge beaucoup de chose en Afrique par le « nivèlement par le bas » et c’est notre plus gros problème. Si on règle cela en tant que créateur de startup c’est déjà un bon départ. Toujours chercher à avoir le standard des meilleurs avec les atouts qu’on a et ne pas se comparer au gars du quartier. Et vous pouvez venir nous rejoindre dans le programme rebuntu  pour qu’on vous dise comment nous on a fait.